Arrivé en 2013 à la tête de Bpifrance puis reconduit dans ses fonctions en 2018, Nicolas Dufourcq va continuer cinq ans de plus son action comme directeur général de la banque publique de l’innovation et de l’export. Les commissions des Finances de l’Assemblée nationale et du Sénat ont donné leur aval à la poursuite de son aventure, mercredi 8 janvier. L’Elysée avait proposé sa nomination deux semaines plus tôt.
En dix ans, Nicolas Dufourcq est parvenu à faire de Bpifrance un soutien majeur des entreprises françaises avec 590 000 sociétés soutenues pendant cette période. Auditionné par les députés en amont de sa reconduction, le dirigeant a indiqué que sa structure était «deux fois plus gros[se]» qu’en 2013, avec une augmentation du volume des crédits d’environ 70%, un financement décuplé en faveur de l’innovation et un quadruplement des investissements en fonds propres. Des métiers se sont par ailleurs ajoutés aux compétences initiales de la banque, comme le soutien à l’export.
«Quelque chose qui nous empêche de dormir»
La publication d’un déficit record de la balance commerciale des biens de 164 milliards d’euros la veille de son audition par les députés ternit le bilan du banquier. Bpifrance avait aussi été créée en réponse au constat de désindustrialisation de la France. Or de nombreux secteurs industriels contribuent négativement à la balance commerciale tricolore. «On ne peut pas accepter d’avoir 164 milliards d’euros de déficit commercial, c’est quelque chose qui nous empêche de dormir», a ainsi déclaré Nicolas Dufourcq. La facture énergétique s’est certes envolée, mais «la désindustrialisation pèse de tout son poids», a poursuivi le patron de Bpifrance. Réindustrialiser est un processus long ; l’ancien président de Wanadoo a surtout souligné un manque dans l’immédiat. «Est-ce qu’on a assez de moyens pour pousser nos entreprises à l’international ? Je pense pouvoir dire que non», a-t-il estimé dans la discussion avec les députés.
Lors d’une précédente audition devant la même commission des Finances début janvier, Nicolas Dufourcq avait déjà prévenu que «la boîte à outils [n’était] pas suffisante aujourd’hui pour les PME et les ETI» sur l’export et exprimé un «besoin de plus d’outils d’intervention publique». Son institution propose par exemple une "assurance prospection" pour les sociétés avec un chiffre d’affaires inférieur à 500 millions d’euros. Versée sous forme d’une avance, celle-ci prend en charge une partie des frais de prospection (déplacements, création d’un service export, études de marché…) qui n’ont pas pu être amortis par un niveau suffisant de ventes. Son montant total s’élevait à 287 millions d’euros en 2021, pour plus de 1300 entreprises bénéficiaires. Les PME et ETI peuvent également avoir recours aux produits d’assurance-crédit de la banque qui pesaient plus de 17 milliards d’euros en 2021.
L'activité de garantie en suspens
Nicolas Dufourcq s’est par ailleurs dit préoccupé par les moyens accordés à Bpifrance pour ses missions d’accompagnement à travers ses accélérateurs et son réseau de consultants externes. Une histoire de «quelques dizaines de millions d’euros» manquants selon lui, pour un objectif souvent présenté comme stratégique par son institution. Cette dernière dialogue en outre avec ses actionnaires (l'Etat et la Caisse des dépôts) pour pérenniser entre autres son activité de prêts sans garantie, qui représente cinq milliards d’euros sur les neuf milliards de crédits à long terme effectués par la banque en 2022. Son financement est assuré en 2023 mais il faudra trouver encore 300 millions d’euros pour 2024.
Le financement de l’innovation est finalement le segment qui devrait poser le moins de souci au dirigeant dans son nouveau mandat, Bpifrance prenant en charge environ 80% des opérations du plan France 2030.



