Analyse

Pourquoi le tir de la nouvelle fusée Vega-C est triplement important pour l’Europe spatiale

Le premier tir de la nouvelle fusée Vega-C s’inscrit dans un contexte difficile pour l’Europe spatiale. Celle-ci est quasiment privée de lanceurs à court terme avec le report en 2023 du vol inaugural d’Ariane 6, la fin de service programmée d’Ariane 5 et l’arrêt de la coopération avec la Russie du fait de la guerre en Ukraine.

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Vega-C maiden flight
Grâce à des moteurs plus puissants, la fusée Vega-C pourra transporter des charges utiles 50% plus lourdes que la version actuelle du lanceur.

L’heure de vérité approche pour Vega-C. La petite fusée européenne doit effectuer son premier vol en décollant mercredi 13 juillet à 08h13 depuis le centre spatial guyanais (soit à 13h13 heure de Paris). Le lanceur de 35 mètres de haut doit mettre sur orbite le satellite scientifique italien LARES-2 à une altitude d’environ 5 900 kilomètres, ainsi que six minisatellites. La fusée, dont les développements ont été financés à plus de 50% par l’Italie, est sous la responsabilité industrielle du maître d’œuvre italien Avio. Ce tir qui intervient dans un contexte difficile pour l’Europe spatiale, porte un triple enjeu.

1. Des évolutions techniques pour affronter la concurrence

Tout d'abord, ce vol doit valider les évolutions techniques majeures apportées au lanceur lui-même. Ce lanceur a volé pour la première fois en 2012. Depuis, il a été tiré une vingtaine de fois et a subi deux échecs en 2019 et en 2020. Vega-C est la première évolution majeure de la fusée Vega afin de répondre à la concurrence et à l’essor du marché des constellations. « Cette nouvelle version est 50% plus performante que la version actuelle. Elle apporte une réduction drastique du coût de lancement par kilo de charge utile », se félicite Stefano Bianchi, à la tête des programmes de vol pour l’Agence spatiale européenne (ESA).

Grâce à des nouvelles motorisations, elle sera capable de porter une charge de 2,2 tonnes sur une orbite polaire de référence de 700 kilomètres, soit environ 800 kilos de plus que la version actuelle. Cette version se veut également plus flexible. Le moteur Avum+ du quatrième étage, ré-allumable plusieurs fois dans l’espace, permet de déposer successivement plusieurs satellites sur différentes orbites.

2. Des synergies d'importance avec Ariane 6

Par ailleurs, ce tir sera un test décisif pour… Ariane 6. Pour quelle raison ? Tout simplement parce que le premier étage de la fusée italienne, essentiellement constitué du moteur P120C qui contient 140 tonnes de propergol, fait aussi office de booster sur Ariane 6. Cette dernière sera commercialisée sous deux versions : une version légère équipée de deux boosters P120C, et une seconde lourde équipée de quatre boosters en fonction de la masse de satellites à mettre sur orbite.

L’ESA a opté pour cette architecture afin de maximiser les synergies technologiques et industrielles entre ses lanceurs. En misant sur des boosters P120C identiques à la fois pour Vega-C et Ariane 6, l’Agence spatiale européenne espère les produire à plus grande cadence et donc à prix plus compétitif.

3. Un tir crucial pour l'Europe spatiale

Enfin, ce tir inaugural est crucial pour l’Europe spatiale. Sa capacité à assurer son accès autonome à l’espace n’a rarement été aussi fragilisée. Chose inimaginable il y a encore quelques mois avant que n’éclate la guerre en Ukraine, l’Europe pourrait se retrouver sans lanceurs en cas d’échec de Vega-C. En fin de service, Ariane 5 effectuera son dernier vol en 2023. Ariane 6 n’est pas encore disponible. Le lanceur qui devait être opérationnel à l’origine fin 2020, a vu son premier tir décalé à deux reprises et in fine repoussé en 2023. Et les fusées russes Soyouz, qui disposaient de leur propre pas de tir à Kourou, ne sont pas prêtes de redécoller de Guyane. En réponse aux mesures de rétorsion prises par les Etats européens à son égard, la Russie a décidé de cesser sa coopération avec Arianespace et rapatrier son personnel.

De fait, la fusée Vega-C n’est pas non plus épargnée par le conflit en Ukraine. Le moteur du quatrième étage est fabriqué dans le pays à Dnipro par le fabricant Yuzhnoye, et leur approvisionnement est menacé. Toutefois, l’ESA se veut rassurante. « Notre coopération avec les Ukrainiens se poursuit. Nous avons des stocks en Italie. Nous sommes couverts sur le moyen terme », soutient Stefano Bianchi. De quoi rassurer sur le court terme les clients de la fusée italienne. Ces lanceurs, très adaptés pour mettre sur orbite des satellites institutionnels et militaires, sont très attendus. Après son vol inaugural, la fusée a déjà dans son carnet de commandes 13 lancements prévus : 5 en 2023, 4 en 2024, et 4 en 2025. Alors que Vega-C n'a pas encore volé, l'ESA et l'industriel italien ont déjà engagé des travaux pour encore améliorer ses performances à travers une version Vega-E, qui devrait voir le jour en 2025.

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