Véritable phénomène sur les réseaux sociaux, les tablettes de «Dubaï Chocolate» (du chocolat au lait fourré à la crème de pistache) sont désormais accessibles en grande distribution. Cette recette née dans l’arrière-cuisine d’une chocolaterie dubaïote, et revendiquée par Sarah Hamouda, a trouvé écho chez les industriels. Lindt par exemple, a lancé une gamme de tablettes inspirées de cette recette. Une subtilité s'est toutefois glissée sur l'emballage de la tablette fabriquée en Allemagne par le géant suisse du chocolat. Il s’agit de «Dubaï Style Chocolate».
En Allemagne, les juges ont tranché pour le made in Germany
La précaution est de mise. Et si le «Dubaï Chocolate» ne devait être produit qu’aux Émirats arabes unis ? Après tout, le champagne est réservé aux producteurs français. Les tribunaux allemands ont eu l’occasion de plancher sur la question ces derniers mois. Un importateur de l’authentique chocolat dubaïote a attaqué des concurrents qui vendaient du «chocolat de Dubaï» fabriqué en Turquie. Premier jugement : le consommateur est berné, les mentions sur l'emballage donnent l’impression que le produit provient des Émirats. Deuxième jugement : les tribunaux considèrent que ce chocolat ne saurait bénéficier de la protection sur les appellations géographiques et donc on ne peut pas réserver la mention «Dubaï chocolate» à des producteurs émiratis. En effet, en raison du succès retentissant de ces tablettes, les juges considèrent que cette appellation est devenue générique. Cette décision fait jurisprudence. La saga est notamment retracée par l’avocate Marie-Avril Roux Steinkuehler sur le site Village de la justice.
Une décision probablement transposable en France
Si l’affaire règle la question en Allemagne, qu’en est-il en France ? La spécialiste du droit franco-allemand, cofondatrice du cabinet Marc-IP, estime auprès de L'Usine Nouvelle qu’un éventuel producteur français de «Dubaï Chocolate» s’exposerait à peu de risques – même s’il vaut toujours mieux être prudent, à l'image de Lindt. «Les droits français et allemands sont proches, détaille-t-elle. Une protection géographique implique quelque chose d’ancré dans un territoire. Ici, nous sommes sur un phénomène qui s’est répandu très rapidement, ce qui explique la fragilité de l’argument.» En tout état de cause, une recette de cuisine ne peut être protégée.
«Il pourrait éventuellement y avoir une action sur le terrain de la concurrence déloyale : nous avons un concept juridique spécifique en France, qui est le parasitisme économique, poursuit l'avocate Marie-Avril Roux Steinkuehler. L’idée ? Un acteur économique crée de la valeur, qui n’est pas forcément protégeable, et un autre tire les bénéfices de cette création, profitant des investissements consentis par le premier. Mais il faudrait pour cela que la créatrice de la recette dépose plainte devant les tribunaux français.» Ce qui semble assez improbable.
Le made in France oui, mais pas pour les pistaches
Le couloir semble donc dégagé pour du chocolat de Dubaï made in France. Au détail près que pour les pistaches, il faudra continuer de se tourner vers les États-Unis (l'Europe en produit très peu) : premier producteur mondial, le pays est le principal fournisseur du Vieux-Continent. Le podium est complété par la Turquie et l'Iran... qui approvisionne notamment les Émirats.



