Analyse

Alstom va (sans doute) racheter Bombardier Transport

Selon certaines sources, Bombardier aurait décidé de vendre à Alstom ses activités ferroviaires regroupées dans Bombardier Transport. Un conseil d'administration devait se tenir mercredi 12 février dans la soirée au siège de l'industriel français à Saint-Ouen. 

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Bombardier
Un rachat de Bombardier Transport par Alstom pourrait engendrer certaines situations de monopole comme pour le métro en France.

Le groupe canadien Bombardier annoncera ses résultats 2019 jeudi 13 février 2020 et peut-être la cession d’activités pour tenter de se relancer alors que son endettement dépasse 8 milliards d’euros, dont 2 milliards arrivent à échéance en 2021. Bombardier ne vendra pas ses activités d'aviation d'affaires mais sa part dans le projet A220 (ce qui a été officialisé par Airbus ce 13 février) et probablement l'ensemble de Bombardier Transport. Le ferroviaire n’emploie qu’un millier de personnes contre 11 000 pour l’aviation d’affaires et la Caisse des dépôts et placements du Québec (CDPQ), qui détient 30 % du capital de l’entreprise, milite dans ce sens.

Selon les informations recueillies par l'Usine Nouvelle, Alstom devait tenir un conseil d'administration ce mercredi 12 février au soir pour valider sa proposition de rachat de la branche ferroviaire de Bombardier.

La CDPQ au capital d’Alstom

Selon nos confrères de BFM Business, Alstom paierait les 70% de Bombardier Transport en cash et la CDPQ recevrait des actions d’Alstom. D'après le Handelsblatt, Alstom aurait fait une offre à 7 milliards d'euros, en passe d'être validée par l'industriel canadien.

En France, une telle opération fait réagir la CGT Alstom. "Si comme nous l’a dit le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, l’Etat français n’a pas vocation à entrer dans le capital d’Alstom, pourquoi accepter une telle opération, sachant que la CDPQ est très proche de la province du Québec, rappelle Boris Amoroz, délégué central CGT chez Alstom. Dans ce cas, il faut que l’Etat accepte de rentrer au capital d’Alstom, peut-être via la Caisse des dépôts et consignation ou Bpifrance, à la place de Bouygues."

A la CFDT, un tel rapprochement est plutôt bien vu, notamment dans "le Valenciennois, un des plus grands bassins du ferroviaire, où les salariés des deux sites y sont plutôt favorables si cela permet de maintenir l’activité et même de la développer", indique Pascal Lussiez, secrétaire de la section syndicale CFDT pour Bombardier qui voit aussi dans cette opération la conséquence d’un rapprochement entre les deux chefs de l’Etat, Emmanuel Macron et Justin Trudeau. 

Aujourd’hui, il semble que seul Alstom soit encore en piste et qu’il préparerait une offre pour les prochains jours présentée dans un conseil d’administration en fin de semaine.

Faire baisser le prix

Si la direction est logiquement très discrète, Alstom souhaiterait faire baisser le prix de cette acquisition actuellement évaluée autour de 7 milliards d’euros.

Mais si le rapprochement avec Siemens, annoncé comme une fusion d’égal à égal, était en réalité une prise de pouvoir de l’industriel germanique, dans ce cas, c’est le constructeur français qui reprendrait la main, toujours dans l’optique d’une consolidation du secteur. Et ce pour résister à l’éventuelle concurrence en Europe du chinois CRRC qui réalise plus de 26 milliards d’euros de chiffre d’affaires, mais 90 % en Chine, et du japonais Hitachi, qui a déjà racheté l’italien Ansaldo, dont il détient 100% du capital depuis janvier 20109.

Un feu vert de Bruxelles ?

Un mariage franco-québécois donnerait du poids à ce groupe. Si Alstom a réalisé 8,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour l’exercice 2018/19, présenté en mai dernier, le prochain, sera sans doute marqué par une croissance significative, alors que le carnet de commande battait un nouveau record fin décembre 2019 pour atteindre 42 milliards d’euros. Les activités ferroviaires de Bombardier représentent pour 2019 un chiffre d’affaires de 7,5 milliards d’euros avec un carnet de commandes légèrement supérieur à 32 milliards d’euros.

Si les syndicats craignent déjà d’un tel rapprochement pour l’emploi, il faut rappeler que les deux entreprises voisines dans le Nord – Crespin pour Bombardier et Petite-Forêt pour Alstom – travaillent ensemble sur plusieurs commandes de métro MF19 et surtout le méga contrat du RER Nouvelle Génération.

Si ce rapprochement se concrétise, une situation monopolistique apparaîtra sur certains types de matériel et dans certains pays, comme le métro en France. La commissaire européenne pourrait demander des cessions d'activités ou de sites pour valider cette acquisition, qui devrait être toutefois moins sujette à polémique que la fusion Alstom Siemens.

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