Il n’y a pas que le prix du gaz qui s’envole en cette rentrée 2021. Le prix de gros de l’électricité atteint aussi des sommets. Sur le marché spot, soit pour les achats du jour au lendemain réalisés par les fournisseurs pour servir leurs clients sous contrat, le prix du mégawattheure a dépassé les 160 euros (€/MWh) mi-septembre, selon Epex (disponible aussi sur Indices & Cotations). Sur le marché à terme, soit le prix de l’électricité prévu pour une livraison dans 12, 24 ou 36 mois qui sert à négocier les contrats d’achat des entreprises, le prix a atteint les 100 €/MWh la semaine du 6 septembre 2021. Il s’échangeait autour de 45 €/MWh en début d’année.
De quoi affoler les entreprises françaises grandes consommatrices d’électricité, rassemblées au sein de l’Uniden, qui appellent à relever d’urgence le plafond de la vente d’électricité nucléaire historique (Arenh) de 100 térawattheures (TWh) à 150 TWh, comme le rend possible un amendement ajouté par le Parlement dans la loi Énergie Climat de novembre 2019.
Coût marginal
Une solution qui amortirait certes un peu le choc pour les entreprises, mais sans foncièrement changer la donne. Car ces prix hauts de l’électricité risquent de s’installer un moment. « La théorie économique dit que les prix à terme tendent vers le prix spot », explique Julien Teddé, directeur général du courtier Opera Énergie. Or, le prix spot dépend du prix de production de la dernière ressource qui a été appelée par le gestionnaire de réseau (en France, RTE), pour équilibrer la tension sur le réseau à 50 Hz, c’est-à-dire l’offre et la demande.
Or, transition énergétique oblige, ce sont de plus en plus les centrales à gaz qui sont appelées en renfort des renouvelables et du nucléaire en France. Mais aussi, souvent, une centrale à charbon allemande, puisque tous les réseaux européens sont interconnectés. « Le prix de gros de l’électricité doit couvrir les coûts de la dernière centrale mise en production. Le prix dépend, non pas de la moyenne de la production, mais de la centrale marginale », explique l’expert d’Opéra Énergie.
Prix du CO2
Le prix spot, et aussi celui à terme, dépend donc de celui du CO2, qui lui connaît également des sommets. Il tourne actuellement autour de 63 à 64 euros la tonne, contre à peine 7 euros à la fin 2017. Au point que la courbe du prix de l’électricité suit littéralement celle du cours du CO2. Il dépend également de plus en plus du cours du gaz, qui s’envole notamment à cause d’une forte demande due à la reprise, notamment en Asie qui consomme un tiers du gaz, mais aussi d’une moindre production, notamment en Russie.
Conséquence: alors qu’il n’y a pas si longtemps, la courbe du prix de l'électricité suivait celle du prix du charbon (même pour la France, malgré ses 70% d’électricité nucléaire), elle suit maintenant directement celle du prix de la tonne de CO2.
Opera Energie Même en France, où l'électricité est à 70% d'origine nucléaire, son prix suit dorénavant celui de la tonne de CO2. Source: Opera Energie
Le prix du gaz pourrait assez vite redescendre, maintenant notamment que le gazoduc North Stream 2 est achevé et que la Russie va devoir l’utiliser. Celui du CO2, en revanche, reste haut pour deux raisons.
« L’une est noble et économique, l’autre est moins vertueuse », observe Julien Teddé. La réforme du marché des quotas carbone a pour effet d’augmenter le prix de la tonne de CO2, signal indispensable pour accélérer la transition énergétique. Mais qui dit marché à la hausse, dit aussi spéculation. La Commission européenne s’inquiète de possibles malversations.
Remonter le plafond de l’Arenh
Dans ces conditions, remonter le plafond de l’Arenh à 150 TWh, que les fournisseurs peuvent commander à terme à 42 €/MWh, ne suffira pas à complètement amortir la flambée des cours de l’électricité. Cela permettrait néanmoins à la France de limiter, pour un temps, l’augmentation des tarifs pour les particuliers.
Le calcul du TRV (tarif régulé de vente) prend en compte, entre autres paramètres, les prix de gros et les coûts de production d’EDF. Cela aurait aussi « un impact majeur », sur les contrats professionnels, assure Julien Teddé. La balle est dans le camp du gouvernement.



