Un nouvel acteur aux grandes ambitions émerge dans le cloud européen : Evroc. Créé en 2022 à Stockholm, en Suède, il s'est donné pour mission d’inverser le déclin de l’Europe dans le cloud en offrant une alternative européenne, crédible et écologique, aux géants américains. « Nous voulons résoudre le problème de souveraineté de l’Europe dans les infrastructures critiques du cloud, affirme à L’Usine Nouvelle Mattias Åström, cofondateur et directeur général de la société. Les géants américains dominent aujourd’hui le marché européen. C’est une situation inacceptable. L’Europe ne peut pas en dépendre pour l’hébergement de données sensibles. »
Malgré l’effort d’acteurs européens comme le français OVHcloud, l’allemand T-Systems ou l’italien Aruba, les géants américains n’ont pas cessé d’accroitre leur emprise sur le marché européen du cloud d’infrastructure. Selon le cabinet Synergy Research, la part du trio Amazon, Microsoft et Google a bondi de 46 % à 72 % au cours des cinq dernières années, tandis que celle des acteurs européens a fondu de 27 % à 13 % sur la même période. Les acteurs américains trustent au total aujourd’hui plus de 85 % du marché européen !
Le cloud le plus écolo au monde
Evroc réussira-t-il à faire mieux que les acteurs européens ? Mattias Åström, un entrepreneur en série dans l’univers de la technologie, qui a passé une grande partie de sa carrière aux Etats-Unis, en est convaincu. « Les acteurs européens existants ont commis l’erreur de se contenter de construire des datacenters et de courir pour rattraper sur le plan technique les géants américains, explique-t-il. Nous arrivons avec une démarche différente. Nous voulons proposer d’emblée un cloud plus performant, plus efficace et le plus écologique au monde, qui s’inscrit dans les préoccupations actuelles d’indépendance énergétique et de transition écologique de l'Europe. »
La start-up a levé 13,5 millions d’euros de fonds d’amorçage. De quoi constituer sa première équipe (une vingtaine de personnes aujourd'hui) et ouvrir des bureaux à Stockholm et à Sophia Antipolis, dans les Alpes-Maritimes. Elle compte faire de la France la base de son pied en Europe du Sud avec un tiers de son effectif total en 2030, en complément de la Suède, son pied en Europe du Nord. La commercialisation de ses services est prévue en 2025 sur la base de deux datacenters, l’un en Europe du Nord, l’autre en Europe du Sud. Leurs localisations ne sont pas déterminées à ce stade : la société hésite entre la Suède et la Finlande pour son datacenter en Europe du Nord, et entre la France et l’Espagne pour celui en Europe du Sud. Cette double implantation correspond à la stratégie d’exploiter le soleil du Sud et le vent du Nord pour alimenter en énergie des datacenters, avec l’objectif d’améliorer l’efficacité énergétique par un facteur neuf par rapport aux datacenters classiques internes des entreprises.
Moment propice
« Le moment n’a jamais été aussi propice, estime le cofondateur. Nous disposons aujourd’hui de briques open source, qui n’existaient pas il y a cinq ans, pour construire très vite et à moindres coûts notre plateforme technique. Et nous bénéficions d’une prise de conscience générale en Europe des gouvernements et entreprises de la nécessité de protéger les données sensibles en les confiant à un cloud européen de confiance aux performances au moins équivalentes à celles des cloud américains. »
Amazon, le leader mondial du marché, propose aujourd’hui pas moins d’une centaine de services cloud différents. Pas question de se disperser de la sorte. Evroc compte se concentrer sur la dizaine de services les plus couramment utilisés, et tout particulièrement sur les deux premiers : le stockage et le calcul. « Nous aller utiliser les meilleures technologies du moment, comme les serveurs à processeurs ARM, qui sont plus efficaces que les serveurs classiques », cite en exemple Mattias Åström. Cette technologie de processeurs offre en plus l’avantage d’être développée en Europe par la société britannique ARM. Les serveurs classiques s’appuient sur des processeurs à architecture X86 en provenance de deux fournisseurs américains : Intel et AMD.
Investissement de 10 milliards d'euros d'ici 2028
La première phase prévoit la levée et l’investissement de 3 milliards d’euros pour la construction des deux premiers datacenters, en 2024. Le développement se poursuivra pour disposer en 2028 d’une infrastructure de huit datacenters en Europe et d'un effectif de 3 000 personnes. Au total, le plan d’affaires de la société comprend la levée et l’investissement de 10 milliards d’euros.
Mattias Åström se montre confiant dans la capacité de son projet à séduire les investisseurs. Il compte aussi sur le soutien des Etats français et suédois et de la Commission européenne. Il voit une grande opportunité de développement auprès des gouvernements et des administrations mais aussi dans des secteurs commerciaux sensibles comme la santé, la défense, la banque ou les transports, sur un marché européen du cloud d’infrastructure estimé à 250 milliards d’euros à l'horizon 2030. Il se donne l’objectif d’en capter 25 %, près de deux fois la part de tous les acteurs européens aujourd’hui.



