Rien à faire. Face au rouleau compresseur américain, le cloud européen ne cesse de perdre du terrain sur son propre marché. Selon le cabinet Synergy Research, les acteurs américains continuent de conforter leur domination, portant leur part du marché européen à 85% au deuxième trimestre 2022. Cette emprise, ils la doivent au trio Amazon, Microsoft et Google, dont la part a bondi de 46 à 72% entre le premier trimestre 2017 et le deuxième trimestre 2022.
Ce coup de boutoir a pour effet de marginaliser le cloud européen sur ses propres terres. Sur la même période, sa part a été divisée par deux, tombant de 27% au premier trimestre 2017 à 13% au deuxième trimestre 2022. Pourtant, il a bénéficié de la dynamique du marché en augmentant son chiffre d’affaires de 167% sur cette période. Problème ? Sa croissance a été largement en dessous de celle du marché, entraînant une perte régulière de sa part de marché.
Aucun acteur européen dans le Top 6
En un an, de juillet 2021 à juin 2022, le marché européen du cloud d’infrastructure (IaaS pour Infrastructure as a service, PaaS pour Platform as a service et services managés de cloud privé) a augmenté de 41%, à 27 milliards d’euros. Le cloud public, qui s’appuie sur la mutualisation des ressources, a représenté un peu plus de 80% de ce gâteau.
Les six premiers fournisseurs en Europe sont tous américains : Amazon, Microsoft, Google, IBM, Salesforce et Oracle. L’allemand SAP fait figure de champion européen. Mais il pointe à la septième place avec seulement 2% du marché. Il est suivi par son compatriote T-Systems (l’entreprise de services du numérique de Deutsche Telekom) avec une part similaire. Le français OVHcloud arrive en neuvième place. Sa part du marché européen était de 2% en 2017, selon les chiffres communiqués à L’Usine Nouvelle par Synergy Research. Elle est tombée à 1% en raison d’une croissance de ses revenus en dessous du rythme du marché. Orange se situe à la onzième place, devancé par Telecom Italia.
Faiblesse des investissements des acteurs européens
« Alors que les fournisseurs européens de cloud se sont développés et que certains continueront sans aucun doute à le faire, aucun n'est à la hauteur de défier les grands fournisseurs américains pour le leadership sur le marché européen, commente dans le communiqué John Dinsdale, analyste en chef de Synergy Research. Ce train a quitté la gare il y a des années et il n'y avait pas d’acteurs européens à bord. »
La principale faiblesse du cloud européen réside dans son incapacité à rivaliser en investissements avec son concurrent américain. Selon Synergy Research, les acteurs américains investissent 4 milliard d’euros par trimestre dans leurs infrastructures en Europe. Le gros de l’effort est fourni par Amazon, Microsoft et Google, qui disposent déjà de plus de cent datacenters sur le sol européen.
Synergy Research conseille aux acteurs européens de se concentrer sur les poches d'opportunités où ils disposent d'avantages distincts et durables par rapport à leurs concurrents américains. Le cloud de confiance, dédié aux administrations, collectivités locales, opérateurs d’importance vitale et entreprises de services essentiels, en fait partie. Pour servir ce marché avec des solutions américaines, Thales s’est allié à Google, et Orange et Capgemini à Microsoft.
Ce type de partenariat renforcera-t-il l'influence des acteurs américains sur le marché européen ? « Oui, sans aucun doute, répond à L’Usine Nouvelle John Dinsdale. C'est un moyen pour eux de mieux servir les clients existants ou nouveaux qui ont des exigences locales strictes. C'est un moyen pour les utilisateurs de cloud d'accéder à la meilleure et la plus large gamme de services des grands fournisseurs, quelles que soient les exigences, directives ou restrictions locales. »
Synergy Research 


