Pourquoi TotalEnergies se débarrasse de ses sables bitumineux canadiens auprès du géant Suncor

TotalEnergies a annoncé jeudi 27 avril avoir accepté une offre du géant des produits pétroliers canadien Suncor pour ses activités dans les sables bitumineux canadiens. Le français opère sur deux gisements en Alberta, qui sont parmi les sources de pétrole les plus chères et les plus émettrices de CO2 au monde.

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sables bitumineux Suncor
L'extraction du pétrole des sables bitumineux se rapproche du monde de la mine, au prix d'émissions de CO2 et d'un coût élevé.

TotalEnergies se débarrasse de son pétrole le plus sale et le plus cher. Jeudi 27 avril, à l'occasion de la publication de ses résultats trimestriels (en baisse par rapport à un premier trimestre 2022 exceptionnel), la multinationale française a annoncé avoir accepté une offre du géant des produits pétroliers canadien Suncor Energy pour lui vendre ses activités d’extraction de sables bitumineux au Canada. Les deux parties se sont mises d’accord sur un prix de 5,5 milliards de dollars canadiens (de l’ordre de 3,7 milliards d’euros), avec des paiements additionnels potentiels qui pourront atteindre 600 millions de dollars canadiens (un peu plus de 400 millions d’euros au taux de fin avril). La vente est en ligne avec la stratégie affichée du PDG du groupe, Patrick Pouyanné consistant à se concentrer sur le pétrole peu cher à produire, le gaz naturel liquéfié, et les énergies renouvelables.

Le pétrole le plus cher et le plus polluant du monde

L’opération était attendue. En septembre 2022, TotalEnergies avait déjà annoncé sa volonté de sortir les sables bitumineux de son périmètre, privilégiant alors l’option d’une entrée en bourse séparée pour ces activités (“spin-off”). Il pointait alors qu’ils représentaient «un actif avec un potentiel de croissance incompatible avec [sa] stratégie bas carbone».

Les sables bitumineux désignent des gisements “non conventionnels”, où du bitume (une coupe de pétrole lourde, épaisse et visqueuse) est présent dans de faibles proportions dans une sorte de boue de sables et d’argiles. Une géologie qui rapproche l’extraction de ces hydrocarbures du monde de la mine, où d’imposantes excavatrices récupèrent les sables avant que des opérations de raffinage séparent le bitume des minéraux et des éventuels métaux lourds. Le bitume, qui peut aussi être utilisé directement en pétrochimie, doit ensuite être mélangé à de l’hydrogène ou d’autres sous-produits du raffinage pour synthétiser du pétrole, ce qui obère encore davantage le bilan énergétique de l’opération...

Les sables bitumineux constituent de loin la source de pétrole la plus polluante et la plus chère du monde. Alors que TotalEnergies se concentre sur du pétrole dont le coût de production est inférieur à 20 dollars le baril, le coût estimé du pétrole issu de sables bitumineux dépasse les 80 dollars. Du côté climatique, les émissions de CO2 engendrées par la production d’un tel baril sont entre 3 et 10 fois supérieure à celle d’un baril de pétrole conventionnel. En prenant en compte les émissions de la combustion, qui génère autour de 450 kg de CO2 par baril, le pétrole bitumineux canadien arrive en haut du palmarès des plus pollueurs, avec 600 à 740 kg de CO2, selon l’Index Pétrole et Climat du Carnegie Endowment for International Peace. Les estimations varient selon les sources et les technologies, mais la seule production de pétrole à partir de sable bitumineux dépasse fréquemment les 100 kilos par barils, là où TotalEnergies affiche une moyenne mondiale de... 19 kg !

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Vente de la mine de Forts Hills et du projet Surmont

Dans son communiqué de presse, TotalEnergies explique avoir reçu «plusieurs offres non sollicitées, dont une de Suncor», pour acquérir ses actifs dans les sables bitumineux. Dans le détail, Suncor doit acheter toutes les parts de la filiale TotalEnergies EP Canada Ltd, qui recouvre notamment deux sites situés dans la conservatrice région de l’Alberta, au Canada, ainsi que des pipelines. Total possède 31% de la mine de Fort Hills (le pétrolier en avait racheté 6% supplémentaire au canadien Teck début janvier 2023) qui est opérée par Suncor. Il est aussi propriétaire de la moitié du projet Surmont, aux côtés de ConocoPhillips. Ce dernier site utilise un procédé un peu moins polluant, où de la vapeur d’eau est injectée en sous-sol pour chauffer le bitume, diminuer sa viscosité, et permettre de le pomper vers la surface.

Pour TotalEnergies, ces deux sites ont généré plus de 1,5 milliard de chiffre d'affaires en 2022. Suncor chiffre qu'ils représentent une capacité de production de 135 000 barils de bitume par jour, pour 2,1 milliards de barils en réserve. La vente directe devrait être finalisée au troisième trimestre 2023. En 2020, le pétrolier français avait inscrit à ses comptes 8,5 milliards de dollars de dépréciation d’actifs liés en majeure partie aux sables bitumineux canadiens.

Avec cette vente, le géant est le dernier major pétrolier européen à vendre ses sables bitumineux. Le britannique BP avait annoncé une cession similaire début 2022, à la suite de Shell et d'Equinor les années précédentes. D’autres pétroliers, comme Chevron ou ConocoPhillips, ont fortement réduit leur exposition. Des ventes en lien avec la stratégie climat des majors occidentales, qui cherchent à verdir leur image en bourse. Les quatre entreprises connues comme le "big four" canadien - Suncor, Cenovus Energy, Canadian Natural Ressources Limited et Imperial Oil - renforcent leurs positions sur les sables bitumineux et sont loin d'arrêter de produire. 

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