Il y a du monde, ce jeudi 9 février, dans les locaux de MedinCell. La biotech installée à la périphérie de Montpellier, à Jacou (Hérault), accueille les représentants de la Banque européenne d’investissement (BEI). Leur venue officialise la signature d’un nouvel accord de prêt, annoncé en novembre 2022, portant sur un montant de 40 millions d’euros. Un premier prêt avait été accordé par la BEI, en 2018, pour un montant plus modeste de 20 M€. Depuis, MedinCell a parcouru du chemin.
La biotech a étendu ses locaux, multiplié les partenariats et, surtout, attend avec impatience la possible mise sur le marché d’un premier produit né de sa technologie propriétaire.
MedinCell a mis au point la technologie appelée Bepo. Cette plateforme permet de développer une version injectable à longue durée d’action d’un médicament existant. Résultat : le produit est injecté sous la peau, sous la forme d’un dépôt de petite taille, qui va mettre plusieurs semaines à se résorber en libérant le principe actif, évitant ainsi au patient des administrations répétées.
MedinCell La biotech met à profit cette technologie sur plusieurs cibles thérapeutiques. Elle travaille notamment sur l’ivermectine, contre le paludisme et en prévention du Covid-19. Elle développe aussi un contraceptif féminin à longue durée d’action, avec le soutien de la fondation Bill & Melinda Gates. Elle dispose enfin d’un traitement des douleurs post-opératoires, déjà en phase III. Mais c’est sur la schizophrénie que Medincell pourrait rapidement décrocher un feu vert.
Un potentiel de blockbuster pour le produit développé avec Teva
Sur ce segment, Medincell a noué un accord avec le laboratoire israélien Teva, en 2013. Une collaboration qui a abouti à un traitement de la schizophrénie, appelé Uzedy. Il repose sur une molécule connue, la rispéridone, développée sous la forme d’un injectable à longue durée d’action grâce au savoir-faire de la biotech. Après des données positives en phase III, Teva et Medincell attendent désormais une réponse de la FDA, qui doit se prononcer d’ici à la fin du premier semestre 2023. Si le feu vert de l’agence américaine est attendu avec impatience, c’est que le traitement a du potentiel.
Lors de ses résultats annuels, Teva a estimé le marché des traitements de la schizophrénie à longue durée d’action à environ 4 Mrds $ par an, en croissance régulière et forte, à plus de 10 %. Teva met en avant la facilité d’utilisation de l’Uzedy pour parvenir à s’emparer de 20 % du marché. Le calcul est simple : si le laboratoire parvenait à atteindre ses objectifs, le produit qui fait appel à la technologie de MedinCell pourrait rapporter ou même dépasser le milliard de dollars de ventes par an et décrocher le statut symbolique de blockbuster. De quoi pour MedinCell bénéficier d’une belle vitrine pour sa technologie Bepo. De quoi aussi recevoir des revenus réguliers, issus des ventes de l’Uzedy.
Dans l’attente de cette autorisation espérée, le nouveau prêt avec la BEI donne de l’air à la trésorerie de la biotech. « On a utilisé une partie du prêt pour refinancer et reporter l’échéance du premier prêt à 2027 », nous détaille Jaime Arango, le directeur financier de MedinCell. « Nous souhaitions aussi privilégier un financement qui ne soit pas dilutif pour les actionnaires », justifie-t-il. La visibilité financière de MedinCell s’étend jusqu’à la fin du premier trimestre 2024. Mais son directeur financier se veut optimiste : « Les résultats de phase III ont permis d’accélérer des discussions avec d’autres laboratoires. Nos équipes restent actives pour nouer de nouvelles alliances », souligne-t-il. De futurs projets qui seront développés dans les locaux de la biotech, installée dans un ancien garage automobile.
Une R&D aux frontières de la chimie et de la biologie
Les espaces de R&D illustrent bien la double contrainte de MedinCell : travailler sur une substance active et sur le polymère nécessaire à la libération prolongée. Au rez-de-chaussée, les paillasses de formulation s’étendent, accompagnées de chambres climatiques qui en imposent. Ces enceintes servent d’espaces de stockage mais aussi aident à offrir un environnement à 37°C qui simule l’action du produit dans le corps humain. Dans ce rez-de-chaussée, un autre espace nécessite des protections plus importantes pour y pénétrer. La zone, classée, sert à manipuler des molécules hautement actives.
Signe de la frontière entre chimie et la biologie, dans laquelle se positionne MedinCell, l’espace de R&D comprend aussi une salle de pesée pour les polymères, ainsi que des équipements pour évaluer la viscosité. Objectif : s’assurer que l’épaisseur du produit final ne rende pas la seringue trop difficile à actionner pour l’injection. Autres surfaces imposantes et qui ont nécessité d’importants investissements, celles dédiées à l’analytique dans lesquelles s’alignent les équipements associant chromatographie et spectrométrie de masse.
Une technologie flexible de libération prolongée
Si MedinCell a plusieurs projets sur le feu, quels pourraient être les prochains produits développés dans ces espaces ? « Notre technologie s’adresse plutôt aux petites molécules », détaille Adolfo Lopez Noriega, directeur de la R&D de MedinCell. La diffusion va piloter la libération de la molécule, et plus celle-ci est hydrophile, plus elle va se libérer facilement, une fois injectée. « Nous pouvons jouer sur la formulation, former des sels pour ralentir la solubilité ou encore opter pour un polymère différent pour rallonger la cinétique », détaille-t-il.
Le responsable de la R&D revient pour nous sur les défis auxquels a dû se confronter la technologie Bepo. « Il a fallu prouver la sécurité du produit, est-ce que la libération va être similaire pour une personne en surpoids, est-ce qu’une personne qui va gratter le dépôt sous-cutané va augmenter la vitesse de libération ? Autant de questions auxquelles nous avons dû répondre pour basculer vers la clinique », détaille-t-il.
Pour la suite, la durée d’action ne semble pas un problème. « Théoriquement, il n’y aurait pas de limite de durée d’action, nous pourrions développer des doses jusqu’à six mois, ou même davantage, mais il faut s’interroger sur l’intérêt médical à aller vers de telles durées d’action », précise-t-il. Le responsable de la R&D estime plutôt que la vraie frontière sur les produits à longue durée d’action concernera « la libération des biologiques, anticorps ou protéines. Si on imagine un produit capable de libérer des anticorps sur six mois, cela serait une innovation majeure », projette-t-il. Un défi qui paraît encore bien lointain car, pour l’heure, l’utilisation de solvants rend le procédé de MedinCell incompatible avec la plupart des biologiques.
Une production sous-traitée
Si les locaux de Jacou hébergent les espaces de R&D, la production aux normes GMP est assurée en sous-traitance. Le polymère est fabriqué par Corbion, avec qui MedinCell a créé une coentreprise dédiée aux PEG-PLA. Pour la suite, «nous faisons la partie développement de la formule mais aussi toute la recette, nous développons le procédé de fabrication et les méthodes d’analyse », détaille Stéphane Chambaud, responsable des opérations pharmaceutiques de MedinCell.
«Nous réalisons ces deux développements, process et analytique, puis nous faisons un plan de transfert à la CDMO », précise-t-il. Si MedinCell n’en dira pas plus sur ses partenaires de fabrication, le choix de ses sous-traitants se fait essentiellement en fonction du type de produit concerné. « Il faut parfois des équipements très spécifiques selon les molécules. Par ailleurs, avec un produit assez visqueux, il faut des équipements capables de supporter cette pression », explique-t-il.
Dernier enjeu, celui de disposer d’une production de proximité, basée en Europe. « C’est très clairement un enjeu, d’avoir des partenaires de proximité », reconnaît-il. Si la production de l’Uzedy est gérée par Teva, MedinCell espère bientôt disposer d’autres produits pour alimenter ses pipelines et sa production. Histoire de poursuivre une croissance sur le long terme.



