Cinquante ans après la mission Apollo, l’envoi d’une puissante fusée spatiale capable d’embarquer des astronautes vers la Lune reste toujours aussi difficile. La Nasa l’apprend à ses dépens. La fusée américaine SLS (Space Launch System), censée décoller le 3 septembre afin de faire le tour de la Lune et revenir vers la Terre, est à nouveau restée cloué sur son pas de tir. En début de semaine, la première tentative de décollage avait également échoué.
Une fuite d’hydrogène liquide aura été la cause de l’annulation du dernier tir. «Le directeur du lancement a renoncé à la tentative de lancement d'Artemis I. Les équipes ont rencontré une fuite d'hydrogène liquide lors du chargement du propulseur dans l'étage central de la fusée Space Launch System », précise le site de la Nasa. S’y reprenant à trois fois, les techniciens sur place n’ont pas réussi à colmater la fuite. Cette dernière était deux à trois fois plus importante que celle déjà survenue en début de semaine à l’occasion de la première tentative de décollage de la fusée SLS.
Pour la Nasa, l'impératif de sécurité avant tout
Si la déception se lisait sur les visages des ingénieurs de la Nasa, les dirigeants de l’agence spatiale ont tenu à rappeler l’impératif de sécurité qui les a poussé à annuler le tir. « Nous ne lancerons pas tant que tout ne sera pas réglé», a rappelé son patron Bill Nelson à l’occasion de la conférence de presse qui a suivi le lancement. Selon lui, rien d’alarmant dans le nouveau report de ce vol d’essai. Il a rappelé qu’en son temps la navette spatiale, le Shuttle, avait connu elle aussi de tels reports, retournant une vingtaine de fois à son hall d’assemblage suite à des problèmes rencontrés avant le décollage.
Il y aura d’autres tentatives de décollage, c’est sûr, mais la question est de savoir quand. Pour y répondre, il faut d’abord identifier les raisons et la gravité de la fuite d’hydrogène liquide. Tous les scénarios sont sur la table. Si la cause s’avère mineure, la fuite pourrait être réparée directement sur le pas de tir, et un nouveau lancement pourrait être envisagé au plus tôt à partir du 19 septembre. Si le problème est plus complexe, il faudra rapatrier la fusée dans son hall d’assemblage. Le tir pourrait être repoussé à la seconde moitié du mois d’octobre.
Humilité devant l'ambition de la mission Artemis
Face à ce nouveau report, les techniciens de la Nasa sont contraints de faire preuve d’humilité face à la difficulté de la tâche qui les attend. «Nous apprenons à connaître ce véhicule, nous apprenons à l’opérer, et nous apprenons tous les choses nécessaires pour être prêts à le faire voler», a reconnu Mike Sarafin, le responsable du programme Artemis de retour sur la Lune.
Il faut dire que le lanceur SLS est un véritable monstre de puissance. Haut de 98 m et d’une masse totale de 2600 tonnes, il est le plus puissant des lanceurs jamais construits par la Nasa en termes de capacité d’emport et de volume. Il est capable d’emporter jusqu’à 27 tonnes d’équipements jusqu’à l’orbite lunaire. Selon l’agence américaine, il s’agirait de la seule fusée capable d’emporter le vaisseau Orion avec son équipage de quatre astronautes et son cargo vers la Lune avec une seule mission. Soit 1000 fois plus loin que la Station spatiale internationale qui orbite autour de la Terre. Son étage central est capable d’atteindre la vitesse de 28000 km/heure (soit Mach 23) et une altitude de 160 km avant de se détacher de l’étage supérieur de la fusée.
Un calendrier d'alunissage maintenu
De toute évidence, la Nasa ne préfère prendre aucun risque avec ce vol d'essai, même si aucun équipage n’était prévu pour ce premier tir. Pour cette première mission, le lanceur SLS devait se diriger la Lune et en faire le tour puis revenir vers la Terre en 42 jours. Il doit pour cela s’éloigner à plus 450 000 km de la Terre et à plus de 64 000 kilomètres de la Lune. Cette opération doit permettre également de tester le bouclier thermique du vaisseau spatial Orion abritant le futur équipage. Au moment de son retour dans l’atmosphère terrestre, ce vaisseau devra résister à des températures de l’ordre de 2700 °C, soit la moitié environ de la température à la surface du Soleil.
Interrogé sur le coût financier de ces deux reports, l'administrateur de la Nasa a simplement répondu. "Le coût de deux reports est moindre que celui d'un échec". Malgré ces reports, Bill Nelson a confirmé le calendrier des prochaines missions du programme de retour sur la Lune. Artemis II doit décoller vers notre satellite avec un équipage à son bord en 2024, et Artemis III y alunir en 2025.



