En pleine crise économique, la décision a fait l’effet d’une bombe. Face aux réactions des syndicats et du ministère français de l’Economie et du Travail, le groupe PSA a renoncé en partie, lundi 15 juin, à faire venir 531 salariés volontaires de son usine de Gliwice, une ville située au sud de la Pologne, pour assurer la création d’une troisième équipe dans l’usine d’assemblage de véhicules utilitaires implantée à Hordain (Nord). A l’issue d’un CSE extraordinaire organisé lundi sur le site, le constructeur au Lion a finalement convenu de n’accueillir que 124 employés polonais.
"Notre équipe sera désormais composée à 95% de salariés en CDI de Hordain ou d’intérimaires. Les salariés polonais seront par ailleurs remplacés progressivement, dans les deux à trois mois à venir, par des recrutements intérimaires à Hordain", a insisté une porte-parole de PSA. "Un grand recul de la direction" dont s’est félicité le délégué FO de l’usine ex-Sevelnord, née de la coopération entre PSA et son possible futur partenaire Fiat-Chrysler (FCA) à la fin des années 1980 et aujourd’hui en charge de la production des Citroën Jumpy, Peugeot Expert, Toyota ProAce et autres Opel Vivaro. C'est d'ailleurs sur ce site que sera prochainement produite la version électrique du van compact Spacetourer de Citroën.
Interrogée par L’Usine Nouvelle, la porte-parole de PSA met en avant la logique de "solidarité industrielle" évoquée depuis plusieurs jours par le groupe pour justifier la venue d’employés polonais dans les usines tricolores. "Nos usines n’ont pas encore toutes redémarré leur activité. En Europe, c’est notamment le cas de Gliwice en Pologne. A l’inverse, l’activité recommence plutôt bien dans certains sites comme Hordain. La venue de nos salariés polonais volontaires visait à permettre d’accompagner temporairement cette reprise de l’activité", précise-t-elle.

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"Logique purement économique" pour la CFTC
D’autres sites sont également concernés par cette "solidarité industrielle", à l’image de l’usine de boites de vitesses située à Metz (Moselle), où une cinquantaine de salariés polonais ont déjà établi leurs quartiers pour accompagner la montée en cadence des chaînes de production. Une décision qui suit une "logique purement économique", d’après le délégué central CFTC de PSA, Franck Don. "Une telle initiative n’aurait pas été prise si elle ne profitait pas au groupe", estime-t-il, tout en précisant que certains contrats d’intérimaires en France avaient été "suspendus et non pas cassés".
Dans un article, Le Monde précise pour sa part que "sur les 500 intérimaires du site" de Hordain, "230 sont toujours sous contrat avec PSA, la plupart jusqu’à fin juillet". De quoi expliquer la fronde contre la décision de la direction de mobiliser des salariés polonais, qui assemblent habituellement des Opel Astra mais devraient, d’ici fin 2021, produire localement aussi… des véhicules utilitaires.
Des transferts plus fréquents en France
"En France, la mobilité des salariés entre un site en sous-activité et un autre en sur-activité est monnaie courante. Des salariés sont ainsi allés de Poissy à Rennes et de Mulhouse à Sochaux", détaille Franck Don.
"Nous avons déjà eu quelques transferts de main d’œuvre ponctuellement entre pays européens. Mais cette décision tombe alors que s’amorce une crise économique d’ampleur !", regrette le délégué CFTC. Une crise qui pourrait toucher fortement l’industrie automobile. Dans une étude publiée récemment, le cabinet AlixPartners estimait que la dette des plus grands constructeurs et fournisseurs automobiles mondiaux s’était accrue de 72 milliards de dollars (64 milliards d’euros) entre le 15 mars et le 22 mai 2020. De quoi générer une forte pression sur l’ensemble du secteur.



