Les français OVHcloud, Outscale, Scaleway et autre Sewan devront compter avec un nouveau concurrent américain dans le cloud d’infrastructure : Akamai. Pour développer son activité en France, ce groupe de 10 000 personnes dans le monde et 3,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2022 ouvre un datacenter dans la région parisienne, complété par un datacenter de secours à Marseille. Les datacenters ne lui appartiennent pas en propre. Ils sont détenus et opérés par des hébergeurs de colocation neutre. Le montant de l’investissement correspondant n’est pas dévoilé.
Akamai est un nouveau venu dans le cloud. Il est connu comme l’acteur de référence dans la diffusion de contenu numérique volumique comme la vidéo sur Internet. Avec 350 000 serveurs répartis sur un réseau de 4100 sites dans le monde, il agit en prolongement des réseaux de ses clients pour livrer le contenu au plus près des utilisateurs, optimisant ainsi la diffusion en terme de temps de latence et qualité de service. En France, il dispose pour cette activité historique de 16 points de présence chez des opérateurs télécoms et hébergeurs informatiques.
La cybersécurité, première diversification
La cybersécurité a été la première diversification. «Les clients, qui nous confient leurs données pour leur diffusion, nous demandent de les sécuriser, explique à L’Usine Nouvelle Jérome Renoux, directeur général Akamai France. C’est ainsi nous nous sommes diversifiés dans les services de cybersécurité il y a 12 ans. En 2022, cette nouvelle activité a dépassé en chiffre d’affaires notre activité historique de diffusion de contenu.»
La diversification dans le cloud d’infrastructure est présentée comme une nouvelle étape naturelle, qui vise à offrir aux clients des services de traitement, de stockage et d’hébergement de sites Web et applications, complémentaires des services existants de diffusion de contenu et cybersécurité. Elle a débuté à la faveur du rachat en 2022 de Linode, un petit fournisseur américain de cloud d’infrastructure destiné aux PME-PMI, développeurs informatiques et start-up.
«Nous nous appuyons sur notre expérience et notre portefeuille de clients pour mettre l’offre de Linode à la portée de tout le monde, des TPE jusqu’aux grands comptes, affirme Jérome Renoux. Nous n’avons pas l’intention de proposer autant de services que les grands acteurs du marché, ni de les concurrencer frontalement. Nous apportons une approche différente, celle d’un cloud distribué, qui bénéficie de notre expérience dans la diffusion de contenu pour offrir aux clients un continuum de traitement de leurs données, du datacenter centralisé classique jusqu’en bordure du réseau. Nous sommes convaincus qu’il y a une place à prendre sur ce créneau.»
24 datacenters dans le monde
Le cloud d’Akamai dispose déjà d’une infrastructure de 24 datacenters dans le monde, avec une présence en Allemagne et au Royaume-Uni. L’arrivée en France s’inscrit dans un plan d’expansion avec l’ouverture aussi de datacenters à Washington, Chicago, Seattle et Chennai (en Inde). « Nous n’avons pas à rougir de l’infrastructure d’Amazon Web Services, de Microsoft ou de Google, souligne Jérome Renoux. Nous avons tous les atouts pour faire du cloud le troisième pilier de la société aux côtés de la diffusion de contenu et de la cybersécurité. Nous ne communiquons pas sur nos ambitions. Mais elles sont à la hauteur de l’investissement de 900 millions de dollars consacré au rachat de Linode. C’est le plus gros investissement de l’histoire d’Akamai. »
Le marché du cloud public d’infrastructure tend à se concentrer entre les mains de trois acteurs : Amazon Web Services, Microsoft et Google. Selon le cabinet Synergy Research, ils en détiennent aujourd’hui 72%, contre 67% il y a cinq ans. Pas de quoi décourager Jérome Renoux. «Le marché est loin d’avoir atteint la maturité, estime-t-il. Il est promis à une forte croissance dans les années à venir. Il y a de la place pour de nouveaux acteurs comme Akamai.»



