Renault réussit sa «remontada». Le constructeur automobile français a annoncé mercredi 14 février avoir enregistré un chiffre d’affaires de 52,4 milliards d’euros en 2023, en hausse de 13,1% en glissement annuel (17,9% hors effet de change). Sa marge opérationnelle grimpe elle aussi pour s’établir à 4,1 milliards d’euros, soit 7,9% du chiffre d’affaires. Un record historique sur ce critère pour le groupe, qui affiche en outre un flux de trésorerie disponible à 3 milliards d’euros (malgré une moins-value réalisée sur la vente de 211 millions d'actions Nissan), «soit largement supérieur aux attentes des analystes», a souligné Thierry Piéton, directeur financier du groupe devant les journalistes.
Le constructeur retrouve par ailleurs un résultat net positif à 2,3 milliards d’euros, en hausse de 3 milliards d’euros. L’année 2022 avait en effet été plombée par la sortie contrainte et forcée de la filiale russe AvtoVAZ-Lada.
Renault revient de loin. En 2021, le constructeur affichait une marge opérationnelle poussive à 3,6% après un passage en négatif en 2020 (-0,8%). Cette année-là, le groupe français en pleine crise avait frôlé le précipice, avec 8 milliards d’euros de pertes avant de parvenir à inverser la tendance. La stratégie «Renaulution» imaginée par Luca de Meo commence à porter ses fruits, portée par une industrie automobile qui met l’accent sur la valeur davantage que sur les volumes depuis la fin de la pandémie. Renault indique d’ailleurs avoir bénéficié d’un effet prix positif de 7,4 points en 2023 grâce à sa politique commerciale «privilégiant la valeur au volume des ventes, l’enrichissement des véhicules ainsi que des hausses de prix pour compenser l’inflation des coûts». «Nos fondamentaux n’ont jamais été aussi solides et il n’est pas question de s’arrêter là», a commenté Luca de Meo, directeur général du constructeur, cité dans un communiqué.
«Situation très confortable»
«Sur les trois premières années de «Renaulution» (2021, 2022 et 2023), nous avons généré quatre fois plus de cash que sur les trois années avant le Covid, ce qui montre bien les changements fondamentaux que nous avons opéré au sein du groupe», a encore déclaré Thierry Piéton, réaffirmant la capacité du groupe à financer sa filiale Ampère, qui ne sera pas introduite en Bourse. Le directeur financier a par ailleurs souligné la «situation très confortable» du groupe Renault, qui affiche une réserve de liquidité totale de 17,8 milliards d’euros, ce qui «permet d’espérer dans horizon relativement proche un retour à l’“investment grade” (titres investissables)», qui a une influence majeure sur la capacité d'une entreprise à se financer à des taux intéressants. L’agence de notation Moody’s attribue pour l’instant la note Ba1 à Renault, quand S&P Global offre un BB+.
10 lancements en 2024
En 2023, «la vitalité des nouveaux produits a tiré la performance», a affirmé Thierry Piéton, citant les solides performances du modèle Austral, devenu le deuxième véhicule le plus rentable de Renault après l'Espace. «En 2024, nous allons bénéficier du fort momentum lié au renouvellement de la gamme et à une accélération de nos initiatives de réduction des coûts», promet encore Thierry Piéton. Renault prévoit de lancer dix nouveaux véhicules au cours de l’année, au premier rang desquels la R5 qui sera commercialisée au troisième trimestre. La marque Renault va également accueillir le Rafale et la nouvelle génération de la Scenic quand Dacia va commercialiser son nouveau Duster en mars puis une nouvelle version de la Spring à l’été. La marque sportive Alpine n’est pas en reste : elle va présenter dans le courant de l’année l’A290, sa citadine sportive (variante sportive de la R5) qui doit étoffer une gamme pour l’heure uniquement composée de l’A110.
Le groupe Renault annonce une prévision de marge opérationnelle supérieure ou égale à 7,5% en 2024, avec un flux de trésorerie disponible d’au moins 2,5 milliards d’euros (contre 3 milliards d’euros en 2023). Le constructeur promet par ailleurs de continuer de travailler sur sa structure de coût. Renault annonce par ailleurs proposer un dividende à 1,85 euro, contre 0,25 euro par action en 2022. Cette proposition sera soumise au vote de l’Assemblée générale annuelle le 16 mai 2024. Un signe de la confiance du management dans la capacité de Renault à encore améliorer sa performance.
Pas de fusion en ligne de mire
Dans un entretien accordé au Figaro en marge de la publication de ses résultats, Luca de Meo est revenu sur la capacité de Renault a tenir bon dans une industrie automobile en pleine reconfiguration. Renault a-t-il les épaules assez large pour survivre dans l'océan de constructeurs mondiaux ? «Une fusion réussit uniquement s’il y a une volonté des deux côtés. Pour ma part, je cherche à donner un nouveau sens à Renault. Le point de départ a été très compliqué. Mais nous avons réalisé en 2023 des performances historiques jamais atteintes dans cette entreprise», rappelle le dirigeant, qui estime que «quand la demande et le marché sont très volatils, que les technologies sont évolutives, il y a plutôt intérêt être très agile et orienté sur l’innovation».
En outre, Luca de Meo ne ferme pas la porte à des collaborations avec des acteurs chinois de la mobilité, affirmant «qu’il faut nouer des deals avec ces acteurs chinois, comme nous l’avons fait avec Geely et Envision pour les batteries, et se demander ce que la Chine peut apporter à l’Europe dans la décarbonation du transport».



