A Montluçon dans l’Allier, dans l’un des principaux sites de Safran dédié à la production d’équipements de défense, une cinquantaine de salariés assemblent et testent les kits de guidage et les étages de propulsion des bombes AASM, celles tirées depuis les Rafale. La guerre en Ukraine a changé la donne pour cet armement air-sol modulaire à l’efficacité redoutable. Depuis 2023, la France en a déjà livré plusieurs centaines aux forces ukrainiennes après que les équipes de Safran ont apporté les modifications nécessaires pour les adapter aux Sukhoi-25 et aux Mig-29 de leur armée de l’air en moins de quatre mois, un record.
Depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine, la production à Montluçon bat son plein. Dans les ateliers, les techniciens sont affairés, manipulant avec dextérité et application des petits moteurs électriques, des câbles, les sous-ensembles de fuselage. Dans l’un des espaces, ils assemblent les parties avant. Dans un second atelier, ils testent leur capacité à résister à des secousses fortes comme celles qui subiront sous les ailes des Rafale et au cours de leur vol. Dans un troisième atelier, des techniciens assemblent les étages propulsifs à l’aide d’outils connectés et de technique de réalité augmentée. «Il a fallu un moment d’adaptation mais in fine cela permet de réduire le nombre d’erreurs», indique un technicien.
En 2024, l’usine a produit 830 kits AASM. «Cela correspond à un quadruplement par rapport à 2022. Nous envisageons encore de doubler cette production dans les prochaines années en fonction des commandes», précise Jean-Noël Mahieu, directeur des opérations pour Safran Electronics and Defence, la branche du groupe spécialisée dans les activités de production d’équipements et de technologies électroniques pour les secteurs de l’aéronautique, de la défense et de l’espace.
Une autre force de l’AASM : il est «combat proven». Traduction de ce jargon militaire : il a fait ses preuves sur le champ de bataille. En septembre 2011, l’armée de l’air française en a fait usage en Lybie pour effectuer des campagnes de bombardements. Leur efficacité a été telle que les militaires de l’US Army l’ont qualifié de «magic weapon », assure-t-on chez Safran.
Ciblage laser
Cette efficacité repose sur la conception même de ces bombes…à précision et allonge augmentée. Une fois livrés aux armées françaises, ces kits de guidage et ces étages propulsifs seront en effet placés aux deux extrémités d’un corps de bombe de 250 kg ou 1000 kg pour en faire une arme de guerre redoutable. Placés à l’avant de la bombe, les kits de guidage avec leurs ailettes ultra-mobiles, ont pour but de diriger la bombe sur la cible, mobile ou non, avec une précision de l’ordre du mètre…même dans un environnement GPS brouillé. Comment ? Ils intègrent des technologies de pointe de ciblage laser et de centrale inertielle qui permettent à la bombe de connaître à tout moment sa position dans les airs, et d’en déduire celle de sa cible. Placé à l’arrière de la bombe, l’étage moteur permet de propulser le projectile destructeur à plus de 70 km de distance. Un atout majeur. Cela permet à l’avion de chasse de tirer à très basse altitude pour échapper aux radars. La bombe peut alors reprendre de l’altitude si nécessaire pour ensuite frapper sa cible à la verticale pour gagner encore plus en précision.
Et, autre atout en période de conflit de haute intensité, ces bombes seraient accessibles à un prix abordables pour les armées. «L’AASM répond aux exigences de l’économie de guerre en offrant la capacité d'engager des armements en volume», estime Franck Saudo, président de Safran Electronics and Defense. Selon Safran, les armées peuvent se payer cinq bombes AASM pour le prix d’un missile évalué à environ 1 million d’euros.
25 millions d'euros investis
Safran Dans son site de Montluçon consacrée aux activités de défense, la production de Safran est passée en mode économie de guerre. Depuis 2022, le groupe y a investi 25 millions d’euros pour augmenter ses cadences. Le site bourbonnais produit également les 14 Patroller, des drones de surveillance et de renseignement, à livrer aux forces françaises d’ici 2027 ainsi que des centrales inertielles pour les aéronefs militaires et les sous-marins. «Nous prévoyons 200 recrutements en 2025 sur le site de Montluçon» précise Jean-Noël Mahieu. De quoi confirmer le site comme le premier employeur industriel du département avec plus de 1600 salariés à ce jour.
La branche électronique et défense de Safran, qui compte 14000 salariés, a réalisé en 2024 de l’ordre de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires dont deux tiers dans les activités de défense et d’espace. Portée par le réarmement mondial, elle vise un doublement de sa taille d’ici 2030.



