Renault se porte mieux et poursuit à un rythme soutenu sa restructuration interne. Après avoir annoncé jeudi 29 juin revoir à la hausse ses objectifs financiers pour 2023 en tablant sur une marge opérationnelle entre 7 et 8%, contre 6% précédemment, Renault franchit une étape importante ce 1er juillet avec le transfert des contrats de certains de ses salariés au sein de sa nouvelle entité Horse.
Répartie entre l’Espagne et la Roumanie, Horse est l’une des cinq nouvelles filiales du groupe Renault. Incorporée à Madrid, elle sera dédiée aux technologies thermiques et hybrides. Renault n’est plus qu’un actionnaire minoritaire au sein de cette entité, qu’il détient à hauteur de 40% aux côtés du groupe chinois Geely (40% également) et du géant pétrolier Aramco (20%). C’est pourquoi le constructeur a annoncé vouloir déconsolider cette activité du périmètre Renault Group et de ses états financiers à compter du second semestre 2023.
Au total, cette entité, emmenée par Patrice Haettel au poste de PDG, regroupe 17 usines et embauche environ 19 000 salariés dans le monde, dont 3 500 en Espagne. Parmi eux, 3 000 ingénieurs sont répartis sur cinq centres de recherche et développement en Europe (Espagne, Roumanie et Suède), en Chine et en Amérique du Sud. A terme, l’ensemble des compétences de Renault dans les technologies thermiques seront transférées à cette entité. Rien ne restera en France.
«Il faudra du temps : deux, trois quatre ans seront nécessaires pour transférer les savoir-faire techniques», estime Mickaël Lhuillery, membre du syndicat CGT et salarié au sein du Centre technique de Lardy de Renault, dans l'Essonne. A terme, sur les 800 salariés qu’emploie le site, 600 iront chez Ampère, le reste rejoindra Horse. «On a l'impression qu'on brade les activités thermiques du groupe», s'inquiète une autre source syndicale, qui craint de voir les compétences historiques du groupe quitter le giron national.
Ampère, le «futur de la marque» Renault
Il faut dire que Renault ne cache pas que le «futur de la marque» se trouvera au sein de la nouvelle entité Ampère, dédiée à l'électrique. «Ampère est créé pour devenir le leader européen du véhicule électrique en termes de compétitivité et de technologie», promet Renault. A l'inverse des activités délocalisées de Horse, Ampère sera concentré dans l'Hexagone. Cette entité sera officiellement lancée à l'automne. L'Usine Nouvelle a appris de source syndicale que la création d'Ampère, initialement prévue au 1er octobre, serait reportée d'un mois, au 1er novembre 2023. Cette décision intervient après l'annonce jeudi 29 juin par le groupe Renault que l'introduction en Bourse d'Ampère, attendue pour la fin de l'année 2023, aura finalement lieu un peu plus tard, début 2024. «La fenêtre d'opportunité pour son entrée en Bourse s'ouvrira probablement au premier semestre 2024», a déclaré le directeur financier du constructeur, Thierry Piéton, lors d'une conférence de presse.
Alors que la fin de la vente des voitures thermiques est prévue pour 2035 sur le continent européen, la future filiale électrique de Renault vise plus de 30% de croissance annuelle au cours des huit prochaines années. L'entreprise sera dirigée par le PDG du groupe Renault, Luca de Meo, qui cumulera les deux fonctions. Ampère emploiera 10 000 salariés, «avec environ 3 500 ingénieurs, dont la moitié spécialisée dans le software», détaille Renault. En plus d’avoir pour objectif de développer une architecture logicielle comparable à celle de Tesla d'ici 2026, Ampère sera le nouveau pilier de Renault en termes de production, et de revenus.
«D’ici à 2030, la gamme des six véhicules électriques d’Ampère sera idéalement positionnée sur les segments les plus dynamiques en Europe, couvrant 80 % du marché électrique des généralistes : sur le segment B avec les nouvelles Renault 5 Electrique et Renault 4 Electrique, et sur le segment C avec Mégane E-Tech Electrique, Scénic Electrique et deux autres véhicules à venir. Une grande partie des investissements des quatre premiers véhicules a déjà été dépensée», explique le groupe dans son rapport annuel 2022. La plupart de ces véhicules seront produits dans le nord de la France, autour de l’écosystème électrique Electricity. «Une feuille de route claire pour atteindre 1 million d'unités et une productivité au meilleur niveau» sur ces lieux de production ont été établies, affirme Renault.
Nissan, Mitsubishi et Qualcomm au capital d'Ampère ?
Contrairement à sa participation minoritaire au sein de Horse, Renault souhaite rester l’actionnaire principal d’Ampère. Les membres de l’Alliance, Nissan et Mitsubishi, pourraient toutefois investir dans Ampère. Nissan pourrait prendre jusqu’à 15% de participation. Un accord se fait attendre, mais les pourparlers pourraient bientôt aboutir, selon Bloomberg, après la récente éviction du directeur général délégué, Ashwani Gupta, le 19 juin. L’entreprise américaine Qualcomm, spécialisée dans les puces électroniques, pourrait également investir dans Ampère.
Pour l’heure, le plan de restructuration de Renault peine toujours à convaincre en interne. «Est-ce qu’à terme, ce sera mieux ? Quelles sont les ambitions de Renault pour les salariés en France avec cet éclatement de l’entreprise ?», s’interroge Fabien Gloaguen, syndicaliste de FO employé au sein de l’usine de Sandouville (Seine-Maritime), dont les employés doivent être rattachés Ampère.
Renault a par ailleurs prévu d’établir d'autres entités. La filiale Mobilize doit devenir une marque «dédiée au marché des nouvelles mobilités, de l’énergie et des services de données» tandis que l’entreprise The future is neutral se focalisera sur l’économie circulaire.



