Portée par son succès avec Teva, la biotech montpelliéraine MedinCell signe avec AbbVie un accord à 1,9 milliard de dollars potentiels

MedinCell va développer jusqu’à six produits injectables à longue durée d’action pour le laboratoire américain. Il va toucher 35 M$ de paiement initial et jusqu’à 315 M$ de paiements d’étapes pour chaque programme développé par AbbVie.

Réservé aux abonnés
MedinCell
MedinCell va continuer de décliner sa technologie d'injectable à longue durée d'action, cette fois-ci avec le géant américain AbbVie.

Il y a presque un an, la FDA approuvait l’Uzedy, premier traitement utilisant la technologie Bepo de MedinCell, permettant à un médicament d’avoir une longue durée d’action. Indiqué contre la schizophrénie et commercialisé par Teva, l’Uzedy a, semble-t-il, donné des idées aux autres laboratoires. « On avait dit que, grâce à cette approbation, notre business allait s’accélérer avec l’arrivée de nouveaux partenaires, et c’est ce qui se passe », s’est félicité Christophe Douat, président du directoire de MedinCell. 

La biotech basée à Jacou, à proximité de Montpellier (Hérault), vient ainsi de nouer un nouvel accord d’envergure avec AbbVie. MedinCell va développer jusqu’à six produits injectables à longue durée d’action, pour le laboratoire américain. Au total, la biotech recevra un paiement initial de 35 millions de dollars et pourra toucher jusqu’à 315 M$ de paiements d’étape pour chaque programme développé par AbbVie (soit un total d'1,9 Mrd $), ainsi que des redevances sur les possibles ventes. 

Pour l’heure, un premier produit est déjà dans les tuyaux. « L’activité de formulation est en cours dans nos laboratoires de Montpellier, et nous sommes déjà en train de travailler avec AbbVie pour sélectionner les prochains programmes », précise Sébastien Énault, chief business officer de MedinCell. « Un second programme est en cours de discussion, on ne peut pas préciser quand interviendront les prochaines sélections, mais on a une très bonne relation avec les équipes d’AbbVie », souligne-t-il.

Les deux partenaires se partageront le développement. Medincell sera en charge des activités de formulation, des études précliniques, puis AbbVie financera et conduira le développement clinique de chaque programme, jusqu’à la commercialisation.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Un intérêt récent d’AbbVie sur la schizophrénie

Reste un gros point d’interrogation sur cet accord, celui des aires thérapeutiques concernées. Elles n’ont pas été dévoilées, malgré de multiples relances des investisseurs, lors de la conférence organisée par MedinCell. Sans donner plus d’informations, la direction de la biotech a précisé que le contrat noué avec AbbVie « n’avait pas d’exclusivité sur une indication ou sur une aire thérapeutique liée au contrat », a insisté Sébastien Énault.

Quel pourrait-être le candidat idéal pour une formulation à longue durée d’action ? Le portefeuille d’AbbVie est assez conséquent pour ouvrir le champ des possibles. Le laboratoire américain a cependant montré récemment un intérêt sur les maladies psychiatriques, dont la schizophrénie, en s’emparant de Cerevel Therapeutics, en décembre dernier, pour plus de 8 Mrds $. AbbVie a étoffé son portefeuille sur ce domaine où la technologie de MedinCell a déjà fait ses preuves. Parmi les actifs clés qui ont justifié cette acquisition, AbbVie mettait alors volontiers en avant un candidat-médicament de Cerevel, emraclidine, encore en phase II sur la schizophrénie, avec un potentiel de best-in-class. Détaillant la stratégie autour de cet actif phare, AbbVie avait alors précisé, par la voix de son directeur médical, Roopal Thakkar, également travailler à « une formulation injectable à longue durée d’action, pour faciliter l’observance des patients atteints de schizophrénie ». 

De futurs partenariats à venir ?

Pour MedinCell, ce nouvel accord valide la stratégie de la biotech et son modèle de développement. « On entre dans une nouvelle ère, d’accélération avec de nouvelles alliances stratégiques pour étendre notre pipeline et atteindre la profitabilité à l’horizon 2026-2027 », projette Christophe Douat. La réussite d'Uzedy a aussi permis à la biotech d’avoir un contrat plus avantageux « par rapport au contrat signé en 2013 avec Teva, lorsque notre technologie était encore immature », rappelle Sébastien Énault.

Le management se veut confiant dans les capacités de MedinCell à multiplier les partenariats. « C’est un accord majeur avec une top pharma, et on peut en espérer d’autres, dans les années qui viennent. MedinCell a été construit pour ça », précise Christophe Douat. « C’est aussi la beauté de notre business model, on se concentre sur les premières étapes de développement et on a toutes les équipes pour le faire », poursuit-il. 

Avec ce contrat, MedinCell voit aussi son horizon de trésorerie s’éclaircir. Grâce au paiement initial de 35 M€ et aux redevances issus d’Uzerty, dont les ventes pour la première année sont espérées à 80 M$ par Teva, la biotech de Montpellier va pouvoir continuer à grandir, « sans passer par une augmentation de capital », indique Stéphane Postic, directeur financier de la biotech.

MedinCell est spécialisé dans les traitements injectables à longue durée d'action grâce à sa technologie propriétaire Bepo. Lors de l'injection, un dépôt de quelques millimètres est formé sous la peau, qui va se résorber dans le temps et diffuser le principe actif sur plusieurs jours, semaines ou mois. Un savoir-faire qui intéresse les laboratoires, à l'instar de Teva ou désormais d'AbbVie, mais aussi des organismes comme Unitaid ou la fondation Bill & Melinda Gates qui voient de possibles débouchés sur la contraception ou le paludisme, dans des pays où les besoins sont importants et où l'accès aux soins reste difficile.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.