Pourquoi Albioma mise plus sur la biomasse importée et la géothermie que sur le 100% bagasse

[ACTUALISÉ] Après la Guadeloupe, Albioma lance à La Réunion la conversion du charbon à la biomasse de la centrale électrique de Bois-Rouge. Mais une biomasse importée à 70 %, ce qui empêchera définitivement d’atteindre l’autonomie électrique en 2030 de ces îles, pourtant prévue dans leurs programmations pluriannuelles de l’énergie. Le 26 janvier, Albioma a aussi annoncé se lancer dans la géothermie avec l'acquisition d'une centrale en Turquie.

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La centrale électrique Albioma Bois-Rouge à la Réunion
Albioma annonce la conversion à la biomasse de la centrale électrique charbon-bagasse Bois-Rouge à la Réunion d'ici à 2024.

Albioma a le feu vert de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) depuis le 3 décembre 2020. L’opérateur de centrales bagasse charbon en outre-mer (567 personnes, 506 M€ de chiffre d'affaires en 2019) va pouvoir convertir à 100 % à la biomasse la centrale Bois-Rouge à la Réunion. Il a, pour ce faire, négocié avec la CRE une prolongation de son contrat de ventes d’électricité à EDF jusqu’en 2043. La conversion, qui devrait être totale en 2024, se déroulera en deux temps.

Elle commencera par la première tranche, qui fonctionne intégralement au charbon. Elle sera arrêtée en 2021 et fonctionnera à partir de 2022 à 100 % avec de la biomasse importée, dans un premier temps des États-Unis. "La biomasse viendra peut-être d'ailleurs que des États-Unis dans un deuxième temps, comme l’Afrique du Sud. Nous travaillons à une régionalisation de la filière biomasse", observe Frédéric Moyne, le PDG d’Albioma. Mais pour ce dernier ce n’est pas un problème. La biomasse importée des États-Unis est durable et certifiée. À La Réunion, elle permettra de réduire au moins de 84 % les émissions de la centrale de Bois-Rouge.

100 % de biomasse locale impossible

Viendront ensuite la conversion des deux tranches bagasse-charbon, en 2023. Celles-ci devraient pouvoir utiliser de la biomasse locale, issue de déchets forestiers, de palettes ou de canne à sucre, aujourd’hui non valorisés. Mais, au mieux, Bois-Rouge consommera à terme 30 % de biomasse locale. "Le 100 % de biomasse locale n’est pas possible, les ressources locales ne sont pas suffisantes dans les îles", explique Frédéric Moyne.

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Et pas vraiment possible pour Albioma d’attendre qu’une filière se mette en place même si dans un communiqué, l'entreprise assure donner la "priorité aux gisements locaux de combustibles pour favoriser l’économie circulaire". L’électricien fait néanmoins son possible : il a participé à la cartographie des gisements, fourni les spécifications techniques et signé des accords avec des acteurs locaux, comme l’Office national des forets ou le Conseil régional, s’engageant à fournir des débouchés à la biomasse locale sur vingt ans, sachant qu’Albioma envisage de convertir aussi une autre centrale de la Réunion, celle de Le Gol. La piste de brûler des combustibles solides de récupération (CSR) semble, elle, oubliée.

Première conversion à la Guadeloupe

Le montant de l’investissement pour Bois-Rouge n’a pas été communiqué. On sait juste que, pour une conversion similaire à la Guadeloupe, Albioma a investi 80 millions d’euros "pour la première tranche", précise le PDG de l’entreprise.

Bois-Rouge n’est en effet pas une première. Albioma a mis en service le 20 novembre la tranche 3 de la centrale Albioma Le Moule en Guadeloupe convertie à la biomasse, là aussi importée à 100 % des États-Unis. Un impressionnant dôme de stockage de 20 000 m³, a même été construit sur le port de Jarry. Reste à convertir les tranches bagasse-charbon. Et dans l'hypothèse la plus optimiste, là aussi, l’approvisionnement en biomasse locale ne devrait pas dépasser 30 %.

Mais c’est à la Martinique, en 2018, qu’Albioma a inauguré la première centrale bagasse/biomasse, celle de Galion 2 – La Trinité. Et en 2019, à la Réunion, Albioma réalisait une première mondiale avec la mise en service d’une turbine à combustion (TAC) fonctionnant majoritairement au bioéthanol (à 80 %) local issu de canne à sucre. Des installations qui ont déjà permis à Albioma de passer de 36 % d’énergie renouvelables dans son mix en 2013 à 67 % en 2019.

95% à 100% de renouvelables en 2030

Le groupe, qui opère aussi au Brésil - où il a mise en service une quatrième centrale à 100% bagasse à Suzanápolis dans l’état de São Paulo - et des centrales thermiques fossiles à Mayotte et à l'Ile Maurice, vise maintenant entre 95 % et 100 % d’ici 2030, avec un palier à 80 % autour de 2023 et plus de 90 % en 2025. Pour atteindre cet objectif, Albioma va continuer à développer le solaire.

Frédéric Moyne dit s’intéresser aussi de très près "depuis plusieurs mois à la géothermie comme piste de diversification", mais hors des territoires français. Cette piste s'est concrétisée le 26 janvier avec l'annonce de l'acquisition d'une part de 75 % dans la centrale géothermique de Gümü?köy en Turquie (13 MW). "Il s’agit de la première centrale de production d’électricité à partir de géothermie du groupe", souligne l'entreprise. "C’est une énergie renouvelable locale, compétitive car pilotable et non intermittente, comme la biomasse, et pour laquelle la barrière à l’entrée est importante", argumente le PDG d'Albioma.

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