Les camions vont-ils subir le même sort que les voitures thermiques? Fin novembre, la Commission européenne doit proposer une révision des normes d’émissions de CO2 des poids lourds. Le sujet sensible devrait animer les discussions au salon IAA Transportation, qui s’ouvre le 20 septembre à Hanovre (Allemagne). Quand bien même le secteur a commencé sa transition électrique, le diesel reste ultra-majoritaire dans le transport routier. Et l'impact environnemental de ces activités est loin d'être marginal: si les camions et les bus ne représentent que 2,5% des véhicules en circulation en Europe, ils sont responsables de plus d'un quart des émissions de CO2 du transport routier et à eux seuls de 6% des émissions totales de l'Union européenne.
Les différents camps font déjà entendre leur voix pour accélérer ou modérer la décarbonation des camions. Du côté des défenseurs du véhicule électrique, l’ONG Transport & Environment suggère de mettre fin aux ventes des poids lourds thermiques dès 2035, comme pour les voitures particulières. Étant donné la durée de vie des véhicules, l’organisation considère que 2035 est «la dernière échéance possible» si l’Union européenne veut atteindre la neutralité climatique en 2050.
Une longue route à parcourir
Un tel objectif est-il possible? La route paraît longue alors que le diesel alimentait toujours 95,8% des camions immatriculés dans l’Union européenne en 2021. Les camions «rechargeables» (c’est-à-dire 100% électrique et hybrides rechargeables) représentaient quant à eux une part de marché dérisoire de 0,5%. La transition est plus avancée dans le transport public: les véhicules rechargeables représentaient 10,6% des ventes européennes de bus en 2021.
Une fois de plus, l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) met en garde les autorités européennes. «Aucun transporteur n'achètera jamais un camion électrique ou à hydrogène s'il ne peut pas le recharger ou le ravitailler pour assurer des opérations fluides et continues», écrit le lobby de l’industrie automobile.
Il est vrai que le sujet va concerner de nombreuses entreprises: les camions transportent environ 73% des marchandises dans l’Union européenne. «Pour les PME, accéder à ces nouveaux véhicules représente un coût. Il y a parfois des difficultés d’obtenir des financements», souligne Isabelle Maître, déléguée permanente à Bruxelles (Belgique) de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR). «Pour nous, une interdiction totale des moteurs thermiques dès 2035 est impossible», ajoute-t-elle.
L’offre zéro émission se développe
Le salon IAA Transportation devrait donner un aperçu de la maturité technologique des solutions proposées par les constructeurs de camions. Iveco compte notamment présenter le camion à hydrogène Nikola Tre FCEV. Hyvia, coentreprise entre Renault et Plug Power, compte également exposer sa gamme de fourgons à hydrogène.
Grâce aux nouveaux modèles en développement, Transport & Environment se dit confiant dans la capacité des industriels à mener une transition électrique rapide. «En 2030, selon les engagements volontaires des constructeurs, nous atteindrons déjà 44% de camions zéro émission dans les ventes. La montée en puissance arrive», estime Sofie Dufour, de Transport & Environment. L’ONG encourage tout de même les législateurs européens à imposer des objectifs plus ambitieux aux fabricants de poids lourds.
Les constructeurs pourront-ils investir de front dans les véhicules électriques à batterie et dans les piles à combustible? Comment se déroulera la mise en place des infrastructures de recharge? Les coûts de livraison vont-ils augmenter avec l’électrification? Quand bien même les interrogations sont nombreuses, il n’est pas certain que la Commission européenne accorde plus de temps aux camions thermiques qu’aux véhicules particuliers, étant donné les engagements climatiques de l’Union. Les négociations et les opérations de lobbying s’annoncent intenses dans les prochains mois. L’adoption définitive des nouvelles normes de CO2 pour les camions ne devrait intervenir qu’en 2023 ou 2024.



