Nissan a un nouveau partenaire dans le développement du véhicule électrique... et ce n'est pas Renault. Les deux constructeurs automobiles nippons Nissan et Honda ont annoncé vendredi 15 mars leur intention d’entamer une «étude de faisabilité» en vue d'un partenariat stratégique pour affronter ensemble la transition vers la mobilité électrique et connectée. Selon un communiqué, les deux groupes envisagent de collaborer sur la production de composants clés pour les véhicules électriques (comme les batteries, par exemple) et les plates-formes logicielles automobiles (plus connues sous le nom de SDV, pour software-defined vehicle).
«Nous ne pouvons pas gagner cette course en gardant une approche traditionnelle», a justifié Makoto Uchida, le directeur général de Nissan, lors d’une conférence de presse surprise depuis Tokyo. «Notre critère principal sera de savoir si la synergie des technologies et des connaissances que nos entreprises ont développé nous permettra de devenir des leaders de l'industrie en créant une nouvelle richesse pour l'industrie automobile», a précisé dans un communiqué son homologue chez Honda, Toshihiro Mibe. Cette information d’un potentiel rapprochement entre les deux concurrents était rapportée depuis plusieurs jours par les médias japonais, alors que Nissan comme Honda ne sont pas à l’avant-garde dans la course à l’électrique.
Nissan reprend ses droits
Certes, rien de concret n’a encore été acté. Mais les signes ne trompent pas. Cette déclaration d’intention est la preuve que Nissan reprend ses droits et se sent libre de sceller ses propres partenariats, après la refonte de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi en 2023. Renault ne s’en est pour sa part pas privé, nouant notamment des alliances avec Geely et, selon toute vraisemblance, Aramco, pour sa filiale Horse, dédiée aux activités thermiques. Une annonce officielle se fait attendre, en raison notamment de contraintes légales. Fin février depuis Genève, Luca de Meo semblait confiant de parvenir à signer un accord rapidement et se disait même prêt à accueillir de nouveaux partenaires au sein de cette alliance, tels des équipementiers.
Il n’empêche, l’annonce de Nissan et Honda doit intriguer du côté de Billancourt, où l’on attend toujours une décision d’investissement de la part de Nissan (et Mitsubishi) dans Ampere, la filiale de Renault centrée autour de… l’électrique et du logiciel. Nissan devait initialement injecter jusqu’à 600 millions d’euros dans la structure centrée autour du pôle industriel Electricity, dans le nord de la France. Mais l’introduction en Bourse de cette entité ayant été avortée le 31 janvier 2024, une légère incertitude continue de planer quant à la participation financière réelle de Nissan à ce projet. Renault s’est voulu rassurant, déclarant que l'abandon de l'IPO d'Ampere n’avait pas d’influence sur l'investissement prévu. «C’était prévu dans les contrats», avait déclaré Thierry Piéton, directeur financier du groupe Renault au moment de l’annonce. Renault doit par ailleurs produire dans le nord de la France la prochaine Nissan Micra, prévue pour 2026. «On a fait un super produit pour Nissan», déclarait fin février Luca de Meo.
«A ce stade, ce n’est pas un problème»
Sollicité dans le cadre de cet article, Renault assure que ces projets sont toujours à l’ordre du jour et qu’en dehors de ceux-ci, «les partenaires de l’Alliance sont libres de leurs choix stratégiques». «Si Nissan pense que c’est important de travailler avec Honda sur des sujets qui ne sont pas communs à l'Alliance, ça ne nous dérange pas,» détaille un porte-parole de l’entreprise auprès de L’Usine Nouvelle. «A ce stade, ce n’est pas un problème», mais l’ampleur de la collaboration nippone n’est pas encore connue. Dans ces circonstances, Renault regarde de près ce qui se joue à Tokyo, car «si ce partenariat concerne le segment électrique en Europe, cela peut devenir un sujet».



