En ce début d'année, c'est la plus importante levée de fonds privés dans le domaine de l’hydrogène vert. Le 17 février, la start-up allemande Hy2Gen a annoncé avoir réalisé un tour de table de 200 millions d'euros avec le fonds hydrogène Hy24, le fonds Mirova, la Caisse des dépôts du Québec (CDPQ) et Technip Energies. Pour le fonds Hy24, coentreprise entre l’investisseur Ardian et FiveT Hydrogen lancée en octobre 2021 par TotalEnergies, Air Liquide et Vinci, c’est un premier investissement. Ce fonds, qui a dans la foulée pris une participation de 30% au capital de l’espagnol Enagás Renovable, vise à débloquer les projets d’hydrogène vert stratégiques et leur permettre de passer à l’échelle industrielle. Or, c’est justement ce sur quoi travaille Hy2Gen.
L’entreprise, basée à Wiesbaden, près de Francfort en Allemagne, a été créée en 2017 par un ancien vice-président de la banque Uni Credit, Bernd Hübner, et le Français Cyril Dufau-Sansot, ex-dirigeant du développeur d’électrolyseur PEM Areva H2Gen - devenu Elogen à la suite de son achat par GTT. Les deux hommes s’étaient rencontrés dans une coentreprise d’Areva et du développeur de projet luxembourgeois AIH. Celle-ci avait été créée en 2015 pour développer un projet d’hydrogène vert à base d’hydroélectricité en Norvège. La coentreprise n’a pas survécu à la faillite d’Areva. Mais son projet, qui visait à exploiter le surplus d’électricité hydraulique norvégienne pour produire de l’ammoniac vert, n’a pas été abandonné : Hy2Gen a été créé pour le reprendre et développer d’autres projets du même type.
Six projets industriels d'hydrogène vert
« L’objectif de la société est de monter des projets de production d’hydrogène vert en quantité massive, là où il y a beaucoup de renouvelables, voire en excès, et de le transformer en commodités, comme l’ammoniac vert, les carburants aériens durables (SAF), le méthanol vert, ou le méthane de synthèse, explique Cyril Dufau-Sansot, qui dirige la filiale française basée à Marseille. On choisit le type de molécules en fonction des marchés et du coût de l’électricité. »

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Au Canada et en Norvège, où l‘hydroélectricité est abondante et bon marché, Hy2Gen va pouvoir produire de l’ammoniac vert ou du méthanol. Là où les renouvelables sont plus rares, Hy2Gen va plutôt produire des carburants. « Le projet français Hynovera [à Gardanne (Bouches-du-Rhône), avec GazelEnergie, ndlr] et celui que nous avons dans l’est de l’Allemagne s’adaptent bien à la structure de production du SAF, qui accepte un coût de l’électricité plus cher. On ne pourrait pas y faire de l’ammoniac vert. A Gardanne, on va avoir besoin de 100 MW de renouvelables », précise Cyril Dufau-Sansot.
Pas de parti pris sur les technologies
En revanche, l’entreprise ne développe pas de technologies en propre. « On va les sélectionner en fonction des projets. On est intégrateur, mais on s’appuie sur des acteurs, comme Technip Energies, qui disposent des technologies dans leur portefeuille », précise l’expert en électrolyse. Technip Energies a d’ailleurs décidé d’investir« pour jouer un rôle de maître-d’œuvre dans les projets identifiés par Hy2Gen, car on ne sera pas toujours uniquement le réalisateur du projet des autres », expliquait à L’Usine Nouvelle, Arnaud Pieton, le PDG de l’entreprise. Ses équipes sont prêtes à travailler sur les six premiers projets montés par Hy2Gen. Des projets qui comprennent 880 MW d’électrolyse et « pour lesquels on attend une décision finale d’investissement dans les 12 à 24 mois », précise le dirigeant de Hy2Gen France. Les volumes d’énergie nécessaire, le foncier, des clients et les intrants seraient déjà sécurisés.
Le projet de production d’ammoniac de 260 MW en Norvège, à Sauda, est le plus avancé. Il a été monté en partenariat avec Trafigura et le fonds danois CIP (Copenhagen infrastructure partners). En parallèle, Hy2Gen va aussi produire de l’ammoniac vert au Canada, toujours avec Trafigura. Ce projet canadien de 100 MW d’électrolyse va être doublé pour produire du SAF et du méthanol pour le marché québécois. En France, Hy2Gen a développé un projet dans le Var, Sunrhyse, de 12 MW d’électrolyse pour produire de l’hydrogène vert destiné à différents usages. Il a aussi développé le projet de 100 MW, Hynovera, sur l’ancienne centrale à charbon de Gardanne, avec GazelEnergie. Ce dernier projet vise à produire des SAF pour le transport aérien et le maritime. Pour ces projets, l’entreprise ne veut pas se contenter de certificats d’origine, mais va signer des contrats de long terme avec des agrégateurs d’énergies renouvelables.
Les 200 millions d’euros de la levée de fonds vont permettre à Hy2Gen d’investir dans les sociétés de projet, dans lesquelles la start-up souhaite rester majoritaire, en tant que développeuse, mais aussi opératrice. Ils serviront aussi à développer d’autres projets grâce à des développeurs actifs dans une quinzaine de pays. L’entreprise compte actuellement une trentaine de salariés en Allemagne, en France (8), au Canada et en Norvège, et devrait voir ses effectifs passer à plus de 80 d’ici à la fin de l’année.



