OVHcloud, Scaleway, Outscale, Orange, Sewan, Cheops Technology, Cloud Temple… L’Hexagone compte une multitude d’acteurs nationaux dans le cloud d’infrastructure. Mais aucun ne semble de taille à régner dans son propre pays. Du moins pas sur le segment le plus lucratif du cloud public. Si OVHcloud se targue d’être le champion tricolore, il n’occupe qu’une place de strapontin en France. Selon une étude du cabinet Markess by Exaegis, il n’arrive que cinquième avec seulement 2,6 % du marché en 2022. Il est devancé par quatre géants américains du numérique : Amazon Web Services, Microsoft, Google et Salesforce. A eux quatre, ils détiennent 74,6 % du pactole, estimé à 2,5 milliards d’euros en 2022.
En perte de vitesse
Markess by Exaegis définit le cloud d’infrastructure comme la combinaison de deux segments : celui des services d’infrastructure à la demande (IaaS pour Infrastructure as a service) et celui des services de gestion des applications dans le cloud (PaaS pour Plateform as a service). Il n’inclut dans ses chiffres que les services de cloud public, qui s’appuient sur la mutualisation des ressources entre les clients alors que, dans le cloud privé, chaque client dispose de ressources dédiées.
« La faiblesse d’OVHcloud tient à son positionnement plutôt sur le cloud privé, explique à L’Usine Nouvelle Ronan Mevel, directeur associé au cabinet Markess by Exaegis. Nous estimons ce marché à environ 2 milliards d’euros en 2022. OVHcloud en est le leader, devant Orange. Mais dans le cloud public, il est en perte de vitesse face aux géants américains du numérique. C’est que le cloud public croit plus vite que le cloud privé : +31 % en 2022 contre +7 % pour le cloud privé. »
La situation n’est guère meilleure pour Scaleway, filiale du groupe Iliad, et Outscale, filiale de Dassault Systèmes, qui se positionnent plutôt sur le cloud public d’infrastructure. Eux aussi peinent à résister à la toute-puissance des géants américains du numérique. Une difficulté que Ronan Mevel attribue à deux handicaps. « Pour ces acteurs, il est difficile de rivaliser avec les géants américains du numérique tant en investissements qu’en richesse de services. Or c’est l’étendue de services qui amène les entreprises françaises à aller, pour leur transformation numérique, vers le cloud d’Amazon, de Microsoft ou de Google. De même, les ESN, entreprises de services du numérique, qui les accompagnent dans leur transformation, préconisent ces grands clouds. »
Tendance difficile à inverser
Le rouleau-compresseur, formé par le trio Amazon Web Services, Microsoft et Google, continue à écraser la concurrence. Alors que le marché français a bondi de 31 % en 2022, il affiche une croissance plus rapide : +33 %, contre +25 % pour les tous acteurs. En 2022, ils ont capté 70 % de l’augmentation du marché. Résultat : ils tendent à conforter leur domination. Leur part est passée de 67 % en 2020 à 71 % en 2022, et pourrait approcher à court terme le seuil de 80 %, prévient le directeur associé du cabinet.
La situation est dramatique. Mais Ronan Mevel tente de relativiser les choses. « La tendance semble difficile à inverser à court terme, note-t-il. Mais grâce à la stratégie du cloud au centre de l’Etat, le cloud privé restera un marché important en France, comme d’ailleurs dans les autres pays européens. Les acteurs français vont continuer à se développer dans des segments spécifiques comme le cloud de confiance ou le cloud d’applications sécurisées. »
Le gouvernement a pris la mesure de la gravité de la situation. Dans son projet visant à sécuriser et réguler l'espace numérique, il veut supprimer les entraves à la concurrence dans le cloud, comme les frais de sortie lors du changement de fournisseur. « Bien sûr, ces mesures peuvent modifier les rapports de force sur le marché à moyen terme, mais pas à court terme », estime Ronan Mevel.




