Les professionnels de la maison individuelle ont la gueule de bois. Les ventes de maisons neuves dans le secteur diffus (avec des terrains trouvés au coup par coup) sont en repli de 26,8% en glissement annuel sur les huit premiers mois de 2022. Les ventes de maisons neuves dans l’habitat individuel groupé (sur des terrains aménagés par des promoteurs, sur une zone définie) sont en baisse de 17,3% en glissement annuel sur le premier semestre 2022.
Des chiffres qui tranchent avec la hausse de 22,2% des ventes dans le secteur diffus en 2021, et, tous segments du logement neuf confondus, une forte hausse (+19,2%) des permis de construire accordés. Une progression un peu artificielle, qui a certes tenu à l’envie des Français de bénéficier, après les confinements, d’espaces supplémentaires, mais aussi à l’entrée en vigueur, au 1er janvier 2022, de la nouvelle réglementation environnementale RE2020. D'où une multiplication des ventes en 2021, pour échapper à cette nouvelle réglementation. «Le dispositif Pinel a été recentré sur le collectif depuis le 1er janvier 2021, donc on ne peut plus investir pour baisser son impôt sur une maison neuve», ajoute Laurent Callu, cofondateur de Bonnie, une nouvelle plateforme web qui référence les biens immobiliers neufs en vente, sur tout le territoire.
Le renchérissement des coûts s’invite dans les projets
L’inflation s’ajoute à ces difficultés. «Les prix des maisons neuves ont augmenté d’environ 20% à 25% sur les dix-huit derniers mois», estime Sylvain Massonneau, vice-président du Pôle Habitat, la section de la Fédération française du bâtiment qui représente les constructeurs de maisons. Pire, les taux d’intérêt remontent.
La hausse des prix des matériaux s’ajoute aux évolutions induites par la RE2020 (isolation, confort d’été). Le groupement de négoces de matériaux Tout Faire constate ainsi, sur tous les produits commercialisés, entre 13% et 15% de hausse, et s’attend à «une explosion» des tarifs des matériaux à forts besoins de chaleur (tuiles, isolation, polystyrène). La transition énergétique est aussi à prendre en compte : «Dans mon entreprise, on est à 9 000 euros de décalage, tous coûts compris, entre une solution chaudière et radiateurs et un ensemble pompe à chaleur et planchers chauffants», témoigne Sylvain Massonneau, qui dirige un constructeur de maisons à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).
Les futures dispositions liées à l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) sont, également, déjà d’actualité, observe Laurent Callu : «Des promoteurs immobiliers prennent une place considérable et ratissent tous les terrains. Ils ont tendance à rebâtir du collectif, au lieu de maisons individuelles. Enfin, avec le ZAN, on pourra de moins en moins s’étendre. Personne ne veut d’immeubles de grande hauteur, mais le collectif prévaut sur de la maison dans cette logique-là.»
Moins de travaux menés par les particuliers
Plusieurs changements de comportements sont déjà en œuvre. De nombreux constructeurs font état d’une volonté grandissante des ménages de se rapprocher des centres urbains, afin de réduire leur temps de trajet, dans un contexte de flambée des prix des carburants. Les préoccupations financières concernent également les travaux. «Nos clients, aujourd’hui, nous confient la totalité de leurs travaux à un prix garanti, plutôt que d’attendre plus tard et les faire eux-mêmes, quitte à faire des arbitrages sur la taille de leur maison, par exemple – l’écart de prix paiera la peinture, le parquet dans les chambres... On n’est plus dans la course à la démesure, mais dans une logique rationnelle», cite Sylvain Massonneau.
«Les travaux impérieux ne sont pas décalés. En revanche, les dépenses pour le chez soi (décoration, aménagement extérieur) souffrent de l’inflation, après deux très bonnes années en 2020 et 2021», corrobore Charles-Gaël Chaloyard, le directeur général de Tout Faire. Depuis le début de l’année, les ventes du réseau sur l’univers de la décoration plongent de 12% en volume. Embellir à tout prix son habitat attendra.



