Depuis le mois d'août, les cours du blé ont augmenté de 20 %, ceux du soja de 40 %, l'orge et le maïs se sont renchéris de 30 % et l'huile de tournesol de 50 %. "Outre le blé dur, aucune céréale n'est épargnée par la hausse des cours", constate Sébastien Poncelet, directeur du développement chez Agritel. Une situation expliquée par les mauvaises récoltes de l'été 2020 et la hausse de la demande chinoise, et qui fait craindre un retour de l'inflation dans l'alimentation mondiale.
Une offre en légère baisse
Ces chiffres illustrent avant tout les déboires des productions de blé en Europe, de maïs aux Etats-Unis et de tournesol dans la zone de la mer Noire. En cause : la sécheresse et le phénomène Nina en Amérique du sud. "L'année a été marquée par des conditions métérologiques difficiles sur l'ensemble des continents", observe Sébastien Poncelet. A ces difficultés s'ajoute la décision de la Russie de fermer ses exportations. Via cette mesure, le premier exportateur mondial tente de faire baisser le prix intérieur du blé. Sous l'effet de la dévaluation de la monnaie, ce dernier est passé de 5 000 roubles la tonne en 2005 à 20 000 roubles actuellement. Egalement soumise à la forte fluctuation de sa devise, l'Argentine, autre grand producteur de blé et de soja, envisagerait de taxer également les exportations.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Une demande tirée par la Chine
Face à cette baisse de l'offre de céréales sur le marché mondial, la demande a, elle, continué d'augmenter, tirée notamment par la Chine. "La Chine est le moteur du commerce mondial de céréales", note Sébastien Poncelet rappelant que le pays-continent importe jusque deux tiers du soja mondial. En 2020, la demande du géant asiatique a été boostée par trois principaux phénomènes : une mauvaise récolte sur le territoire national, un épuisement des stocks stratégiques, notamment de maïs et la recomposition du cheptel porcin décimé par la peste porcine. "A cela s'ajoute un Yuan très fort qui réduit la facture", souligne Sébastien Poncelet.
L'alimentation animale principale touchée
70% du coût de revient d'une volaille dépend de son alimentation
— Bruno Colin, président du Pôle Animal de la Coopérative Agricole
Résultat : "Nous avons commencé à constater une augmentation des cours après les campagnes estivales, en septembre", confirme Valérie Bris, directrice adjointe du département Nutrition Animale de la Coopérative Agricole "et il y a eu une accélération sur les mois de novembre / décembre". En quelques semaines, le prix du maïs est passé de 175 euros la tonne à 198 euros.
C'est notamment du côté de la nutrition animale que la pression se fait la plus forte. "Dans la filière avicole, par exemple, 70 % du coût de revient d'une volaille dépend de son alimentation", rappelle Bruno Colin, président du Pôle Animal de la Coopérative Agricole. Si les producteurs d'alimentation animale ont tenté d'adapter leurs recettes, en substituant par exemple le blé par du maïs dont le cours augmente moins vite, les éleveurs n'ont, toutefois, pas échappé à une hausse de coûts. "Si la situation persiste, elle met en péril certaines de nos filières", constate Sébastien Poncelet.
La grande distribution appelée à la rescousse
Pour faire face à la situation, les éleveurs font appel à la grande distribution. L'objectif ? Que les distributeurs les aident à absorber ces surcoûts en rognant leur marge. Selon les informations de l'Observatoire des prix et des marges, en 2019, sur un poulet standard, la marge brute des distributeurs s'élevait à 51,4 % (contre 18,2 % pour les transformateurs et 30,4 % lors de l'entrée à l'abattoir). Une première réunion, en fin d'année 2020, a abouti à une prise en charge de 1 à 2 % supplémentaire. "Mais nous sommes désormais à plus de 6 % de hausse", déplore Bruno Colin qui explique qu'un nouveau round de discussion a été ouvert.
Ce dernier s'appuie notamment sur un accord signé en mars 2011 entre les différents acteurs et qui autorise des renégociations lorsque les cours fluctuent entre + 10 % et - 10 % trois mois de suite. "C'est aujourd'hui notre seul levier pour ne pas mettre la tête sous l'eau des éleveurs", ajoute le responsable. L'impact pour le consommateur semble quant à lui inévitable. "Il y aura probablement une baisse des marges de l'ensemble de la chaîne mais également une hausse des prix finaux", confirme Sébastien Poncelet d'Agritel.



