Emmanuel Macron n'est pas à Marseille que pour parler insécurité, logement, trafic de drogue et écoles. Sa visite s'inscrit aussi dans le cadre du Congrès mondial de la nature de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qu'accueille la cité phocéenne du 3 au 11 septembre. C'est la première fois que la France réceptionne l'événement, dont la précédente édition avait eu lieu en 2016 à Hawaï. 15 000 experts doivent le suivre sur place ou à distance et 60 000 visiteurs "grand public" sont attendus. L’UICN, qui rassemble gouvernements et ONG, compte 1400 membres, qui établissent un diagnostic sur les pertes de biodiversité et les risques de zoonoses à grande échelle.
Vendredi 3 septembre en fin d’après-midi, le président de la République prononcera un discours à l’occasion de l’inauguration du congrès. Il devrait faire plusieurs annonces neuf mois après le One Planet Summit consacré à la biodiversité qui s’était tenu à Paris pour la quatrième année consécutive.
La France en avance sur ses propres objectifs, mais...
D'où part la France ? Emmanuel Macron avait incité les Etats à prendre des engagements sur la protection des écosystèmes terrestres et marins, la promotion de l’agro-écologie, la mobilisation des financements sur la biodiversité et la protection des forêts tropicales, des espèces et de la santé humaine. Le One Planet Summit avait également lancé une initiative Prézode, pour prévenir les prochaines zoonoses et pandémies en lançant une alliance de recherche et en fédérant les programmes existants.
L’objectif de protéger au moins 30% des espaces naturels d'ici 2030 est en passe d'être tenu. En France, il «sera atteint en 2022 avec huit ans d’avance», annonce Maud Lelièvre, présidente du Comité français de l’UICN. Il est vrai que les aires protégées concernent en France 29,5% des terres et plus de 23,5% des eaux. Pour la Fondation Nicolas Hulot pour l’homme et la nature (FNH), il est tout de même nécessaire de renforcer les aires protégées en lien avec le sujet agricole. «C’est bien d’atteindre les objectifs, mais il faut voir le côté qualitatif, prévient Amandine Lebreton, directrice plaidoyer et prospective à la FNH. On manque de moyens humains pour contrôler ces zones et il ne faut pas oublier les autres zones.»
Préparer la Cop15 sur la biodiversité
Sur quels sujet plancheront les participants au Congrès ? Dès le 4 septembre, il est prévu de mettre à jour la liste rouge des espèces menacées. L'évènement doit aussi préparer la prochaine COP15 sur la biodiversité qui se déroulera en avril prochain à Kunming (Chine) avec un an de retard. Elle doit permettre de définir un cadre international mettant un terme à l’érosion de la biodiversité d’ici 2030. Mais il n’est pas question de séparer climat et biodiversité. Car le réchauffement climatique demande des mesures d’adaptation et d’atténuation. «C’est un sujet commun comme l’a bien expliqué le rapport du GIEC et de l’IBSES [experts de l’ONU sur la biodiversité] présenté en juin dernier, rappelle Maud Lelièvre. Les sujets sont liés : déforestation, agriculture intensive, mondialisation… Le réchauffement climatique engendre davantage de sécheresse, et par conséquent plus d’incendies et d’émissions de CO2. Il faut arrêter les financements défavorables à la biodiversité. Les aéroports ne doivent plus être des passoires qui facilitent le trafic d’animaux. Enfin, cela coûte moins cher de préserver la biodiversité que de réparer et de renaturer.»
Des actes forts contre les pesticides
La CGT demande d’aller beaucoup plus loin. Dans un communiqué publié jeudi 2 septembre 21, la centrale syndicale considère que «le dernier rapport du groupe 1 du GIEC, publié en août dernier, confirme scientifiquement le réchauffement climatique et son origine : notre système de production capitaliste.» A Montreuil, on demande donc «une rupture franche avec nos modes de production et de consommation actuels. Cette solution doit être mise en œuvre urgemment car, quelle que soit la crise – sanitaire, sociale, environnementale ou économique – ses effets (dégradation des biens communs tels que l'eau, l'air et les sols, pollutions, pandémies, chômage, etc.) affectent toujours, d'abord et plus fortement, les populations les plus vulnérables."»
A la Fondation Nicolas Hulot pour l’homme et la nature (FNH), si on ne parle pas de rompre avec le capitalisme, on dénonce certains renoncements au-delà des annonces qui pourront être faites par le Président de la République comme le retour des pesticides néonicotinoïdes et "le non succès par absence de volonté politique de l’interdiction du glyphosate". «Nous attendons un calendrier et des marqueurs forts, demande Amandine Lebreton. La présidence française de l’Europe est une bonne occasion pour réaffirmer les engagements sur les pesticides en France et au niveau international. C’est un enjeu à court terme. Les discours sont importants, mais ce qui nous intéresse ce sont les faits. De même, nous demandons des mesures miroir. C’est-à-dire que l’Europe interdise l‘importation de produits agricoles qui contiennent des substances interdites dans l’UE, ce qui permettrait d’accompagner le monde agricole, qui ne subirait plus de concurrence déloyale.» Ce serait aussi un bon moyen de pression pour obliger les pays exportateurs à suivre le bon chemin.
400 MILLIONS D’OISEAUX ONT DISPARU EN EUROPE
Les statistiques sont alarmantes. 1 million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction au cours des prochaines décennies, un tiers des mammifères marins sont menacés, 400 millions d’oiseaux ont disparu en Europe au cours des trente dernières années, selon l’UICN. 70 % des récifs coraliens se sont volatilisés ou sont menacés, 75 % des maladies infectieuses humaines proviennent des réservoirs animaux et dues aux pressions anthropiques exercées sur la biodiversité (déforestation, agriculture intensive, etc.). «La crise du Covid-19 doit être une alerte, prévient Maud Lelièvre. On ne peut pas courir en permanence après les vaccins à cause des zoonoses. Chaque année, cinq nouvelles maladies liées à la destruction de la biodiversité apparaissent.»



