Plombées par le marché russe et les pénuries, les ventes de Renault s'écroulent de 17% au premier trimestre

Renault a publié ses premiers résultats financiers depuis le début de la guerre en Ukraine. Fortement exposé au marché russe, le constructeur continue de souffrir des pénuries de semi-conducteurs.

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Dacia Sping
Si la marque Dacia a affiché des résultats commerciaux en croissance au premier trimestre, cela n'a pas suffi à compenser la chute des ventes des autres branches du groupe Renault.

Renault affronte sa première épreuve de vérité depuis le début de la guerre en Ukraine. Le constructeur automobile a publié vendredi 22 avril ses résultats pour le premier trimestre. Avec un chiffre d’affaires de 9,7 milliards d’euros, le groupe voit son activité baisser de 2,7% (0,7% à taux de change et périmètre constants). Interrogé par les investisseurs sur sa présence en Russie, Renault dit ne pas avoir encore trouvé de solution pour l'avenir de sa coentreprise Avtovaz avec la société publique russe Rostec.

Le groupe voit ses livraisons diminuer de 17,1% avec 552 000 véhicules vendus au premier trimestre. En excluant la Russie, le repli reste toujours de 13,9%. Un signe que les pénuries de semi-conducteurs continuent de ralentir le groupe dans un marché automobile morose. Selon Reuters, c'est le niveau de ventes le plus bas enregistré par le groupe depuis le premier trimestre 2009. Renault n'avait écoulé que 495 000 en pleine crise financière.

La crise liée au conflit en Ukraine fait tout de même redouter de nouvelles difficultés financières chez Renault. L’actualité sonne comme un triste rappel des récentes années noires du constructeur : juste avant la présentation des résultats, la justice française a annoncé avoir émis un mandat d’arrêt international contre Carlos Ghosn, l’ancien patron de l’Alliance Renault-Nissan.

Négociations avec l’État russe

Amputées d’un tiers, les ventes en Russie tombent à 61 000 unités pour la marque Lada et les autres branches d’Avtovaz (la coentreprise de Renault et de la société publique russe Rostec). « Le chiffre d’affaires d’Avtovaz et Renault Russie est de 0,9 milliard d’euros, en repli de 15,7% sur la période, l’activité ayant été fortement impactée à partir du 24 février par le conflit en Ukraine », chiffre Renault dans un communiqué.

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Le constructeur avait décidé le 23 mars de suspendre l’activité de son usine de Moscou (Russie) et d’étudier « les options possibles » pour sa participation dans Avtovaz. Parmi les hypothèses sur la table : un désengagement pur et simple de la coentreprise. Mais les dirigeants du groupe n’ont pas donné de nouvelles informations sur la résolution de ce casse-tête. « C'est une discussion en cours avec les autorités russes. Elle progresse. [...] Dès que nous aurons trouvé une solution, nous nous empresserons de la communiquer », s’est contenté d’indiquer Thierry Piéton, directeur financier du groupe, lors d’une téléconférence.

Dans une moindre mesure, Renault a subi des effets de change négatifs de l’ordre de 75 millions d’euros, notamment à cause de la dévaluation de la livre turque et du peso argentin. Si l’impact paraît marginal, il rappelle que le groupe est engagé dans plusieurs marchés instables à l’étranger.

Les pertes de production continuent

En 2021, les pénuries de semi-conducteurs avaient empêché Renault de fabriquer 500 000 véhicules. La crise devrait se résorber en 2022, mais le constructeur souffre toujours de difficultés importantes. « Le groupe confirme une perte totale de production 2022 estimée à 300 000 véhicules, principalement au premier semestre », a estimé le groupe. « La visibilité reste faible, mais la situation commence à s'améliorer au niveau macroéconomique », a nuancé Thierry Piéton.

Pour compenser ces pertes, le groupe a augmenté ses prix et a privilégié des modèles plus rentables comme les véhicules électrifiés. « Les augmentations du coût des matières premières et des intrants seront plus que compensées par la productivité et les prix », a assuré Thierry Piéton.

La marque Renault voit ses volumes chuter de 19,7%, à 349 000 unités au premier trimestre. Même en excluant la Russie, le repli du navire amiral de l’entreprise s’élève à 19,2%. Dans ce contexte de crise, deux branches du groupe parviennent tout de même à augmenter leurs livraisons. La marque roumaine Dacia progresse de 5,8% avec 128 000 unités. Et la marque sportive Alpine, en plein chantier de redressement, enregistre une croissance de 67% même si ses volumes sont bien plus faibles (709 unités).

Une mise à jour de la stratégie en préparation

Les communications du groupe ne détaillent pas son résultat net pour le premier trimestre. « Le groupe confirme être en avance sur ses objectifs moyen terme Renaulution et accélère la mise en œuvre de son plan stratégique », veut rassurer une fois de plus l’entreprise.

Après deux années dans le rouge en 2019 et 2020, le groupe avait réussi à redresser ses comptes en 2021, mais la crise russe fait redouter de nouvelles pertes financières en 2022. Sur ce point, Renault se contente de confirmer ses objectifs révisés en mars : une marge opérationnelle de l’ordre de 3% en 2022 et un free cash-flow opérationnel positif sur le périmètre automobile.

Renault a rappelé qu’il organiserait un « Capital Market Day » à l’automne 2022 avec une mise à jour de ses objectifs financiers et de sa stratégie. Le groupe étudie une séparation de ses activités électriques et thermiques qui doit être présentée lors de cet événement. Selon le directeur financier du groupe, l’ampleur de la scission reste à déterminer. Le constructeur pourrait simplement détailler les performances financières de chaque activité lors de ses résultats. Un scénario plus radical pourrait donner lieu à une cotation à part des activités électriques

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