Depuis une petite semaine, les bilans quotidiens présentés par la Direction générale de la Santé (DGS) font état d’une pression qui diminue légèrement sur les services d’urgence du système hospitalier en France. Lors de la conférence du 19 avril, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, a dressé un état des lieux des produits critiques pour lutter contre le Covid-19 en milieu hospitalier. Avec des disparités, des tensions et des perspectives différentes selon les produits.
La situation critique des médicaments de réanimation
En l’absence de traitement du Covid-19, les médicaments d’anesthésie et de réanimation sont en première ligne et se posent comme le seul recours pour les malades les plus graves. Début avril, le constat en France établissait que le pays n’avait que 15 jours devant lui avant des ruptures potentielles d’approvisionnement sur ces produits. A ce jour, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) n’a fait part d’aucune pénurie. Et la courbe s’est doucement inversée concernant le nombre de malades nécessitant une prise en charge lourde en réanimation.
Néanmoins, Olivier Véran parle d’un "point de très grande vigilance",
en particulier sur les curares qui permettent notamment le relâchement des muscles des patients pour leur intubation. Le ministre de la Santé a rappelé que la demande mondiale pour les produits de réanimation avait explosé de 2000% et évoque une "situation de tension dans les hôpitaux et de saturation dans les services de réanimation", laquelle "induit encore une consommation très élevée de ces médicaments". D’autant que, si les signes actuels montrent une légère décrue des besoins, "nous devons nous tenir prêts à la possibilité d’une réactivation de l’épidémie demain et être capable de constituer des stocks nationaux indispensables".
Par ailleurs, Olivier Véran a souligné avoir contacté le gouvernement indien et avoir obtenu la garantie de certaines importations de produits génériques essentiels depuis l’Inde, qui est l’un des principaux fournisseurs mondiaux, avec la Chine, de matières premières indispensables à la production de médicaments et l’un des plus grands pays producteurs au monde de médicaments génériques. Or, plusieurs principes actifs et produits de réanimation sont justement des génériques. Par ailleurs, Olivier Véran a évoqué la nécessité de "réfléchir à réimplanter ces filières de production sur notre territoire". Un sujet éminemment stratégique, sur lequel il n'a pas encore apporté de détails supplémentaires.
Les tests, un gouffre entre les ambitions et la réalité
L’utilisation des tests sera la pierre angulaire de la stratégie de déconfinement en France, afin de maîtriser la circulation du virus, d’isoler les cas de Covid-19, et de parer à toute reprise épidémique violente. L’objectif fixé par le gouvernement et présenté le 19 avril est d’atteindre en France un nombre de 500 000 tests par semaine d’ici au 11 mai, date prévue du début du déconfinement. Le gouvernement parle ici des tests virologiques, les PCR, des tests de diagnostic moléculaire menés à partir de prélèvement naso-pharyngé, et non des tests sérologiques, qui permettront de détecter la présence d’anticorps. L’utilisation à grande échelle des tests PCR est devenue en quelques jours une réelle priorité pour les pouvoirs publics en France. Mais pour le moment, les résultats semblent encore loin des ambitions affichées.
Selon les derniers chiffres de Santé Publique France publiés le 17 avril, environ 170 000 tests ont été pratiqués en milieu hospitalier au cours des semaines 14 et 15 (entre le 30 mars et le 12 avril), et près de 57 000 tests dans le réseau de laboratoires de ville sur la même période. Ce qui donne une moyenne par semaine d’un peu plus de 110 000 tests, et constitue ainsi une légère progression. Mi-avril, Olivier Véran évoquait toutefois des données incomplètes et assurait un chiffre d’au moins 150 000 tests PCR par semaine, s’approchant graduellement de 200 000. Ce qui reste encore loin des 300 000 tests par semaine pratiqués par l’Allemagne, championne internationale des tests face à la pandémie, et bien loin de l’ambition des 500 000 tests par semaine d’ici au 11 mai.
Situation améliorée sur les masques pour les soignants
Sur le front des masques, la tempête semble s’être calmée à en croire le gouvernement. Selon Edouard Philippe, le Premier ministre, la France dispose aujourd’hui d’un apport de 81 millions de masques par semaine pour des besoins estimés à 45 millions hebdomadaires. Ce résultat est du à une production nationale qui a doublé, passée de 4 à 8 millions de masques produits par semaine sur le territoire. Mais il résulte surtout d’une importation massive de masques en provenance de Chine, grâce au pont aérien mis en place ces dernières semaines.
Olivier Véran a indiqué que 5 millions de masques supplémentaires allaient être déstockés à partir de cette semaine depuis la réserve stratégique nationale pour pouvoir équiper certaines catégories de personnel soignant, comme les ambulanciers, les préparateurs en pharmacie, les aides à domicile ou encore les manipulateurs radio. L’objectif est aussi de pouvoir rapidement en distribuer aux personnes malades et aux personnes les plus fragiles.
Reste que ces données ne portent que sur les masques dits « soignants », donc les masques chirurgicaux et les FFP2. Le gouvernement n’a pas détaillé la proportion de chacun dans les chiffres présentés. En aucun cas, pour le moment, ces catégories de masques seront destinées au grand public, alors qu’il est désormais question d’une possible obligation de port d’un masque dans les transports en public après le 11 mai.
Situation tendue pour les sur-blouses et les gants, pas pour les respirateurs
Olivier Véran a fait part d’une "situation tendue" pour d’autres matériels médicaux, en l’occurrence pour les sur-blouses, les charlottes, les tabliers et même les gants. Dès cette semaine, des "centaines de milliers de sur-blouses et 1 millions de gants" devraient être distribués aux soignants, et des commandes massives ont été passées en France et à l’étranger.
Sur le front des respirateurs - segment sur lequel un projet industriel majeur d’urgence a été enclenché par Air Liquide, PSA, Valeo et Schneider Electric tandis qu'une autre initiative open source et publique-privée impliquant notamment Renault, Parrot ou encore StMicroelectronics est en cours -, la situation serait désormais bien orientée. Fin juin, la France sera dotée de 15 000 respirateurs de réanimation et de 15 000 respirateurs plus légers, utilisés notamment pour le transport de malades. Des quantités décrites comme "supérieures aux besoins", par le ministre de la Santé, et qui pourraient être mobilisées pour certaines "en appui à l’international".



