"Tester, tracer, isoler", la nouvelle devise des autorités pour faire face à l'épidémie de Covid-19 stimule les grandes firmes pharmaceutiques, à l'image du laboratoire Roche. Le groupe suisse, géant du diagnostic médical, espère commercialiser un test ultra rapide du Covid-19 d'ici fin septembre. Un calendrier précipité par la mise sur le marché début août d'un test du même type par un de ses concurrents, l'américain Abbott.
50 millions de kits produit chaque mois pour Abbott, 40 millions pour Roche… Les enjeux de ces tests individuels rapides sont énormes, alors que plus de 200 000 nouveaux cas de Covid-19 sont diagnostiqués chaque jour dans le monde et que la détection est désormais unanimement reconnue comme la meilleure stratégie sanitaire.
Un dépistage en 15 minutes
Le kit développé par le laboratoire suisse promet une réponse rapide : entre 15 et 30 minutes. "Ce n'est pas le test le plus rapide, prévient Michel Guyon, directeur marketing chez Roche interrogé par L'Usine Nouvelle, mais il en fait partie". Baptisé "SARS-CoV-2 Rapid antigen test", le dispositif s'appuie sur la détection d'antigènes, une molécule qui suppose la présence d'anticorps, à partir d'un prélèvement rhinopharyngé. "Ce sera un kit, avec un appareil témoin, qui signalera la présence de la maladie via des bandes, un peu comme un test de grossesse", explique Michel Guyon.
Dans la catégorie des tests rapides, le SARS-CoV-2 Rapid antigen test est non sans rappeler un autre dispositif, baptisé NOW, vendu par le géant américain Abbott, qui promet la même efficacité. "Ce sera un équivalent", reconnaît Michel Guyon.
Problème pour Roche, le produit développé par Abbott est déjà sur le marché depuis un mois aux Etats-Unis. Et ces derniers en ont d'ores et déjà commandé 150 millions. "Nous avons avancé la sortie de notre test qui aurait dû intervenir en octobre", annonce le directeur marketing.
Roche (Le test rapide Covid-19 développé par Roche crédit : Roche)
Validation des instances sanitaires
Chez Roche, tous les efforts se concentrent désormais sur la validation de leur produit par les instances sanitaires, "indispensable pour une commercialisation", rappelle Michel Guyon. "Nous avons fait une demande pour obtenir le marquage CE, poursuit-il, obligatoire pour vendre notre test sur le continent européen". Le laboratoire a également soumis une demande d'urgence à la Food and drug administration (FDA) pour le marché américain. "Nous espérons une validation d'ici la fin septembre".
"En France, nous avons envoyé un dossier au comité économique des produits de santé, qui fixe le taux de remboursement des dispositifs médicaux. Si notre produit est remboursé, ça change tout", reconnaît Michel Guyon. Car si ces tests ont un coût d'achat modéré (5 dollars pour celui d'Abbott et "un prix qui se situera dans ces eaux-là" pour celui de Roche), ils sont à usage unique et un remboursement par la sécurité sociale changerait la donne.
Augmenter la production
Afin de répondre à l'explosion de la demande, Roche et Abbott prévoient déjà d'augmenter leurs cadences de production. "Nous démarrerons avec 40 millions de tests par mois, avant de doubler la production d'ici la fin de l'année", explique Michel Guyon. Le test de Roche, développé en partenariat avec la société sud-coréenne SD Biosensor, sera d'ailleurs produit dans les usines du géant asiatique qui s'occupera de sa commercialisation dans la région.
Abbott, qui expédie quelques millions de tests par mois à l'heure actuelle, a lui aussi annoncé passer à 50 millions d'exemplaires en octobre.
Quoi qu'il en soit, l'adoption généralisée d'une nouvelle stratégie sanitaire passant par la détection précoce des malades dans des pays qui souhaitent à tout prix éviter un retour du confinement ne devrait pas laisser beaucoup de place aux invendus…



