Décryptage

La volte-face de Renault pour Ampere, un symbole de l’atonie des entrées en bourse

La décision du constructeur tricolore Renault de renoncer à coter sa filiale dédiée au véhicule électrique illustre les hésitations des entreprises à lever des fonds auprès des marchés. En 2023, seules six introductions en Bourse ont eu lieu à Paris, selon une étude du cabinet EY dévoilée mercredi 31 janvier.

Réservé aux abonnés
Renault logo
Renault n'est pas le seul à renoncer à introduire l'une de ses activités en bourse. En 2023, c'était le calme plat à la Bourse de Paris.

Pour justifier l’annulation de l’introduction en Bourse d’Ampere, Renault a insisté sur sa capacité à générer du cash pour financer le développement de sa filiale dédiée au véhicule électrique. Mais dans son communiqué publié lundi 29 janvier, le groupe estime également que «les conditions de marché actuelles ne sont pas réunies» pour mener à bien l’opération initialement prévue au premier semestre 2024. A ses yeux, une introduction en Bourse dans ce contexte ne serait pas optimale pour ses propres intérêts, ainsi que ceux de ses actionnaires et d’Ampere.

Confronté aux mêmes doutes des investisseurs sur le marché du véhicule électrique, Volkswagen ne ferait plus de la cotation éventuelle de son activité de production de batteries PowerCo une priorité, selon des sources citées par Bloomberg mardi 30 janvier. Le secteur du véhicule électrique n’est pas le seul touché pour autant : en octobre dernier, l’éditeur de logiciel de gestion de projets Planisware avait déjà reporté son introduction en Bourse sur le marché parisien «en raison de conditions de marché difficiles».

Décalages de vues entre entreprises et investisseurs

«Sur le marché des IPO [initial public offering ou introduction en Bourse, ndlr], nous observons un fort ralentissement lié aux incertitudes macroéconomiques et sur la croissance. Le resserrement de la politique monétaire et le niveau d'inflation élevé ont un impact sur les valorisations, observe auprès de L’Usine Nouvelle Julie Madjour, associée chez EY au sein de l’équipe d’évaluation des valeurs d’entreprises. L’inflation change considérablement la donne. Cet environnement de marché génère des décalages de perception entre les entreprises et les investisseurs, ce qui allonge les processus d’ajustement des prix.»

Pour Ampere, la direction de Renault attendait une valorisation de huit à dix milliards d’euros, tandis que les analystes penchaient plutôt pour un montant inférieur à cinq milliards d’euros. «Des opérations ne se font pas ou sont reportées parce que les entreprises et les investisseurs n’arrivent pas à se mettre d’accord, poursuit Julie Madjour. Il peut notamment y avoir des prévisions assez différentes sur les scénarios d'évolution de l’inflation et de la politique monétaire. Et le contexte géopolitique incertain ne facilite pas les choses.» Pour la spécialiste, ces décalages de vues ont probablement joué un rôle dans le renoncement de Renault sur l’introduction en Bourse d’Ampere. «Le secteur de l’automobile et de la mobilité électrique porte aussi son lot d’incertitudes», ajoute-t-elle.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Une levée maximum de 18 millions d'euros seulement en 2023

L’activité du marché des introductions en Bourse ces derniers mois reflète ces difficultés. En 2023, seules six opérations ont eu lieu sur le marché parisien, au plus bas depuis 2014, selon une étude dévoilée par EY mercredi 31 janvier. Il y en avait eu onze en 2022 et 33 en 2021. Le montant moyen de capitaux collectés est également en baisse, passant de 86 millions d’euros il y a trois ans, à environ 27 millions d’euros en 2022 et seulement 10 millions d’euros en 2023. De fait, les six introductions en Bourse de la place de Paris en 2023 se sont déroulées sur le marché adapté aux PME Euronext Growth, tandis qu’aucune opération de plus grosse taille n’a eu lieu sur Euronext Paris.

L’opération la plus importante, d’un montant de 18 millions d’euros, a été menée par la société nantaise spécialiste des terreaux bas carbone, Florentaise. Osmosun, qui conçoit des unités de dessalement alimentée par l’énergie solaire, et le fabricant de composants pour la manutention Stif complètent le podium, avec des levées de 11,5 et 10,4 millions d’euros respectivement.

De l'espoir pour 2024

Cette morosité s’observe plus largement autour du globe. En 2023, près de 1300 introductions en Bourse ont eu lieu dans le monde, pour un montant total de 123 milliards de dollars, contre plus de 1400 opérations pesant 184 milliards de dollars en 2022. En Europe, la déprime touche quasiment toutes les places financières. De leur côté, les Etats-Unis ont fait mieux qu’en 2022, tant en nombre d’introductions qu’en montants récoltés.

En 2024, une embellie est espérée sur le marché des introductions en Bourse français, à la faveur d’une décélération de l’inflation et des perspectives de baisses des taux. «Certaines opérations d’envergure sont attendues», appuie Julie Madjour. Pluxee, la filiale de titres-restaurants du groupe de restauration collective Sodexo, va ainsi faire ses débuts sur Euronext Paris ce jeudi 1er février. En octobre dernier, Sanofi avait par ailleurs évoqué la possibilité de coter son entité «Santé grand public» au quatrième trimestre 2024.

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs