Pourquoi les Etats-Unis concluent un partenariat avec l’Inde dans les semi-conducteurs

Les Etats-Unis et l’Inde ont signé un protocole d’accord visant à coordonner leurs politiques dans les semi-conducteurs. Une manoeuvre qui s’inscrit dans la stratégie d’alliances de Washington visant à sécuriser la chaîne logistique dans les puces... et à isoler la Chine.

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Les ministres américain et indien du commerce signant le protocole d'accord dans les puces
Signature du protocole d'accord par la ministre américaine du Commerce et son homologue indien.

Dans leur croisade contre la Chine dans les semi-conducteurs, les Etats-Unis remportent une victoire en gagnant le soutien de l’Inde, le plus grand rival de Pékin en Asie. Les deux pays ont conclu un protocole d’accord dans le cadre de leur dialogue sur le commerce et la technologie. L’accord a été signé à New Delhi, le 10 mars, entre la ministre américaine du Commerce, Gina Raimondo, et son homologue indien, Piyush Goyal. Il est question de coordination de leurs politiques de subventions dans les semi-conducteurs, de sécurisation de la chaîne d'approvisionnement, de partenariat en matière d'innovation et de R&D, et de coopération dans le développement des compétences.

«Alors que nos deux grandes nations cherchent à créer des chaînes d'approvisionnement plus solides et plus sûres, en particulier dans le domaine des semi-conducteurs, ce protocole d'accord établira un mécanisme de collaboration entre nos deux pays sur la résilience et la diversification de la chaîne logistique des semi-conducteurs et visera à créer des opportunités économiques aux États-Unis et en Inde, commente Gina Raimondo. Il s'agit d'une étape importante dans la coordination des plans d'incitations publiques dans les semi-conducteurs de nos deux pays qui renforcera nos priorités mutuelles, notamment dans la promotion des opportunités commerciales, la R&D et le développement des talents et des compétences.»

Deuxième hub mondial de production électronique

Cinquième puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne, l’Inde reste un petit acteur dans les semi-conducteurs, dépendant dans ce secteur stratégique des importations. Son marché est estimé en 2022 à moins de 30 milliards de dollars, à peine 5 % du marché mondial. Mais le pays est en train de s’imposer comme le deuxième hub mondial de production électronique, derrière la Chine. Un développement tiré par l’explosion des besoins internes mais aussi la stratégie des gros équipementiers électroniques américains comme Apple, Dell ou HP de délocaliser une partie de leur production de la Chine vers l’Inde pour sécuriser leur chaîne logistique et réduire les risques géopolitiques. Selon les projections du gouvernement, le marché indien de semi-conducteurs pourrait bondir à 64 milliards de dollars en 2026 et dépasser les 110 milliards de dollars en 2030.

Le Premier ministre Narendra Modi a lancé, en 2021, un plan de 30 milliards de dollars visant à faire l’Inde une puissance électronique qui compte. Un volet de 10 milliards de dollars est dédié aux semi-conducteurs et écrans plats. Il vise à favoriser l’émergence de plus de 20 usines de fabrication ou encapsulation de puces et de plus de 100 sociétés fabless de conception de circuits intégrés électroniques et systèmes sur puce. Plusieurs projets de mégafabs sont en lice dont celui du géant taïwanais de la sous-traitance électronique Foxconn avec son partenaire indien Vedanta.

Pénurie de talents

L’accord conclu entre les Etats-Unis et l’Inde est avant tout symbolique. Il s’inscrit dans la stratégie de Washington qui vise, par des alliances, à isoler Pékin et freiner le développement de la Chine dans les semi-conducteurs. En plus des accords bilatéraux de ce type, le pays tente de sceller l’Alliance Chip 4 avec le Japon, la Corée du Sud et Taïwan.

Le développement des compétences pourrait être un domaine-clé de coopération. Car la mise en place des plans Chips Act se heurte au manque de personnel qualifié. Or l’Inde regorge de talents, bien formés aux prestigieux Indian Institute of Technology au nombre de 18 aujourd’hui. Les Etats-Unis pourraient y puiser en attendant la montée en puissance de leur propre système de formation.

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