Ce mardi 2 juin, un conseil de surveillance a été convoqué au siège de l’opérateur de transports publics Keolis pour prendre la décision de remercier Patrick Jeantet. C’est la lettre spécialisée Mobilettre qui a annoncé la nouvelle dès samedi 30 mai. Cette décision a été confirmée par l’entreprise – dont les deux actionnaires sont SNCF et la Caisse de dépôt et placement du Québec - dans la foulée de la réunion.
"Le Conseil de Surveillance de la société Groupe Keolis S.A.S a constaté des divergences stratégiques importantes avec le Président du Directoire Patrick Jeantet depuis sa prise de fonction le 1er février 2020, explique Keolis dans un communiqué de presse. Le Conseil de Surveillance a pour rôle de superviser la gestion du Directoire, composé d’un membre unique en la personne de Patrick Jeantet, et de se prononcer sur un certain nombre de décisions stratégiques."
Une direction transitoire mise en place
Après délibération, le conseil de surveillance indique avoir "acté la cessation de l’ensemble des mandats de Patrick Jeantet. Un processus de recrutement va être initié sans délai pour nommer un nouveau Président du Directoire."
En attendant, c’est un directoire collégial qui est désigné. La présidence par intérim sera assurée par Kathleen Wantz-O’Rourke, jusqu'alors directrice exécutive groupe finance et juridique. Le reste du directoire comprendra plusieurs membres du comité exécutif: Frédéric Baverez, directeur exécutif groupe France et président d’EFFIA; Bruno Danet, le DRH et Organisation, Bernard Tabary, le directeur exécutif en charge de l'international.
Quelles raisons à cette révocation ?
Ce qui interpelle, ce sont les motifs de ce revirement si brutal. Patrick Jeantet, qui avait mené une révolution au pas de charge pendant ses trois ans et demi passés à la tête de SNCF Réseau, avait souvent braqué les syndicats par son franc-parler et son recours jugé excessif à la sous-traitance. Il avait ensuite été le candidat malheureux à la direction de la SNCF, avant d'être nommé depuis le 1er février en remplacement de Jean-Pierre Farandou à la tête de Keolis.
Ce diplômé de l'Ecole Polytechnique et de l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, avait déjà exercé les fonctions de directeur général adjoint, puis de directeur général délégué en charge de l'international chez Keolis entre 2005 et 2011.
Toutes les hypothèses sont sur la table. Son prédécesseur Jean-Pierre Farandou, aujourd’hui PDG de la SNCF et Joël Lebreton, le président du conseil de surveillance de Keolis craignaient un inventaire après un exercice 2019 déficitaire (-72 millions d’euros), selon Mobilettre. Les Echos évoquent son style de management, qui aurait conduit le conseil de surveillance à menacer de démissionner.
Alors que la situation est plus que précaire à la SNCF après les grèves de cet hiver et la pandémie, cet épisode peu glorieux ne risque néanmoins pas de ramener la sérénité au sein du groupe ferroviaire.



