Infrastructure européenne des données, multi-cloud souverain, architecture de standards d’interopérabilité… Sous les termes techniques, difficile de bien comprendre ce à quoi servira vraiment l’initiative Gaïa-x. Souvent résumée par l’idée de “cloud souverain”, alternative de confiance aux géants américains, l’initiative veut d’abord faciliter le partage des données industrielles,. Une perspective qui motive plusieurs grands industriels. Les 18 et 19 novembre 2020, à l’occasion d’un sommet en ligne, Airbus, EDF, Bosch ou encore Philips présentaient leurs attentes et les cas d’usages que pourrait permettre cette initiative.
Espaces de données thématiques
Rappelons que pour favoriser le partage des données numériques depuis une multitudes de clouds aux hébergeurs différents, Gaia-x s'appuie sur un certain nombre de principes généraux – parmi lesquels l’interopérabilité, la réversibilité et la transparence – et devra définir des standards techniques pour les garantir. Qualifiés par les entreprises membres, les standards seront spécifiques à des espaces de données thématiques (santé, industrie 4.0, finance, énergie...), pour répondre aux besoins et contraintes différents de chaque secteur.
Nombreux industriels semblent y trouver leur compte. Si certains secteurs ne sont pas encore bien représentés dans l'association, à l'image de l'agriculture, plusieurs industriels se sont déjà emparés du sujet pour accélérer l'initiative. Airbus – qui avait déjà mis en place la plateforme Skywise pour échanger des données avec ses clients et renforcer la maintenance prédictive de ses avions – mène ainsi un groupe aéronautique. Préoccupé par la cybersécurité des données, le secteur aéronautique passe au cloud avec circonspection. Pourtant, partager davantage les données entre acteurs lui serait bénéfique, juge le directeur des opérations d'Airbus, Michael Schoellhorn. Au-delà de la recherche de l'avion vert, le nouveau Graal du secteur, la fluidité des échanges pourrait d'abord diminuer la paperasserie et les formalités administratives dues aux multiples régulations qui s'imposent au secteur.
“Le business d’Airbus est planétaire et les régulations pour le contrôle des exportations se renforcent”, détaille Michael Schoellhorn. Face à cette situation, Gaïa-x pourrait permettre de construire une “plate-forme unifiée pour la gestion opérationnelle de la conformité”. En clair : faciliter le suivi des pièces et des aéronefs, ainsi que leur validation par les organismes de régulation.
Améliorer le suivi qualité
Côté industriel, le partage de données est aussi très attendu pour fluidifier et améliorer les échanges et les collaborations au sein de chaînes de valeur toujours plus complexes. Le constructeur automobile allemand BMW, qui déplace en moyenne de 31 millions de pièces chaque jour dans le monde, compte par exemple sur Gaïa-x pour améliorer le suivi qualité de ses produits. Comment ? En favorisant la remontée d’information depuis les garages où sont réparées ses voitures dans le monde entier, vers ses usines et celles de ses sous-traitants.
Aujourd'hui, après une plainte client, “80% des investigations que nous entamons quand une pièce est défectueuse sont inefficaces ou redondantes”, explique Andre Luckow, en charge des technologies émergentes et de l’industrie 4.0 chez BMW, "car “entre la première occurrence d’un problème chez un client et sa détection, il peut se passer jusqu’à six mois”. Un long délai qui pourrait être réduit par un partage plus fluide des données espère l’industriel.
Secret industriel oblige, Gaia-x est "un prérequis" pour entamer en confiance ce travail... De manière générale, “les données sont sensibles, elles ne peuvent pas être partagées n’importe comment. Nous devons organiser une collaboration et un cadre qui comprennent les intérêts et les besoins de chacun”, souligne Michael Jochem, directeur innovation et industrie connecté pour le groupe Bosch.
Inventer de nouveaux cas d'usages
Une contrainte que l’on retrouve dans la finance, la santé, ou encore… la mobilité. C’est en tout cas l’espoir de l’entreprise de voyages Amadeus. En partageant des données de l’ensemble des acteurs de la mobilité, celle-ci pourrait “améliorer la fluidité et l’expérience de voyages”, décrit Jean François Cases, en charge de la propriété intellectuelle chez Amadeus. En dessinant un monde où les services et les démarches seraient synchronisés tout au long d'un trajet, depuis l’avion à l’hôtel en passant par le taxi ou les douanes.
Surtout, une fois la solution pour partager les données en confiance disponible, des usages imprévus pourraient émerger. Dans la recherche et l'innovation d'abord, la mise en commun de données est une nécessité, explique Jeroen Tas, en charge de la stratégie d'innovation du groupe néerlandais Philips. "Dans la santé, beaucoup de données sont générées, des notes de médecins, des rapports cliniques, des images... mais beaucoup ne sont pas structurées et vivent en silo", regrette-t-il, en vantant la création d'un espace de données permettant à des algorithmes d'analyses de creuser dans cette mine d'information. A l'image du Health data hub en France.
“Nous avons énormément de données dans le secteur de l’énergie, Enedis, par exemple, possède 40 millions de compteurs intelligents celles-ci peuvent être partagées pour créer de la valeur et de nouveaux business models" abonde Martine Gouriet, directrice du numérique chez EDF. Alors que les premières applications de Gaia-x devraient sortir au troisième trimestre 2021, les industriels sont sur les starting blocks.



