Entre le 1er juin et le 26 août, les cours du blé tendre, à échéance septembre 2021, se sont appréciés de 14,9%, à 251 euros la tonne. Un niveau jamais vu depuis neuf ans. Sur la période juillet-août, les cours du contrat à terme à Chicago ont gagné 20,4%. «La France n’est qu’un petit problème de plus dans un gros problème mondial de dérèglement climatique», commente Sébastien Poncelet, analyste au cabinet de conseil spécialisé Agritel.
Cet été, des “dômes de chaleur” ont affecté les Etats-Unis et le Canada. De fortes chaleurs ont également été relevées au Kazakhstan, en Russie (premier exportateur mondial de blé), en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. A l’échelle des grands exportateurs de blé (Etats-Unis, Canada, Union européenne, Russie, Ukraine, Kazakhstan, Australie, Argentine), entre les prévisions effectuées début juillet et celles de la fin août, 17 millions de tonnes (Mt) potentielles de blé ont été perdues, estime Agritel. “Leurs stocks sont en train de passer sous les 50 Mt. Le ratio stocks sur consommation chute plus bas qu’en 2007-2008”, années marquées par une crise alimentaire mondiale.
D’après le Département américain de l’Agriculture (USDA), les stocks mondiaux sont réduits de plus de 5%. par rapport aux prévisions initiales au niveau le plus bas en cinq ans. Les grands équilibres pourraient être bouleversés. “Alors que la Russie continue de taxer les exportations, elle perdra probablement des parts de marché à la fois au profit de l'Union européenne et de l'Ukraine”. Les exportations ukrainiennes sont prévues à un niveau record. La consommation mondiale, elle, est à un niveau quasi-inchangé depuis mai, les estimations sur l'utilisation alimentaire et industrielle restant “robustes”.
Une récolte française de blé tendre en hausse...

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
En France, la récolte s’annonce également moins bonne qu’initialement escompté… non pas par excès de chaleur, mais de pluie (nombreux sont les touristes à pouvoir en témoigner). «Les plantes ont besoin de lumière pour la photosynthèse. Dans les sols noyés, les racines sont asphyxiées. Après trois jours de canicule du 15 au 17 juin, les orages n’ont pas cessé durant deux mois. Les cultures ont été affectées pendant le remplissage des grains et la maturité. La pluie, de fait, a contribué à dégrader la qualité», explique Sébastien Poncelet.
A date, Agritel estime la récolte française de blé tendre à 34,93 Mt, contre un consensus aux environs de 37 à 38 Mt dans les enquêtes réalisées début juin. Le 16 août dernier, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation estimait la récolte à 36,7 Mt. 29,18 Mt avaient été récoltés en 2020.
…mais à la qualité moindre
Cette année, le ministère et l’institut technique Arvalis estiment que la récolte serait satisfaisante du point de vue du temps de chute de Hagberg, un indicateur permettant de sélectionner les blés pour la panification. Mi-août, les teneurs de protéines étaient “satisfaisantes à bonnes” en Centre Val-de-Loire, Bourgogne-Franche-Comté, Normandie, Hauts-de-France et sur les périmètres de la Champagne-Ardenne et de la Lorraine. Elles étaient “élevées” dans le sud-ouest et en Alsace. Des estimations encore partielles : au 9 août, le taux d’avancement de la moisson était inférieur à 50 % dans le tiers nord du pays, conséquence du ralentissement des chantiers face à la pluie.
Pour autant, «sur la qualité, le faible poids spécifique constitue l’inquiétude générale. Un grain de faible densité a un rendement meunier moins important, et il est déclassé». Sur les lots de blé déjà récoltés et testés, plus les récoltes ont été tardives, plus le "poids spécifique" apparaît comme dégradé, indique Philippe Heusele, secrétaire général de l’Association générale des producteurs de blé. Le haut niveau des cours ne devrait pas bénéficier à tous les agriculteurs : «la trentaine d’euros gagnée entre juin et août est largement perdue par la décote engendrée par un faible poids spécifique».
Des surcoûts devraient être induits par un travail de tri supplémentaire sur les grains, de la part des organismes stockeurs. Les lots contenant des grains à faible poids spécifique sont, eux, moins bien payés. «Les discussions se font entre acheteurs et vendeurs pour savoir quelles décotes appliquer». Philippe Heusele rappelle le prix du blé représente environ 6,5% du prix d’une baguette, et que l’impact réel de la hausse des prix du blé sur le pain n’est “que de 1 à 2 centimes”.
Au Canada, le blé dur à la peine
Les prix du pain alimentent les conversations ; les prix des pâtes également. «Le marché connaît une situation de tension historique et de pénurie de blé dur disponible avec une production mondiale en forte baisse et un disponible utilisable pour les fabricants de pâtes alimentaires inférieur de 2 Mt aux besoins», alertait, mi-août, le Syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires de France (Sifpaf).
Premier producteur mondial de blé dur, le Canada ne devrait récolter cette année que 3,6 Mt selon Agritel, contre environ 6 Mt habituellement (6,6 Mt l’an dernier). Le pays est aussi le premier exportateur mondial de blé dur : 6 Mt ont été exportées lors de la campagne précédente. «Les stocks de report sont au plus bas, et la production est décimée par une sécheresse généralisée dans les provinces des Prairies», précise l’USDA. Le Sifpaf s’attendait, mi-août, à une production canadienne inférieure à 4,2 Mt, en chute de 32% par rapport à la moyenne quinquennale. Le Canada représente les deux-tiers du commerce mondial du blé dur. En Europe, 7,3 Mt seraient récoltées, pour un besoin de 9,5 Mt, selon le syndicat.
En France, une production de 1,6 Mt de blé dur est attendue, en progression de 22% par rapport à 2020 et en repli de 6 % par rapport à la moyenne 2016-2020. «L’indice de chute de Hagberg a été dégradé dans certaines régions à la suite des conditions climatiques de fin de cycle, particulièrement pluvieuses», expose l’établissement public France AgriMer. Les industriels des pâtes souhaitent pour leur part la mise en place d’un plan d’action de la part des autorités afin de faciliter leurs approvisionnements en blé dur français et de pouvoir répercuter les hausses tarifaires attendues sur les matières.



