Dans le paysage un peu morose des biotechs françaises, où les trésoreries défaillantes font légion, la performance d’Abivax a de quoi redonner le sourire. La biotech parisienne a vu son cours de Bourse multiplié par cinq dans la journée, passant de 9 euros par action à 50 euros. Une performance qui s’explique par l’atteinte d’un objectif espéré par de nombreuses biotechs et décroché par Abivax : une réussite clinique en essai de phase III. Soit la dernière étape expérimentale que doit valider un médicament, avant de pouvoir être autorisé et mis sur le marché.
Abivax a dévoilé des résultats positifs concernant ses deux études de phase III, ABTECT-1 et ABTECT-2, menées sur plus de 1 200 patients. Les essais avaient pour objectif d’évaluer son candidat-médicament phare, obefazimod (ABX464), dans une phase d’induction de 8 semaines, soit le démarrage du traitement, pour des patients atteints de rectocolite hémorragique (RCH). Cette maladie chronique de l’intestin toucherait en France quelque 100 000 personnes.
Dans le détail, les résultats ont montré que la prise d’obefazimod, à une dose de 50mg une fois par jour, a entraîné une rémission clinique en huit semaines pour 19,3 % des patients de l’essai ABTECT-1 et 13,4 % des patients de l’essai ABTECT-2. Si Abivax met en avant ce résultat, c’est qu’il est le critère d’évaluation principal de la FDA, celui qui peut permettre au traitement de voir le marché. Le traitement a par ailleurs atteint tous les critères d’efficacité secondaire et présente un profil de tolérance (survenue d’effets indésirables) égal à celui du placebo.
« La solidité de ces résultats renforce notre conviction dans le potentiel d’obefazimod à devenir une nouvelle option thérapeutique transformative pour les patients souffrants de RCH », a commenté Marc de Garidel, le directeur général d’Abivax.

Au-delà de ce résultat, Abivax peut se féliciter d’arriver avec un nouveau mécanisme d’action contre la RCH. Le produit, une petite molécule qui se prend par voie orale, agit en augmentant l’expression d’un micro-ARN, miR-124, qui joue un rôle pour réguler la réponse immunitaire et le mécanisme inflammatoire au cœur de la maladie.
Une ultime étape à valider avant la FDA
Malgré ses résultats positifs, il restera une dernière étape avant de pouvoir présenter les données à la FDA. La biotech doit désormais s’assurer que ce nouveau mécanisme d’action soit stable et durable sur le long terme. C’est là l’objectif de l’étude de maintenance, qui doit analyser l’effet du traitement sur 44 semaines. Les résultats sont attendus pour le deuxième trimestre 2026. Ils pourraient déclencher une demande auprès de la FDA et de l’EMA, l’agence européenne du médicament, dès le deuxième semestre 2026.
Cette étape reste cruciale, d’autant que la phase de maintenance peut être délicate sur la RCH. Il faudra encore attendre pour voir si le traitement peut tracer sa voie jusqu’au marché. Quoiqu’il en soit, les investisseurs n’auront pas attendus pour parier sur Abivax, portés par les résultats du jour. Il faut dire que le marché de la RCH devrait bientôt passer les 10 Mrds $ annuels et qu’il y a de la place pour de nouveaux traitements. Avec une molécule à prendre par voie orale, plus facile à administrer et à suivre que les produits biologiques concurrents (et aussi moins cher à produire) et un traitement bien toléré, Abivax a des atouts à faire valoir s’il parvient à maintenir l’effet à long terme. Il faudra encore patienter pour voir si Abivax devient une succes story dont les biotechs françaises ont tant besoin.



