Renault veut des modèles moins chers à produire pour gagner en compétitivité et s’adapter aux bouleversements industriels post-covid. Jeudi 7 décembre, la marque française a annoncé un plan baptisé Re-Industry pour faire baisser ses coûts industriels de 30% sur les véhicules thermiques et jusqu’à 50% sur ses véhicules électriques. Fixé pour 2027, cet objectif ne sera pas atteint dans toutes les usines : il s’agit d’une moyenne sur l’ensemble des sites du groupe dans le monde.
Mais qu’est-ce qu’englobe précisément le coût industriel ? Pour une voiture, il s’agit pour moitié de l’argent dépensé dans la fourniture des pièces, la main d’œuvre qui la fabrique, l’amortissement des machines et l’énergie utilisée. L’autre moitié concerne son transport vers le lieu de vente. Renault ne donne pas de chiffre précis mais indique que le coût industriel représente actuellement moins de 50% du coût total d’un modèle, voire moins de 30% dans certains cas.
S'adapter à l'inflation et aux pénuries de composants
Depuis la pandémie de covid-19, plusieurs phénomènes ont bousculé le schéma productif du constructeur et l’ont obligé à s’adapter. En plus de l’inflation et de l’augmentation des prix des transports et de l'énergie, la pénurie mondiale de semi-conducteurs a aussi été révélatrice. «La supply chain est très challengée parce que l’on partage de plus en plus de composants avec d’autres industries, indique Thierry Charvet, directeur industriel et qualité du groupe Renault. Il y a aussi la volatilité des marchés, comme on peut le voir sur les véhicules électriques. Tout cela fait que l’on a jamais autant arrêté les usines que sur les trois dernières années.»
La baisse du coût de production compensera en partie les investissements qu'il réalise pour répondre aux nouvelles normes de sécurité ou de pollution des véhicules. Elle offrira aussi davantage de compétitivité à la marque avec une marge de manœuvre pour établir ses prix de vente sur ses différents marchés.

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Avril 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
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Mars 2026
Polypropylène - 05-1-52 Chutes PP rigides naturelsVariation en €/tonne
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
Mais comment s’y prendre sans rogner sur la qualité ? Tout d’abord, le constructeur mise sur un développement de ses ventes à l’export et la montée en puissance de ses modèles électriques. La marque réalise déjà 43% de ses ventes hors Europe et veut profiter de ses résultats financiers au beau fixe pour augmenter ses ventes avec le lancement de plusieurs modèles pour des marchés étrangers comme l'Amérique du Sud ou la Turquie. La hausse des volumes devrait logiquement faire baisser les coûts de production.
Plus d'arrêt de production pour les nouveaux modèles
Depuis 4 ans, Renault développe aussi des «lignes flexibles» pour l’ensemble de ses usines. Elles permettent de concevoir le process industriel des futurs modèles en dehors des sites pour ne pas avoir à stopper leur production – parfois jusqu'à 6 jours sur 7 sur des sites comme Bursa, en Turquie. «Les dépenses de R&D pour l’investissement industriel ont été divisées par deux par rapport à ce que l’on faisait avant, précise Thierry Charvet. L’investissement complémentaire est trois fois inférieur à ce dont on avait besoin il y a cinq ans pour commencer à produire un modèle.»
Le constructeur compte également produire plus vite pour dépenser moins. Sur ses sites d’Europe de l’ouest, l’objectif est de passer de 12 ou 14 heures pour fabriquer une voiture actuellement à 9 heures à terme. Les modèles électriques, qui possèdent moins de pièces à assembler que les véhicules thermiques, vont permettent de réduire le nombre d’opérations nécessaires.
La data pour adapter la production aux demandes du marché
L’autre pilier de la réduction du coût industriel pour Renault, c’est la data et l’utilisation du métavers qu’il développe depuis plusieurs années. Avec 12 000 machines connectées dans le monde et 2 millions de données analysées par minute, Renault estime avoir économisé 270 millions d’euros en 2023 grâce à la maintenance prédictive. L’analyse des données permet aussi de réaliser des économies d’énergie en détectant les consommations inutiles. Ainsi, un dispositif «stop&start» a été installé pour économiser l'électricité sur des robots en attente sur les chaines de production.
Renault indique que son metavers lui permet aussi de réduire ses stocks grâce à l’analyse des demandes des clients de son réseau. «Avant, le modèle japonais dominait le secteur, il était centré sur la production et la vente venait ensuite, explique Thierry Charvet. Renault privilégie désormais la valeur au volume et a complètement inversé son modèle. On ne produit que ce que les commerçants veulent vendre. Ce qui compte avant tout c’est le niveau de profitabilité de chaque modèle.» En parallèle, les niveaux de gamme des modèles ont été réduits au fil des années et le nombre de pièces communes a été augmenté.
Pas de baisses de prix pour l'instant
Pour la suite, une nouvelle plateforme va arriver en 2024 avec la fabrication du SUV Kardian par l’usine de Curitiba (Brésil) puis celle de Casablanca au Maroc. Destinée à l’export, elle permettra d’assembler plusieurs modèles aussi bien thermiques qu’hybrides sur une base commune. A plus long terme, Renault explore d’autres pistes pour réduire le coût industriel de ses modèles comme les gigapresses. Etudiées par Tesla, elles sont capables de fabriquer les carrosseries d’un seul tenant. «Le sujet est sur la table», mais pas dans l’immédiat, émet l'entreprise.
La baisse du coût de production des modèles va t-il permettre à Renault de baisser ses prix de vente ? Alors qu'en France, le coût moyen d'une voiture neuve est de 35 118 € (+8 % depuis janvier 2023) selon le cabinet AAA Data, la marque l'exclut pour l'instant et préfère mettre en avant son offre de de véhicules reconditionnés, plus accessibles.



