«C’est l’avenir de la mobilité, c’est pourquoi nous avons investi dans cette technologie qui apporte une solution décarbonée particulièrement adaptée aux besoins des lignes de desserte fine du territoire», a déclaré Jean-Baptiste Eyméoud, président d’Alstom France le 1er février à la gare de Loches (Indre-et-Loire), où le train léger monomode 100 % Hydrogène Coradia iLint a été mis en circulation pour la première fois sur le réseau ferré national. Autorisé en Allemagne où ces rames circulent depuis l’été 2022 sur le réseau EVB pour les usagers, il est destiné aux lignes non ou partiellement électrifiées. Ce modèle a l’avantage de n’émettre aucun gaz à effet de serre, grâce à un système de traction doté de piles à combustible, ce qui diminue également les nuisances sonores.
«Le bruit que vous avez entendu en gare de Loches est l’évacuation de l’eau, nécessaire à l’arrêt, car les piles à combustible produisent l’électricité à partir d’hydrogène et d’oxygène», explique Yannick Legay, directeur technique Hydrogène d’Alstom France, qui souligne l’efficacité énergétique de ce modèle hybride. «Coradia iLint récupère l’énergie au freinage», rappelle-t-il. La combinaison de cette conversion d’énergie propre, du stockage d’énergie flexible et la gestion intelligente de la puissance de traction et de l’énergie disponible permet de dépasser les performances de la dernière génération diesel CoradiaLint, avec la même vitesse maximale de 140 km/h. Et avec tout le confort pour les 150 passagers que la rame peut accueillir : prises électriques et USB, wi-fi et rame adaptée au transport des vélos.
Des essais en Centre-Val de Loire avant une mise en service nationale
Cette démonstration s’est déroulée devant nombre d’élus du Sud Touraine et de la région Centre, car elle est «historique». «La région Centre souhaite maintenir et ouvrir ces lignes du quotidien, d’irrigation du territoire… et avec une telle innovation, le train peut être réactif et aller jusqu’aux sous-préfectures avec une énergie décarbonée. C'est la voie vers une nouvelle mobilité rurale » s’enthousiasme le président de la région Centre Val de Loire (CVdL) François Bonneau.
Ces essais sont le fruit d’une collaboration étroite entre Alstom et la Région CVdL, qui finance l’élaboration des dossiers de demandes d’autorisation et la réalisation des essais à hauteur d’environ 300 000 euros. Car si ce matériel assure déjà quotidiennement outre-Rhin plusieurs liaisons commerciales, de nouveaux essais sont cruciaux avant de permettre à cette technologie d’être certifiée et autorisée en France. «Le délai de cinq ans est un horizon envisageable, nous sommes déjà en discussion avec le constructeur pour être doté sur deux à trois lignes de notre région de ces trains légers à hydrogène», a révélé François Bonneau.
Une étape historique pour la filière hydrogène en région Centre
La circulation du Coradia iLint en France vient répondre à l’ambition nationale de transition énergétique, enjeu soutenu notamment par le Plan Hydrogène et des PIIEC (Projets importants d’intérêt européen commun). Décliné à l’échelle de la Région Centre Val de Loire, cette expérimentation s’inscrit dans son schéma d’avitaillement multi énergies, qui prévoit également la circulation d’une rame prototype Régiolis Hybride (2024) et pour 2028 la fin du diesel sur les 150 lignes régulières de car régionales.
Labellisée "Territoire d’hydrogène" et fondatrice d’Hydrogène O’Centre, la région Centre-Val de Loire mobilise en ce sens des fonds FEDER à hauteur de 9,9 millions d'euros (entre 2014 et 2027) et s’investit aux côtés des industriels et entreprises. «Nous avons déjà identifié des entreprises de la filière pour produire l’hydrogène et aidé certaines à s’installer comme Elogen», commente le président François Bonneau.



