Les recommandations des autorités françaises sur le port du masque ont beaucoup varié depuis le début de la crise du Covid-19, au printemps 2020. Face à la pénurie touchant les personnels soignants, le port du masque a d'abord été vivement déconseillé au grand public. Puis la doctrine a changé radicalement au déconfinement, alors que les équipements de protection affluaient en masse, souvent importés de l’étranger. Le gouvernement a même contribué à faire émerger une filière française de « masques grand public » en tissu, pour répondre à l’explosion des besoins.
Des produits dont les capacités filtrantes ont été testées par la DGA (Direction générale de l’Armement) et classées en deux catégories, 1 et 2. Plus de 100 millions de masques en tissu ont ainsi été produits en France durant l’année 2020. L’Etat a lui-même commandé des masques aux entreprises françaises fin 2020, à destination des populations en grande précarité. Ils doivent être distribués au cours des prochaines semaines.
A nouveaux variants, nouvelle doctrine

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L’arrivée en France de nouveaux variants (dont l’un, dit "britannique", contamine 200 personnes chaque jour) bouleverse à nouveau les consignes officielles. Leur plus grande contagiosité remet en cause l’utilisation des masques en tissu les moins filtrants. Lors d'une réunion le week-end du 16 janvier, le Haut conseil de la Santé publique (HCSP) a rédigé une recommandation sur le port du masque. Elle n’a pas été rendu publique mais a été transmise au gouvernement. Son contenu n’a pas tardé à fuiter : il déconseille l’utilisation de masques en tissu « faits maison » (dont l‘efficacité ne peut être certifiée) et les masques grand public fabriqués par les industriels de catégorie 2, ceux dont le niveau de filtration est inférieur à 70%.
L'Afnor, qui s'est mobilisée en mars 2020 pour créer des spécifications afin d'aider particuliers et entreprises à fabriquer des masques barrières, se dit "surpris" par cette recommandation et la façon dont elle a fuité, avant sa publication officielle. "Lorsque nous avons mis au point cette solution pour favoriser la fabrication artisanale, nous étions en pénurie", rappelle Olivier Gibert, porte-parole de l'organisme de normalisation, interrogé par L'Usine Nouvelle. "Le modèle a eu un grand succès auprès des industriels, qui sont contents d'avoir un cahier des charges de fabrication clair."
A l'époque, la création des deux catégories de masques alternatifs était issue d'une démarche supervisée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), avec le soutien de l’ANSES et de la Direction générale de l’armement (DGA). Une note d’information des ministères de la Santé, de l’économie et des finances, et du travail était émise dès le 29 mars, la catégorie 2 des masques barrière ciblant alors spécifiquement les professionnels n'étant pas en contact avec le public.
Une filière française axée sur la qualité
La filière française n’a pas trop à s’inquiéter de cet avis, car elle produit en grande majorité des masques de catégorie 1, dont le niveau de filtration dépasse les 90%. «Avec la forte concurrence, le niveau a progressé et la majorité des fabricants produisent des masques de catégorie 1», assure à L’Usine Nouvelle Marc Pradal, le président de l’Union française des industries de la mode et de l’habillement. «Des masques qui souvent peuvent résister à 50 lavages, jusqu’à 120 lavages», ajoute-t-il. Les masques commandés par l’Etat fin 2020 sont d’ailleurs des masques de catégorie 1.
Ce qui m’inquiète dans cet avis, c’est l’amalgame qu’il peut générer
— Marc Pradal, Ufimh
Les industriels français qui se sont mis à produire des masques en 2020, durant le pic de la crise, et qui vont continuer en 2021 (une minorité, sur le millier d’entreprises mobilisées) misent sur la qualité et l’innovation pour se distinguer. D'ailleurs, parmi les premiers industriels candidats à la nouvelle norme NF (mise au point par l'Afnor) pour leurs masques barrière, tous ont soumis des modèles à haut niveau de protection, avec plus de 90% de filtration.
« Ce qui m’inquiète dans cet avis, c’est l’amalgame qu’il peut générer sur l’ensemble de la production textile, avec l’idée que les masques chirurgicaux sont beaucoup plus protecteurs que les masques en tissu. Ce n’est pas vrai pour les masques importés, qui présentent moins de garanties sur la sécurité », juge Marc Pradal.
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Les masques en tissu de catégorie 1 et chirurgicaux restent recommandés
Le HCSP souligne d’ailleurs que le port des masques de catégorie 1 testés par la DGA reste prescrit. « Tous les masques dont le niveau de filtration est supérieur à 90% sont recommandés », a confirmé le ministre de la Santé Olivier Véran sur France Inter ce 19 janvier. « Si deux personnes portent un masque filtrant à 90%, l’efficacité est la même que si une personne porte un masque FFP2 », souligne-t-il.
Pas question donc, à ce stade des connaissances scientifiques, d’imposer en France le port du masque FFP2 dans les transports, comme l’ont fait la Bavière et l’Autriche. Si la doctrine devait – à nouveau – changer en faveur de masques encore plus protecteurs, la France serait mieux armée qu’il y a un an : alors qu’elle ne comptait que quatre producteurs de masques chirurgicaux sur son sol début 2020, ils sont désormais plus de 25 dans toute la France.



