La start-up Hive, qui développe un modèle de cloud alternatif à celui des Gafam, annonce ce 22 novembre avoir conclu un partenariat stratégique de R&D avec l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria). Pendant quatre ans, les deux acteurs vont travailler ensemble à lever les verrous technologiques à l’avènement d’un cloud décentralisé de qualité, aux antipodes du cloud actuel fondé sur la centralisation des ressources informatiques dans d’immenses datacenters.
Créée en juin 2022 à Cannes, dans les Alpes Maritimes, par David Gurlé, fondateur et ancien patron de Symphony, une licorne française de la fintech, Hive ambitionne de révolutionner le cloud en proposant une plateforme d’échange de pair à pair (peer-to-peer) sur internet des capacités inutilisées des ordinateurs des utilisateurs, sans passer par les serveurs et les datacenters du cloud tel qu’on le connait jusqu’ici. L’utilisateur adhère à la plateforme en téléchargeant le logiciel de partage de Hive. S’il met plus ressources qu’il n’en consomme à la disposition de la plateforme, il est rémunéré. Dans le cas contraire, il est facturé. Hive se rémunère en prélevant une commission sur les paiements.
Rentabilité à partir de 100 000 utilisateurs
Hive, qui compte aujourd’hui une vingtaine de salariés, en est à la deuxième version de son logiciel dédié au stockage personnel de données. «Nous avons dépassé le stade de test Beta, affirme à L’Usine Nouvelle David Gurlé. Notre plateforme est en production avec quelques centaines d’utilisateurs. Nous lançons une nouvelle version toutes les quatre semaines. En mars 2023, nous serons prêts à changer d’échelle et ouvrir la plateforme à un plus grand nombre d’utilisateurs. » Le seuil de rentabilité est de 100 000 utilisateurs.
La défit est d’assurer un service de qualité alors que la capacité de stockage disponible dans le réseau d’utilisateurs est par définition aléatoire. «Le partenariat avec l’Inria est un don du ciel, s’exclame David Gurlé. Il va nous aider à améliorer la prédictibilité des capacités disponibles par des modèles probabilistiques avancés. C’est indispensable pour passer à un grand nombre d’utilisateurs. Nous allons utiliser la simulation et l’intelligence artificielle pour modéliser et comprendre le comportement du réseau.»
L’autre sujet de recherche portera sur la surveillance du réseau et la réparation prédictive à l'intelligence artificielle de fichiers, comme cela fait déjà dans la voix. Car ce modèle d’échange de pair à pair entraine quelques fois des pertes de données. L’enjeu est de les détecter et de reconstituer les morceaux perdus sur les ordinateurs.
Candidat au label SecNumCloud
Le projet va mobiliser huit doctorants et post-doctorants à l’Inria et 12 ingénieurs chez Hive. Il représente un investissement de plus de 2 millions d’euros pour la start-up. Les premiers résultats sont attendus au début de 2024. Pour passer à l’échelle, Hive, qui a levé 7 millions d’euros lors de son amorçage en 2022, prépare un tour de financement de plus de 20 millions d’euros en 2023 ou début 2024. La start-up qualifie sa solution de cloud souverain. Elle est d’ailleurs candidate à la certification SecNumCloud de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (Anssi). Elle espère décrocher ce précieux sésame, que seuls cinq acteurs français du cloud ont obtenu (OVHcloud, 3DS Outscale, Oodrive, Cloud Temple et Worldline), en 2023.



