Chronique

Pour sortir proprement des énergies fossiles, les grands groupes miniers hésitent sur la stratégie

BHP va céder ses activités pétrole et gaz, valorisées 15 milliards d'euros, sous la pression des investisseurs pour réduire ses émissions carbone. Mais parfois, vendre ne suffit pas. Glencore a opté pour la stratégie inverse, en reprenant les parts de BHP et AngloAmerican dans la mine de charbon de Cerrejon.

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BHP Biliton
BHP veut se séparer de son activité pétrole et gaz.

Les énergies fossiles n’ont plus la cote. Mi-août, le groupe minier australien BHP a confirmé être en négociation avec Woodside petroleum pour lui céder ses activités pétrolières et gazières. Les rumeurs avaient agité les marchés tout l’été. BHP, comme les autres grands groupes miniers, subit une pression des investisseurs pour s’inscrire dans les accords de Paris et de réduire ses émissions de C02.

L’activité pétrole et gaz, valorisée 15,4 milliards de dollars, compte des champs pétroliers dans le Golfe du Mexique et de gaz au large de l’Australie, ainsi que 25% dans le projet d’exploitation du champ gazier de Scarborough au large de l’Australie, développé en partenariat avec Woodside petroleum.

Le groupe australien estime que l’opération devrait accélérer son recentrage sur les matières utiles à la transition énergétique. « Cela va libérer du capital pour investir dans ces commodités », assure Mick Henry, le patron de BHP, qui a notamment fait une offre de rachat du canadien Noront resources pour renforcer ses positions dans le nickel.

Opposition des défenseurs du climat

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L’opération ne fait pas l’unanimité. L’agence de notation S&P juge qu’elle risque de rendre le géant minier trop dépendant du minerai de fer, dont les cours sont actuellement au plus haut. Mais elle est aussi critiquée du côté des défenseurs du climat, pour qui vendre n’est pas forcément la stratégie la plus vertueuse. Le cabinet Market Forces prévoit de déposer une résolution lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires, au nom d’une centaine d’entre eux, pour demander à BHP d’assurer lui-même l’arrêt progressif de ses activités. Il pointe le risque pour l’image du groupe en cas d’incidents futurs. 

La transaction doit être payée en actions de Woodside petroleum. « Les investisseurs de BHP soucieux du climat se retrouveraient avec des actions d'un producteur de combustibles fossiles en pleine expansion, alors que nous savons que ce secteur doit se réduire rapidement », critique Will van de Pol, le responsable de la campagne.

Cet été, le désengagement des groupes miniers des actifs fossiles s'est accéléré. Début juin, BHP - qui vise la neutralité carbone en 2050 -, s’est désengagé avec AngloAmerican de la mine colombienne de Cerrejon, qui produit du charbon destiné à la production d’électricité. Il a mis en vente sa dernière mine de charbon thermique de Mount Arthur en Australie, même s’il reste présent dans la production de charbon à coke (pour la sidérurgie). AngloAmerican poursuit une stratégie similaire et a introduit en bourse en avril sa filiale Thungela, qui exploite sept mines de charbon en Afrique du sud.

Stratégie opposée chez Glencore

Le négociant suisse de matières premières et minier Glencore a opté pour la stratégie inverse. Fin juin, c’est lui qui a repris les actifs de BHP et AngloAmerican dans la mine de Cerrejon. « Vendre nos actifs dans les combustibles fossiles et en faire le problème de quelqu'un d'autre n'est pas la solution et ne réduira pas les émissions globales », analyse Ivan Glasenberg, son directeur général. Le groupe aurait pu chercher d’autres repreneurs. « Mais ils auraient pu compromettre la philosophie d'exploitation durable de Cerrejón, et étendre la production au-delà des concessions minières actuelles », argumente le groupe, qui table sur une baisse de la production à partir de 2030 et vise un arrêt progressif d’ici à 2034 du site. En attendant, sa stratégie lui permet de continuer à profiter des prix du charbon, au plus haut depuis 2008.

Glencore se targue lui aussi d’atteindre la neutralité carbone pour 2050. Le groupe a même rehaussé ses objectifs intermédiaires, à 50% de baisse de ses émissions en 2035, y compris sur le Scope 3. Un engagement plus strict que celui de BHP, qui ne s’engage que sur ses propres émissions.

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