Après l’Europe des batteries, le couple franco-allemand s’attaque à l’Europe des données pour préserver son autonomie et la compétitivité de ses entreprises. C’est, en gros, le message qu’ont fait passer les ministres de l’économie français et allemand, Bruno Le Maire et Peter Altmaier lors de la présentation officielle du projet d’infrastructure européenne des donnée Gaia-X, ce jeudi 4 juin 2020. S’il faudra attendre le premier semestre 2021 pour en voir les premiers fruits opérationnels, les présentations officielles et les documents techniques dissipent le flou sur les ambitions de ce projet industriel, qui vise à restaurer la souveraineté européenne et à favoriser le contrôle des entreprises sur leurs données.
Construire un cloud européen
Attention : aucune construction d'infrastructure physique ici. Derrière son nom de divinité new-age, Gaia-X rassemble 22 entreprises fondatrices, à parité entre la France et l’Allemagne, dans une fondation à but non lucratif et qui sera ouverte à l’ensemble des organisations se conformant à ses règles et standards. L'objectif ? Définir un ensemble de critères de transparence et de confiance pour accélérer la digitalisation des entreprises européennes, tout en diminuant leur dépendance aux géants du numérique.
“La crise du coronavirus a révélé que nos données peuvent nous permettre de surmonter des épidémies plus rapidement et plus facilement, à condition que les Européens aient confiance dans la collecte et le stockage de leurs données. Gaia-X répond à cette demande en offrant une solution sûre", résume le Ministre de l’économie français Bruno Le Maire.
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Pour cela, les entreprises européennes intégrées au projet ont défini un ensemble de standards et de normes qui seront communs aux services mis en avant par la plateforme. Un travail technique, établi à l’aide de 40 cas d'application et qui devrait perdurer tout au long du déploiement de Gaia-X pour assurer l’ouverture, l’interopérabilité et la transparence des services de cloud en Europe. Ainsi, être certifié par Gaia-X nécessitera de se conformer à différents critères, portant notamment sur la sécurité, la protection des données personnelles, la transparence sur les contrats et la localisation des serveurs ou le partage de données.
Une place de marché pour prévenir le risque de verrouillage
Concrètement, Gaia-X devrait d’abord prendre la forme d’une place de marché. Un moteur de recherche, transparent, dans lequel chaque utilisateur pourra comparer et évaluer les offres cloud sur le marché et choisir selon ses préférences et ses besoins. Si les grands acteurs du cloud, comme AWS ou Microsoft Azure, ne seront pas absents du dispositifs, ce dernier pourrait néanmoins favoriser les offres européennes. “Cette plateforme permettra de aux utilisateurs européen une liberté de choix et aux fournisseurs de services européens beaucoup de visibilité”, a ainsi expliqué Peter Altmaier, le ministre de l'Economie allemand.
Le dispositif sera d'abord transparent. Alors que le Cloud Act américain inquiète les entreprises, soucieux de préserver leurs secrets industriels, chaque offre de service précisera la localisation des serveurs et le régime juridique auquel sont soumises les données stockées. Sans écarter les acteurs américains, l'idée serait alors de parier sur la quête de sécurité des utilisateurs européens.
Autre critère : Gaia-X imposera la réversibilité et la portabilité des données. “Un des freins pour les entreprises sur le marché du cloud, c’est le risque de verrouillage, explique-t-on à Bercy. Une fois qu’une entreprise travaille avec un fournisseur de services - OVH, Amazon, Microsoft ou autre - elle fait face à de grandes difficultés si elle veut en changer”. En restaurant la compétition, la portabilité des données devraient aider l’émergence d’acteurs européens, mais aussi prévenir les augmentations de tarifs de certaines offres.
Construire un environnement européen des données industrielles
Mais Gaia-X ne sera pas qu’un simple comparateur d’offres. Ces normes d’identification, de partage et de description des données devraient aussi permettre de créer un espace européen favorisant le partage sécurisé de données entre les acteurs européens. Et donc l'innovation et la croissance.
“Nous cherchons à créer un écosystème de données qui favorise l’innovation entre les secteurs sur une base de confiance”, explique Thomas Niessen, directeur général de l’entreprise allemande Trusted Cloud. Permettant le partage des données entre industriels, par exemple concernant la sécurité routière pour la voiture autonome, cet écosystème doit aussi aider l’entraînement des algorithmes d'apprentissage automatique, qui nécessite de grandes quantités de données fiables.
Pour ce faire, Gaia-X compte notamment sur des standards de "privacy by design", permettant de garantir les identités de chacun, tout en permettant à chaque producteur de données de partager ses données avec qui il le souhaite, de manière souveraine. Reste à voir si ces garanties suffiront à l'Europe pour agréger suffisamment d'entreprises et imposer ses normes techniques.



