Après Tesla dans le Brandebourg et le fabricant chinois de batteries CATL en Thuringe, l’Allemagne a de nouveau réussi à attirer un investissement majeur : celui d’Intel. Le géant américain des puces électroniques implantera deux usines de fabrication de semi-conducteurs à Magdebourg, la capitale du Land de Saxe-Anhalt. À la clé : 7 000 emplois mobilisés pendant la construction du site, puis 3 000 emplois hautement qualifiés pour faire tourner les usines à partir de 2027 et jusqu’à 10 000 emplois indirects. Une bouffée d’oxygène pour cette ville de 240 000 habitants, à mi-chemin entre Berlin et Hanovre.
Mais alors que la compétition était féroce dans toute l’Europe, pourquoi ce choix ? « Magdebourg regroupait l’ensemble des points clés que recherchait Intel », répond Mikael Moreau, le porte-parole du groupe. En tout premier lieu, en termes de superficie. « Intel souhaitait une très grande surface, d’environ 400 hectares. Il voulait également sécuriser d’importants besoins en eau et en électricité, si possible renouvelable », souligne Max Milbredt, le responsable du secteur des puces électroniques de Germany Trade and Invest, l’équivalent de Business France, qui a accompagné l’implantation d’Intel. Autant de caractéristiques qu’auraient pu offrir d’autres villes allemandes. Selon nos informations, elles étaient une dizaine positionnées dans la course.
Pour Sven Schulze, le ministre de l’Économie du Land de Saxe-Anhalt, c’est surtout la réactivité des services administratifs de Magdebourg qui a fait la différence. « Nous avons immédiatement senti que c’était un investissement capital pour notre région, confie-t-il. Nous avons tout en mis en œuvre pour trouver des solutions à toutes les interrogations d’Intel. » De plus, la ville disposait depuis longtemps d’une zone industrielle qu’elle cherchait à attribuer et dont la planification est bien avancée. « Nous avons fait savoir que nous pouvions mettre à disposition ce terrain très rapidement », précise Sven Schulze.
Important soutien public
Par ailleurs, pour financer ses 17 milliards d’euros d’investissement, Intel n’a jamais caché qu’il comptait sur un soutien public afin de combler le surcoût de 40 % entre la production en Europe et en Asie. Si le montant des subventions n’a pas été dévoilé, il est certain que le site touchera de l’argent public dans le cadre du plan européen Chips Act, doté de 43 milliards d’euros et qui vise à quadrupler les capacités de production européennes d’ici à 2030. L’Allemagne, au niveau fédéral, mettra la main à la poche, ainsi que les 16 Länder, qui bénéficient d’une certaine autonomie dans le versement de subsides. Or la ville de Magdebourg, située en ex-RDA, est autorisée à verser des subventions plus importantes que des régions à l’ouest et au sud du pays et davantage industrialisées. Selon Sven Schulze cependant, cet argument reste marginal. « Les subventions locales ne représentent qu’une infime partie de la somme totale. Ce qui a vraiment compté, c’est notre position centrale en Europe », nuance-t-il.
« Magdebourg dispose d’une très bonne infrastructure de transport qui garantit un accès simple et rapide à notre réseau de fournisseurs et de clients, peu importe où ils se trouvent en Europe », confirme Mikael Moreau. Qui plus est, l’Allemagne dispose déjà d’un tissu industriel déjà bien établi dans la microélectronique. À 200 kilomètres au sud, la ville de Dresde compte plusieurs fabricants de portée mondiale, comme GlobalFoundries, qui a choisi d’y installer son futur site de puces en technologie FD-SOI, Infineon ou encore Bosch, qui dispose d’une nouvelle usine de semi-conducteurs. Autant d’industriels qui ne sont pas seulement des concurrents, mais aussi des clients potentiels pour Intel.

Ouverture à des clients externes
« Depuis un an, le groupe a changé de stratégie et ouvre ses capacités de production à des clients externes, via son entité Intel Foundry Services », souligne Mikael Moreau. Infineon s’est d’ores et déjà dit intéressé par cette offre de fabrication à façon. À sa mise en service en 2027, la mégafab de Magdebourg atteindra l’état de l’art dans les semi-conducteurs, ceux dits de l’« ère angström », d’une taille inférieure au nanomètre, prévoit Intel. Ils seront destinés aux marchés de l’électronique, mais aussi de l’automobile, de plus en plus demandeuse de puces, qui représentent jusqu’à 30 % de la valeur d’une voiture. Une part amenée à croître. « L’Allemagne fait partie des marchés logiques, compte tenu de la présence des groupes comme BMW, Volkswagen, Mercedes… Mais l’usine de Magdebourg pourra également servir tous les constructeurs européens », assure Mikael Moreau.
Enfin, Intel pourra s’appuyer sur la solide base industrielle allemande, qui compte de nombreux sous-traitants et fabricants de machines, à l’instar de Carl Zeiss, dans l’optique, Linde, dans les gaz, Fabmatics dans l’automatisation ou encore Trumpf, dans les machines laser. « L’écosystème recherché par Intel est aussi européen, rappelle Max Milbredt. Aux Pays-Bas, ASML est par exemple le seul fournisseur de machines qui dispose d’une technologie de lithographie extrême ultraviolet capable d’améliorer la finesse de gravure. » Il en va de même avec les universités et les instituts de recherche, qui fourniront à Intel un savoir-faire technique et une main-d’œuvre qualifiée : l’Imec en Belgique, le CEA-Leti en France, les instituts Fraunhofer en Allemagne… Avec son arrivée, Intel ambitionne de dynamiser toute la chaîne de valeur européenne, allant de la conception des puces jusqu’à la production et l’assemblage.

Vous lisez un article du numéro 3607 de L'Usine Nouvelle - Mai 2022



