L'industrie agroalimentaire n'en a définitivement pas terminé avec la guerre des prix. Après deux années de relatives accalmies, les produits alimentaires ont subi une demande de déflation de l’ordre de moins 0,3 %, toutes catégories de produits confondues.
"C'est malheureusement un phénomène que nous pressentions", déplore Dominique Chargé, président de la Coopérative Agricole, pour qui la situation est d'autant plus dramatique qu'elle intervient dans un contexte de hausses du coût des matières premières. "Dans certaines filières, cette hausse peut aller jusqu'à 20%. Les négociations commerciales sont une ruine pour l'agroalimentaire français", ajoute le responsable.
Des marges à un plus bas historique
Dans un communiqué les principales fédérations d'industriels de l'agroalimentaire, parmi lesquelles l'Ania (Association Nationale des industries agroalimentaires), expliquent qu'il aurait fallu une revalorisation de l'ordre de 3% pour pouvoir couvrir les coûts supplémentaires imposés par l'envol de cours. "En moyenne, cela signifie 1,5 euro de plus par mois et par ménage", détaille Dominique Chargé.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
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Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Résultat: les taux de marge des industriels ont atteint leur plus bas historique. "Ils ont diminué de 40% depuis 2009", précisent les fédérations dans leur communiqué. Face à cette situation que la loi Egalim ne semble pas en mesure d'endiguer, une proposition de loi a été déposée le 15 avril par le député Besson Moreau. L'objectif ? Garantir la meilleure rémunération des agriculteurs en imposant des contrats pluriannuels de trois ans minimum entre les différents acteurs et en sacralisant le coût de la matière première. "Ces mesures sont importantes, mais elles ne sont pas à la hauteur de l'enjeu", déplore Dominique Chargé.
Protéger les tarifs des industriels
A l'image de l'ensemble des industriels du secteur, le responsable de la Coopérative Agricole craint que la protection du coût des matières premières se traduise par une pression supplémentaire sur les transformateurs. "Les prix des matières premières ne seront plus négociables, les distributeurs vont donc trouver un autre moyen de faire pression sur les tarifs et inévitablement, cela va se traduire par des demandes déflationnistes sur le maillon intermédiaire que sont les industriels" explique le responsable. Les craintes sont particulièrement fortes pour les PME de l'industrie agroalimentaire qui représentent 98% du secteur "et qui sont déjà fragilisées par la fermeture des hôtels, bars et restaurants", ajoute Dominique Chargé.
C'est pourquoi les industriels demandent la protection des tarifs des fournisseurs. L'objectif ? Que les distributeurs ne puissent plus refuser, de base, le tarif affiché par les transformateurs. "Nous en appelons collectivement à un prix juste des produits alimentaires. Un prix juste qui prenne en compte l’ensemble des coûts de production. Un prix juste qui permette de mieux rémunérer l’amont agricole, mais aussi les entreprises de l’alimentaire", enjoignent les fédérations.
Les agroindustriels précisent avoir d'ores et déjà reçu une oreille attentive du ministre de l'agriculture Julien Denormandie. Ce dernier a reconnu les limites de la loi Alimentation dans sa version actuelle et a fait savoir qu'il souhaitait que des modifications entrent en vigueur avant le début des négociations commerciales 2021, à l'automne prochain.



