Entretien

Pour la troisième dose des vaccins Covid-19, « il faut encore une fois parler de bénéfice-risque », estime l'immunologiste Stéphane Paul

Responsable du département d'immunologie du CHU Saint-Etienne et membre du comité scientifique sur les vaccins Covid-19, Stéphane Paul revient pour L'Usine Nouvelle sur la question de la troisième dose. Il estime notamment que si celle-ci peut être bénéfique pour certains, il faut aussi préserver des doses pour les pays ne pouvant pas s'en procurer. Le ministre de la Santé déclare ce 23 août qu'une troisième dose est envisagée pour les plus de 65 ans dès septembre.

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Stéphane Paul
Pour Stéphane Paul, la couverture vaccinale mondiale est capitale pour éviter l'émergence de nouveaux variants.

L'Usine Nouvelle. - L'Agence américaine des médicaments (FDA) et les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) ont annoncé le 18août qu'une dose de rappel serait nécessaire pour maximiser la protection liée aux vaccins contre le Covid-19. Qu'est ce qui motive de telles conclusions ?

Stéphane Paul. - On se rend compte qu'au fur et à mesure du temps, la réponse immunitaire faiblit, notamment chez les personnes les plus âgées. On s'y attendait, ce n'est pas propre au Covid-19, mais à l'immunité générale. C'est là-dessus que se basent les recommandations aux États-Unis et en Israël. Elles proposent une troisième dose de rappel, entre six et huit mois après la deuxième injection, moment où l'on observe le déclin de cette réponse immunitaire.

Des données préliminaires de Pfizer montrent qu'une troisième dose permettrait aux plus de 65 ans de revenir à des taux d'anticorps équivalents, voire légèrement supérieurs, à ceux obtenus après la deuxième dose. Il y a aussi des éléments qui viennent d'Israël. Le pays injecte une troisième dose depuis quelques semaines. Environ un million de personnes sont concernés pour l'instant. Il est encore tôt, mais les premiers résultats, à prendre avec des pincettes, indiquent que la troisième dose réduirait de deux à trois fois le risque d'infection.

Les décisions et recommandations concernent principalement les personnes âgées. Une troisième dose pour la population générale est-elle envisageable? (Sur BFM TV ce 23 août, Olivier Véran avance cette hypothèse pour les plus de 65 ans dès septembre, NDLR)

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En tant qu'immunologiste, il est difficile pour moi de me positionner sur la généralisation d'une troisième dose. Je pense que des personnes répondent moins bien au vaccin et qu'à eux, il faut proposer une troisième dose. Mais il n'y a pas assez d'arguments d'efficacité pour la généralisation. Est-ce qu'une personne de 30 ans en bonne santé va bénéficier d'une troisième dose ? Personne ne le sait aujourd'hui. Et puis est-ce que le bénéfice-risque est toujours en faveur du vaccin avec le boost ? La réactogénicité d'une troisième dose, on ne la connaît pas encore. Chez les personnes âgées, avec les données israéliennes, on observe que les effets secondaires de la troisième dose ne se sont pas très différents de ceux observés après la deuxième, mais cela pourrait être différent chez les personnes plus jeunes.

Aujourd'hui, ce que l'on cherche à limiter c'est la transmission du virus, mais est-ce que cela a un impact clinique ? Je ne sais pas et je pense que personne ne le sait. On se rend bien compte que certaines personnes qui ont eu deux doses font des infections. Mais après, il y a peu d'éléments sur la protection malgré l'infection. Est-ce que ces personnes sont hospitalisées ? Est-ce qu'elles vont en réanimation ? Cela manque, parce que si ces personnes ne font que très rarement des formes sévères, on peut se poser la question de l'intérêt d'une troisième dose généralisée. Par exemple, en Israël où l'on voit une résurgence du variant delta, les chiffres hospitaliers ne sont pas alarmants, même si cela commence à remonter. Une personne vaccinée a dix fois moins de chance de rentrer à l'hôpital.

Comprenez-vous alors la position de l'OMS qui annonçait lors d'une conférence de presse préférer la vaccination du plus grand nombre au niveau mondial qu'une troisième dose?

Je comprends l'avis de l'OMS, il est raisonné. Encore une fois, il faut parler de bénéfice-risque. Plus le virus circule dans une population qui n'est pas vaccinée, plus il a de chance de muter, donc de voir des variants émerger. C'est un vrai risque. Il faut effectivement réfléchir à cela avant de proposer dans les pays riches une troisième dose pour tous, plutôt que le déploiement des vaccins dans des pays qui ne peuvent les acheter. Finalement, protéger une population au niveau individuel n'est pas forcément le plus adapté dans ce type de pandémie. Je pense qu'il vaut mieux avoir 80% de la population mondiale vaccinée, même si ce n'est pas au mieux, pour éviter d'avoir l'émergence d'un nouveau variant très infectieux.

Après, il est évident qu'à l'échelle de la France, le gouvernement veut protéger sa population. S'il y a un vrai risque en l'absence de troisième dose chez les personnes de plus de 65 ans, que l'on cherche à protéger depuis le début de la pandémie, il faut leur proposer. Olivier Véran, propose une dose de rappel pour les personnes en Ehpad, de plus de 80 ans et les immunodéprimés, ce n'est pas une mauvaise idée. Pour ces personnes, la question ne se pose pas. Il faut les surprotéger parce que certains manquent de responsabilités vis-à-vis d'eux. Aujourd'hui, une partie de la population ne veut pas se faire vacciner, dont des soignants. Et si la troisième dose ne va pas empêcher l'entièreté des personnes en Ehpad de faire un Covid-19, en proportion, elles seront mieux protégées.

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