Pour moins polluer, le transport maritime place les navires sous surveillance satellite

Les armateurs et les ports utilisent de plus en plus de données satellitaires pour réduire les nuisances environnementales du transport maritime et la consommation des bateaux.

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La start-up Eodyn analyse les courants marins par rapport aux mouvements des bateaux. Une première mondiale.

Aujourd’hui, une vingtaine de satellites fournissent des observations en temps réel de la température de surface de la mer, ses variations de hauteur, la couleur de l’eau, les vents, les vagues… Ces données spatiales sont utilisées pour développer des applications sur les pollutions, le trafic portuaire et en mer, le positionnement des câbliers, des navires d’assistance pour les plateformes pétrolières et l’entretien des éoliennes offshore.

En 2021, le Cnes et CMA CGM ont même signé un accord de coopération d’une durée de cinq ans pour valoriser les données satellitaires dans le routage intelligent, la transformation énergétique du transport maritime, l’évolution des ports et l’optimisation des activités logistiques. « Le plus gros dossier est le smart routing, analyse Éric Brel, un expert en applications et services aval au Cnes. D’ici à deux ans, les armateurs vont être soumis à la taxe carbone. Les solutions actuelles permettent de gagner 3 à 5 % de consommation de carburant et de réduire d’autant les émissions de gaz à effet de serre en utilisant les courants, les vents, les vagues… Il ne s’agit encore que de données rafraîchies. En temps réel, on pourra viser une économie de 10 %. » Les plus gros armateurs dépensant plusieurs milliards de dollars en carburant, le gain est appréciable.

Mesurer les courants sur toute la planète

« Plus on a de données satellitaires, plus leur fiabilité est importante et la résolution de qualité, explique Alexandre Stegner, le cofondateur d’Amphitrite, une start-up issue de l’incubateur X-UP de l’École polytechnique. Nous sommes dans le routage fin, car pour réduire la consommation dans les dix prochaines années, il faut abaisser la vitesse. Si un porte-conteneurs qui vogue à 18 nœuds passe à peu près partout, quand la vitesse est réduite, il est plus sensible aux conditions atmosphériques. » La technologie d’Amphitrite, en phase de test, allie données satellitaires et in situ pour localiser les tourbillons océaniques. La solution complète, intégrée aux outils de navigation, devrait être commercialisée d’ici à deux ans.

Autre exemple de l’effervescence du secteur, Sinay propose une plateforme cloud, Sinay Hub, où sont stockés 250 téraoctets de données provenant de multiples sources comme la position des navires avec les données AIS (système d’identification obligatoire), la météo, les courants, la faune et la flore et bien d’autres. « Ensuite, nos algorithmes d’IA fondés sur du machine learning permettent d’avoir des indicateurs efficaces, explique Younis Souami, son PDG. Notre hub est une boîte à outils que les clients peuvent consulter en temps réel. » L’une de ses applications est la prédiction de l’arrivée des navires pour fluidifier la gestion des ports et le trafic.

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Eodyn revendique, quant à lui, une première mondiale : l’analyse des courants marins par rapport aux mouvements des bateaux – la flotte commerciale en compte 100 000 ­– pour offrir une couverture globale et donner des informations sur la dérive des navires. « Les données sont prêtes et le service est en construction, indique Yann Guichoux, le PDG et cofondateur de cette start-up implantée à Brest. Nous testons un prototype sur le porte-conteneurs Jules-Verne de CMA CGM. »

Les données satellitaires servent aussi à repérer les pollutions. CLS travaille pour l’Agence européenne pour la sécurité maritime. « Nous croisons les données avec les positions des navires. Plus de 1 000 images sont analysées chaque mois. Cela a permis de diviser par deux les pollutions en Europe en dix ans », indique une porte-parole de CLS. À Brest, la station Vigisat a détecté 3 825 pollutions en 2021.

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