Comment la biotech montpelliéraine Ciloa veut déployer ses exosomes contre l’obésité et le diabète

Ciloa travaille sur l’adiponectine, une hormone qui joue un rôle crucial dans le métabolisme. Malgré son potentiel certain, la biotech doit encore avancer sur le procédé et convaincre les autorités réglementaires pour faire entrer son produit en phase clinique. Elle vient de décrocher 6,5 M€ de Bpifrance.

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Ciloa
Robert Z. Mamoun, directeur général de Ciloa.

Ciloa va pouvoir avancer sur son innovation. La biotech de Montpellier vient de recevoir 6,5 M€ de Bpifrance, via l’appel à projets « Biothérapies et Bioproduction de Thérapies Innovantes » de France 2030. Ciloa s’est spécialisée dans les exosomes, des vésicules naturellement présentes dans l’organisme qui peuvent servir pour transporter des traitements. La biotech parvient à fabriquer ces exosomes par bioproduction.

Avec la somme issue de France 2030, la biotech souhaite aller en clinique avec un projet ambitieux concernant l’adiponectine. Cette hormone, décrite comme « l’Ange gardien » du métabolisme, est produite par le tissu adipeux. « Elle a des propriétés anti-inflammatoires, anti-apoptotiques, ce qui peut être important dans le développement des cancers. Elle lutte aussi contre le stress oxydatif et joue un rôle sur la sensibilité à l’insuline », nous résume Robert Z. Mamoun, directeur général de Ciloa.

Des propriétés qui ont forcément suscité l’intérêt de l’industrie pharma, depuis les années 2000, sans grand résultat. « Les chercheurs ont jeté l’éponge car c’est une protéine avec une structure complexe, difficile à rendre fonctionnelle », résume le dirigeant.

C’est là qu’intervient le savoir-faire de Ciloa. « Il y a quelques années, des études ont montré que, parmi l’adiponectine retrouvée dans le sang, seule une petite partie était fonctionnelle, celle associée à des exosomes », souligne-t-il. La biotech y a vu un signal pour démarrer un projet dédié à l’adiponectine. Ciloa a ainsi travaillé (et réussi) à reproduire cette hormone et à l’ancrer dans un exosome pour la rendre opérationnelle.

Un potentiel impressionnant sur la perte de poids

Ciloa a par ailleurs réalisé des études chez l’animal qui laisse entrevoir l’énorme potentiel du produit. Associée aux derniers antidiabétiques stars, les analogues du GLP-1 de Novo Nordisk ou de Lilly, l’adiponectine a doublé les effets de ces composés. « On a une baisse de la masse graisseuse, du gras dans le foie, une augmentation de la sensibilité à l’insuline, tout en ayant une masse musculaire préservée », synthétise Robert Z. Mamoun qui souligne aussi des données de sécurité encourageantes, même aux plus fortes doses de l’étude.

Prochaine étape ? L’entrée en clinique. Il faudra pour cela convaincre les autorités réglementaires de pouvoir évaluer chez l’Homme une nouvelle entité biologique : des exosomes issus de la bioproduction. « On a discuté depuis plus d’un an et demi avec les autorités », précise le dirigeant qui souligne que les exosomes sont des traitements « un peu plus sophistiqués que les autres mais qui restent des produits biologiques ».

Pour montrer patte blanche, et espérer une entrée en phase I en 2027, Ciloa travaille à la production. « Notre procédé a été conçu pour ne pas stresser les exosomes, qui sont très fragiles, ainsi que les cellules qui vont produire des exosomes ». La biotech dispose désormais d’un procédé complet qu’elle souhaite développer « en circuit fermé pour renforcer le niveau de qualité ». Grâce à sa salle blanche, elle a pu travailler jusqu’à une échelle de deux litres. Il faudra maintenant accélérer le scale-up, « une étape qui va être soutenue en partie par le financement de Bpifrance », précise son dirigeant.

Pour la suite, Ciloa fera appel à une CDMO pour la production de lots cliniques. Un plan qui passera aussi par des fonds supplémentaires puisque la biotech est en pleine levée pour gonfler l’enveloppe de 6,5 M€.

Un intérêt des big pharma

Alors que Novo Nordisk et Lilly ont multiplié les acquisitions ces derniers mois, difficile de ne pas envisager un intérêt des grands laboratoires pour l’approche de Ciloa. « La grosse interrogation des grands noms de la pharma c’est de savoir si l’on peut faire entrer un exosome en clinique, dès que l’on aura décroché l’autorisation, on aura gagné leur reconnaissance », projette Robert Z. Mamoun.

Le dirigeant rappelle que les exosomes, qui multiplient l’effet des protéines par deux ou trois, peuvent déjà être associés aux antidiabétiques phares dont les ventes stratosphériques bouleversent l’industrie pharma. Le prochain traitement révolutionnaire de l’obésité viendra peut-être du sud de la France.

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