Le retour aux niveaux de ventes atteints avant la crise du coronavirus prendra du temps, prévient AlixPartners. Dans une étude détaillée lundi 8 juin, le cabinet estime que les ventes mondiales de voitures neuves devraient se contracter en 2020 à 70,5 millions d’unités, soit un retrait de 21% par rapport aux 90 millions de voitures écoulées en 2019. Une baisse des ventes qui devrait être durable. Ce n’est qu’à partir de 2025 que le marché automobile mondial devrait se rapprocher à nouveau de ses records. A cette date, AlixPartners prévoit que les volumes atteindront 93 millions d’unités – soit un million de moins que lors du pic de 94 millions de véhicules neufs observé en 2017.
"Au cours des trois années à venir, entre 2020 et 2022, 44 millions de ventes pourraient être perdues", chiffre Laurent Petizon, directeur associé au sein du cabinet français d’AlixPartners.
Dans le détail, c’est sur le marché chinois que la reprise pourrait être la plus rapide. "La chute des ventes a été brutale en février en Chine, mais on observe une reprise rapide en avril et mai. Le pays restera le moteur de l’automobile", met en avant le spécialiste. Après un creux de 22,5 millions de véhicules neufs légers en 2020, les ventes en Chine devraient remonter à plus de 27 millions d’unités en 2025, d’après les hypothèses d’AlixPartners. Un niveau bien supérieur à celui de l’Europe et des Etats-Unis.
En Europe, la reprise avant la stagnation
Dans le pays d’Amérique du Nord, les ventes pourraient s’écrouler à 13,6 millions d’unités en 2020. Et ce, avant de remonter progressivement jusqu’au seuil de 17 millions de voitures en 2026. "La confiance des consommateurs américains est plus élevée que lors de la précédente crise de 2009, ce qui est un signal positif, tout comme le prix du pétrole et les taux d’intérêts, qui restent bas. Cela pourrait inciter les consommateurs à acheter des voitures classiques", met en avant Laurent Petizon.
Sur le Vieux Continent, la reprise pourrait se dessiner plus rapidement, avec un creux de 14,1 millions de voitures en 2020 et une remontée à 20 millions d’unités dès 2023. Le tout, avant de stagner autour de 20,4 millions de voitures par an, un niveau légèrement inférieur à celui de 2019 d’après AlixPartners – 20,6 millions de voitures.
Un phénomène observable sur certains marchés européens, comme la France. "D’ici à 2022, la France devrait atteindre un niveau de vente maximum de 2,4 millions de voitures. Malgré le lancement de nouveaux véhicules, le marché reste saturé", justifie Georgeric Legros, directeur chez AlixPartners.
Côté production, le pays devrait sortir sinistré de cette crise. Selon le cabinet, seulement 1,5 million de voitures devraient être assemblées en France en 2020, contre 2,2 millions en 2019 et 2,3 millions en 2018.
Une production durablement en baisse en France
A partir de 2022, le niveau de production en France devrait remonter à 1,8 million d’unités, puis osciller durablement entre ce niveau et 1,9 million de voitures. Un phénomène à lier au changement de nature des véhicules produits. "D’ici à 2025, la production des véhicules thermiques sera transférée vers les autres usines européennes des constructeurs français. Ce transfert se fera en France au profit des modèles hybrides", estime Georgeric Legros.
En 2027, AlixPartners prévoit que seul 1% de la production de voitures en France pourrait concerner des modèles essence, contre 67% pour les hybrides et 32% pour les véhicules électriques fonctionnant uniquement sur batterie.
Dans le même temps, la perspective d’une relocalisation de l’automobile appelée de ses vœux par le gouvernement français apparaît peu probable, à entendre les spécialistes d’AlixPartners. "Relocaliser des véhicules produits en Roumanie ou en Afrique en Nord en France me paraît assez peu réaliste, surtout en cours de production. Cela réclame beaucoup de cash, ce qui manque actuellement aux constructeurs. Il est plus facile de relocaliser des pièces", tranche Laurent Petizon. Le directeur associé d’AlixPartners France plaide plus volontiers pour une implantation de la production de batteries en Europe, ces composants représentant 35% de la valeur ajoutée d’un véhicule électrique.



