Le cap du million de tests hebdomadaires du Covid-19 a été franchi en France entre le 24 et le 30 août. Cet objectif, que s'était fixé le gouvernement, n'est toutefois pas sans conséquence pour les biologistes et les industriels qui fabriquent les tests. Face aux files d'attente devant les laboratoires qui s'allongent et aux délais pour obtenir les résultats, de plus en plus de voix remettent en cause la pertinence du dépistage de masse.
La dernière en date est celle du syndicat des biologistes (SDB) Dans un communiqué publié le 9 septembre, le syndicat qui représente la majorité de la profession, explique notamment ne plus être en mesure de tenir les délais pour les résultats.
1 - Parce que les délais s'allongent
Depuis le 25 juillet, il est possible de se présenter à un laboratoire d’analyses médicales pour demander la réalisation d’un test sans prescription médicale préalable et sans frais. Le nombre de professionnels autorisés à réaliser ces tests a également augmenté. Conséquence: les Français sont de plus en plus nombreux à se faire tester. Selon les données de Santé Publique France, le nombre de tests a plus que doublé entre début juillet et fin août. Au total 902 815 personnes ont été testées entre le 31 août et le 6 septembre, contre 329 825 entre le 6 et 12 juillet.

Cette explosion de la demande crée un goulot d'étranglement dans les laboratoires de biologie privés. Au 8 septembre, on comptait 5 649 sites de prélèvements autorisés en France. "Les délais d'accès au test sont encore trop longs", constate François Blanchecotte, le président de la SDB. "Dans certains cas, il faut plusieurs jours avant de pouvoir effectuer le test. Ces délais sont incompatibles avec des nouvelles contaminations", précise le responsable. Fin août, au niveau national "le délai moyen entre la date de début des symptômes et la date de prélèvement était de 3,8 jours chez les nouveaux cas confirmés". Il était de trois jours entre le 31 août et le 6 septembre. Un temps d'attente en hausse par rapport aux semaines précédentes, après avoir baissé au début de l'été. Et c'est sans compter les fortes particularités régionales, voire entre villes d'un même département. "Nous avons connu des difficultés d'accès aux tests dans certaines zones de France, notamment en période estivale", avait reconnu Olivier Véran début septembre.
Autre problème: le temps d'attente pour obtenir les résultats, durant lequel les personnes et cas contacts doivent s'isoler. Les laboratoires de biologie médicale privés ne sont plus en mesure "de garantir à ceux qui en ont le plus besoin un résultat dans les 24 heures" explique le SDB. Pourtant, "les délais techniques pour avoir un résultat sont de l'ordre de quatre heures et demi", précise François Blanchecotte. Dans 20 % des cas début septembre, les délais étaient supérieurs à 48 heures.
Pour faire face à la situation, le SBD demande que soit opéré un dépistage de masse mais ciblé. "Nous demandons à ce que soient traités en priorité les patients qui viennent avec une prescription médicale ainsi que les cas contact qui nous sont envoyés par la sécurité sociale" ,ajoute le responsable. Lors du dernier point de situation sur le Covid-19, le ministre de la Santé Olivier Véran avait ouvert la porte à une "priorisation" des tests. "A mesure que la demande augmente, il ne faut pas passer à côté des situations les plus à risque : les personnes souffrant de symptômes, les cas contacts et les professionnels qui travaillent en contact avec des personnes potentiellement vulnérables. Nous devons leur assurer un accès rapide aux tests", avait-il déclaré le 1er septembre.
L'arrivée sur le marché des dépistages salivaires, dans les quinze prochains jours, devrait permettre de relâcher la pression sur les laboratoires. C'est le cas du Easycov développé par le CHU de Montpellier.
2 - Parce que l'on risque de manquer de réactifs
Pour répondre à l'augmentation du volume de tests, les laboratoires doivent disposer de suffisamment de machines, de réactifs et des matériels nécessaires. Le SDB souligne que " le gouvernement français ne semble pas en mesure de peser suffisamment dans la compétition mondiale qui se joue entre pays sur ces sujets d’approvisionnement". "Nous ne sommes pas sereins sur la sécurisation de nos filières", alerte le syndicat. "Hormis quelques groupes ou laboratoires qui ont réussi et pu constituer des stocks suffisamment importants de réactifs, les autres sont mis sous tension par l’allongement des délais de livraison. Nous en sommes aujourd’hui à près de quatre semaines". Le syndicat des jeunes biologistes médicaux est aussi inquiet. "Certains fournisseurs de réactifs n’arrivent pas à suivre et de nombreux laboratoires sont en pénurie de réactifs donc menacés d’arrêter brutalement toute activité de PCR Covid", alertait-il le 8 septembre.
Olivier Véran avait reconnu le 6 septembre que certains laboratoires connaissaient "une tension d'approvisionnement en réactifs". Le ministère travaille à une meilleure répartition des stocks au niveau national.
Interrogé par l'Usine Nouvelle, Eurofins Biomnis et Biomerieux, deux des principaux laboratoires de tests français n'ont pas souhaité répondre à nos questions.
3 - Parce que les PCR ne sont pas des tests de contagiosité
C'est un article du New York Times paru à la fin du mois d'août qui a jeté un pavé dans la mare : les tests RT-PCR, qui représentent selon les données de Santé Publique France, 48% des tests homologués en France, et plus de 85% du volume de tests effectués, détectent la présence du virus, mais pas la contagion. Ces tests donnent un résultat binaire : positif ou négatif en fonction de la présence du virus. Problème : il détecte des quantités infimes de virus indépendamment du risque de contagion que cela représente et entraîne la mise en quarantaine de personnes qui ne représentent plus aucun risque.
Dans la pratique, les tests actuellement sur le marché définissent un nombre de cycles seuil (appelé "Cycle threshold" ou "Ct"). Ce Ct est utilisé pour déterminer si le patient est contaminé ou non. D'après le NY Times, la plupart des tests fixent le Ct à 40. Cette sensibilité ne détecte pas uniquement du virus vivant, mais aussi des fragments génétiques qui ne posent pas de risque particulier. "La réponse "oui" ou "non" ne suffit pas", indique un épidémiologiste de l'école de santé publique de l'Université Harvard au quotidien américain. "C’est la quantité de virus qui devrait dicter la démarche à suivre pour chaque patient infecté."
La solution viendra peut-être des tests rapides antigéniques (TRA) dont l'utilisation a commencé ce mercredi 9 septembre dans certains hôpitaux. Moins sensibles que les RT-PCR, ces examens rapides pourraient notamment être utilisés lors de campagne de dépistage massives dans les aéroports ou pour remonter les chaînes de contacts de manière plus rapide.
Reste qu'ils peuvent donner des faux-négatifs. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, qui en avril dernier avait émis des réserves sur ces tests, les TRA détectent au maximum 90% des patients symptomatiques entre le premier jour de contamination et le sixième (Le RT-PRC détecte 100% des cas). Sur une population globale de personnes asymptomatiques et symptomatiques, le taux de détection s'éleve à 80%.
Adeline Haverland, avec Sylvain Arnulf



