La France compte un nouvel acteur de cloud public d’infrastructure : Oxeva. La filiale de La Poste, qui offre des services d’hébergement Web à haute exigence de disponibilité et de performance, comme les sites d’e-commerce et de jeux en ligne, lance lundi 8 novembre son offre sous la marque « Nua.ge ». Un pari osé dans un marché trusté par trois géants américains : Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud Platform.
« Nous sommes partis du constat que les offres actuelles sont trop complexes, explique à L’Usine Nouvelle Vincent Harmin, président et cofondateur de cette PME d’une vingtaine de collaborateurs, qui attend un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros en 2021. Les interfaces sont devenues des usines à gaz avec des impacts au quotidien sur l’efficacité des utilisateurs. Et en raison de la complexité des paramètres qui déterminent les coûts d’usage, personne ne sait prédire le montant de la facture à payer à la fin de chaque mois. Nous avons voulu simplifier tout cela pour rendre l’adoption du cloud plus facile et les coûts plus transparents et prévisibles. »
Positionnement premium
L’offre « Nua.ge » se réduit à l’infrastructure proprement dite (IaaS pour infrastructure as a service). Elle tourne sur les trois datacenters d'Oxeva loués à Equinix à Saint-Denis et Pantin (Seine-Saint-Denis). Elle a été construite en interne sur la base de la plateforme OpenStack, issue du monde open source. Elle a nécessité deux ans de développement. Le montant de l’investissement n’est pas dévoilé. Elle est présentée comme complémentaire de l’activité historique d’hébergement. Elle compte déjà plusieurs clients, dont Celsius Online (studio de jeux vidéo), Le Slip Français (distributeur en ligne de sous-vêtements masculins) et Doctoome (plateforme de santé).
Oxeva ne bénéficie pas encore des gains d’échelles d’acteurs français du cloud d’infrastructure comme OVHcloud, Scaleway ou 3DS Outscale, sans parler des mastodontes américains. Son patron se montre néanmoins confiant dans la capacité de son entreprise à concurrencer les acteurs établis. « Nous sommes compétitifs avec les grands fournisseurs du marché, revendique-t-il. Mais nous n’avons pas vocation à entrer dans une guerre des prix comme le font OVHcloud et Scaleway. Nous tenons à garder un positionnement premium, comme nous le faisons dans l’hébergement infogéré. »
Des serveurs sur-mesure
La PME n’utilise pas de serveurs standards du commerce. Elle fait appel plutôt à des serveurs sur-mesure qu’elle fait assembler par Dell ou l’intégrateur alsacien 2CRSI. Une approche comparable à celle des géants mondiaux de l’Internet. « Cela nous permet d’utiliser les derniers composants, comme les microprocesseurs sortis aux Etats-Unis, avant leur arrivée en Europe, justifie Gabriel Barazer, directeur technique et cofondateur. Cela nous garantit aussi une base matérielle homogène et stable qui nous facilite la mise en place de process d’automation. »
L’offre « Nua.ge » n’a pas vocation à toucher les grandes entreprises. Elle s’adresse plutôt aux start-up, développeurs ou agences Web. Il est prévu de l’enrichir par des fonctionnalités de gestion des applications dans le cloud (PaaS pour Platform as a service), qui constituent le différentiant fort des géants américains. Le défi est de le faire, sans tomber dans le travers de la complexité. Vincent Harmin espère atteindre le chiffre d’affaires de 80 millions d’euros en 2027. Il compte sur l'appui de La Poste, actionnaire de l'entreprise à hauteur de 70% du capital (les 30% restants étant détenus à parts égales par les trois fondateurs), pour l'accompagner dans ce développement.



