Le drap noir tombe, les phares en demi-cercle s’éclairent et le concept-car vert téléguidé se dirige vers le centre de la scène. C’est un retour surprise et en grande pompe pour la Twingo, dont la quatrième génération a été officialisée par Renault mercredi 15 novembre. Le constructeur automobile organisait une journée investisseurs pour promouvoir auprès du marché sa nouvelle entité Ampère, née début novembre et dédiée à l’électrique et aux logiciels. Et quoi de mieux que de présenter une citadine électrique de nouvelle génération, ultra-connectée, développée en à peine deux ans sur une plateforme de nouvelle génération, pour séduire un public aux aguets sur les futures performances financières et industrielles de l’entreprise ?
La commercialisation de la future Twingo aux lignes sobres est prévue pour 2026. Son prix d’appel est une promesse pour les consommateurs : moins de 20 000 euros. La gamme Ampère sera donc composée de sept modèles, contre six attendus jusqu’à présent (la Megane e-Tech déjà disponible, la Scenic, la R5, la 4L et deux autres modèles encore inconnus).
L'occasion de relancer la mythique Twingo
«Ampère, c’est le cœur du nouveau Renault», réitérait le matin même devant la presse le directeur général du groupe et patron d’Ampère, Luca de Meo. L’homme avait un objectif ce mercredi : convaincre que le projet Ampère «a beaucoup de substance». De manière générale, les observateurs sont convaincus du bien-fondé de l’opération, qui vise à réinventer la marque Renault en l’orientant vers le 100% électrique «made in France».
«C’est une belle occasion de relancer une marque glorieuse qui a besoin de se projeter dans le futur», explique encore Luca de Meo. Les objectifs de rentabilité et de génération de flux de trésorerie promis sont ambitieux, avec un objectif de chiffre d'affaires de plus de 10 milliards d’euros dès 2025, puis 25 milliards d’euros en 2031. Mais le projet d’introduction en Bourse de la société continue d’interpeller des observateurs financiers, pas totalement convaincus de l’utilité de l’opération… «Il y a d’autres manières intelligentes de financer la société», expliquait un analyste à L’Usine Nouvelle en amont de l'événement.
La stratégie industrielle d'Ampère clairement établie
Là où Renault parvient à nettement mieux convaincre, c’est sur son organisation et sa stratégie industrielle, détaillée par le menu. «L’objectif est que ce projet soit solide industriellement», déclare le dirigeant de l’entité à la presse, citant les «centaines de décisions» prises au cours des deux ans et demi écoulés pour donner naissance à Ampère. L’écosystème industriel sera centralisé dans le nord de la France autour du pôle Electricity, qui rassemble les usines de Douai (Nord), Maubeuge (Nord) et Ruitz (Pas-de-Calais), et l’usine de moteurs électriques de Cléon (Seine-Maritime).
Electricity a une capacité nominale de production de 400 000 unités par an (extensible jusqu’à 620 000 unités d'ici à 2028), mais ne devrait assembler que 50 000 unités cette année. La montée en cadence espérée est très ambitieuse : Ampère prévoit de vendre environ 300 000 véhicules en 2025 et environ 1 million en 2031. L’entreprise a pour objectif de concevoir, mettre au point, produire et commercialiser les voitures électriques de la marque Renault en France. Mais pas seulement. Ampère produira pour son allié japonais Nissan une Micra électrique, ainsi qu’un véhicule de segment C pour Mitsubishi.
Pour parvenir à être compétitif et concurrencer les pays de l’Est, Renault ne cache pas que réaliser des économies d’échelle va être primordial. «Réduire les coûts est notre combat de tous les jours», a assuré sur scène le directeur financier du groupe, Thierry Piéton. Ampère vise une réduction des coûts de 40% d’ici à 2027/2028 entre la 1ère et la 2ème génération de véhicules électriques du segment C. L’entreprise assure que la réduction des coûts commence à porter ses fruits : la future batterie de la R5 sera par exemple simplifiée dans sa conception, avec 4 modules au lieu de 12 actuellement.
Dans le détail, Ampère vise 50% de réduction des coûts de la batterie par véhicule pour la même autonomie (grâce à l’évolution de la technologie et la simplification du design), 25% de réduction des coûts des moteurs électriques par véhicule ou encore 25% de réduction des coûts sur les plateformes par véhicule (en réduisant le nombre de pièces).
Des partenariats stratégiques dans les batteries
L’efficacité industrielle est promise dans des usines compactées au maximum, où Ampère a pour objectif d’assembler un véhicule en à peine 9 heures à partir de la Renault 5. L’objectif est ambitieux quand on sait que Tesla et Volkswagen visent légèrement au-dessus : 10 heures. Pour gagner en agilité, Renault annonce également réduire de 40% son nombre de sous-traitants.
En parallèle, le groupe poursuit sa stratégie centrée autour de la flexibilité en nouant des partenariats divers et variés, notamment dans les batteries. Renault n’a ainsi investi que 75 millions d’euros dans des gigafactories de batteries opérées par des spécialistes du secteur comme LG, AESC Envision et Verkor quand des concurrents comme Stellantis engagent des dizaines de milliards d’euros. «Nous recherchons la coopération pour co-investir, co-développer et partager les risques», a explicité Luca de Meo.
Rapidité de conception des véhicules et économies d'échelle
Plus qu’une simple plateforme de production pour plusieurs marques, Ampère a aussi été conçue comme une plateforme B2B. Ses solutions logicielles, conçues main dans la main avec Qualcomm et Google, pourraient ainsi être commercialisées et vendues à d’autres constructeurs d’ici quelques années. «Un partenariat plus qu'une simple relation commerciale», commente Luca de Meo, qui chiffre à 1,5 milliard d’euros les gains de coûts que ce travail en trio pourrait générer au cours de la décennie à venir. Il estime que le coût de développement de la future architecture SDV (Software-defined vehicle) prévue pour 2026 sera deux fois inférieur que chez les autres constructeurs occidentaux et au même prix que celle des constructeurs chinois.
Ampère veut faire des coûts et de la rapidité d'exécution ses deux points forts. Alors que la Renault Twingo devait mourir de sa belle mort dans les prochains mois, la voilà réanimée. Le modèle présenté au public a été conçu en à peine quelques mois et devrait être commercialisé dans deux ans. Réduire les délais, les coûts, les prix... tout en augmentant ses marges. Renault a-t-il trouvé la formule magique ? Seul le temps le dira.



