Les batteries de voitures électriques usagées pourront probablement être recyclées à Dunkerque (Nord). Le groupe minier français Eramet a reçu, jeudi 19 janvier, la notification confirmant un financement de 70 millions d’euros du fonds européen pour l’Innovation pour son projet ReLieVe, qui vise à installer deux usines de recyclage des batteries au lithium dans la région du port de Dunkerque. Cet argent s'ajoute à 10 millions d'euros promis par l'Etat français dans le cadre de l'appel à projet "métaux critiques".
«C’est le seul projet de recyclage des batteries qui a reçu une subvention de la part du fonds d’innovation, qui vise des projets qui ont un impact pour diminuer les gaz à effet de serre», se félicite Julien Masson, directeur de la stratégie d’Eramet à L’Usine Nouvelle qui se dit «confiant». Selon lui, «c’est un projet sur lequel Eramet travaille très activement» et se trouve au coeur de l’ambition du groupe de se positionner à la fois sur l’extraction et le recyclage des métaux de la transition énergétique. Eramet développe en ce moment la technologie d'hydrométallurgie qui viendra équiper l'usine, et doit encore poursuivre les études et avancer par étapes avant de confirmer sa décision d’investir. Ce qui débloquerait alors l’essentiel des fonds européens.
50 000 tonnes de modules de batteries recyclées
Sur le papier, Eramet prévoit de s'installer dans la région du port de Dunkerque pour recycler 50 000 tonnes de modules de batteries usagées par an. Soit l’équivalent d’un peu plus de 150 000 Renault Zoé. Le montant total d’investissement prévu, ainsi que le nombre d'emplois à la clé, ne sont pas dévoilés. «C’est une usine de taille suffisante pour bénéficier d’effets d’échelle intéressants, sans risque démesuré concernant l’approvisionnement en batteries usagées les premières années», détaille Julien Masson, qui estime qu’Eramet pourrait capter autour de 10% du marché européen d’ici la fin de la décennie.
L'entreprise mise entre autres sur sa proximité géographique avec les grands projets d'usines de batteries qui s’installent dans les Hauts-de-France (Verkor à Dunkerque, Envision à Douai, ACC à Billy-Berclau...), et dont les rebuts de production pourraient l'alimenter. Dans le détail, ReLieVe comportera deux usines côte à côte. La première, portée à part égale entre Suez et Eramet, devrait ouvrir en 2025. Elle utilisera des technologies mécaniques pour transformer les batteries usagées – soit des assemblages de produits actifs, de solvants, de connecteurs et d’emballages plastiques – en “black mass”. Il s'agit d'une sorte de pâte noire rassemblant les oxydes métalliques valorisables (le nickel, le cobalt, le manganèse et le lithium) ainsi que du graphite, qui lui donne sa couleur.

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Pari de l’hydrométallurgie
La seconde usine, dédiée au raffinage, serait ouverte par Eramet en 2027. Elle servira à traiter cette black mass via des procédés hydrométallurgiques – des traitements chimiques – pour séparer les métaux qui la composent et produire des composants de qualité batterie. Eramet prévoit de récupérer en priorité les composés les plus chers, soit le lithium, le cobalt et le nickel. L’entreprise minière prévoit d’être au-dessus des taux de récupération prévus par le futur règlement Batteries, dont une version provisoire a été décidée à Bruxelles fin décembre 2022.
A la différence des traitements thermiques déjà d’usage pour recycler les batteries (pyrométallurgie), «l’hydrométallurgie permet de récupérer tous les métaux qui composent une batterie, y compris le lithium, avec un rendement élevé», détaille Julien Masson. Eramet doit encore valider les performances et les rendements de son procédé à l’échelle industrielle. Le groupe minier prévoit pour cela d’ouvrir une usine pilote sur son site de R&D de Trappes (Yvelines) à l’été 2023. Une fois cette étape passée, des études d’ingénierie et de détail pour préciser les coûts d’investissement et d’opération, ainsi que la mise en place de partenariats d’approvisionnements en matière première à recycler, seront encore nécessaires.
Eramet n'est pas seul à parier sur le recyclage des batteries. En France, Orano travaille avec le CEA Liten, Paprec, MTB Manufacturing et Saft et a lancé un pilote sur son site de R&D de Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne) en 2021 dans l’objectif d’industrialiser sa technologie d'hydrométallurgie dès 2025. De son côté, Veolia travaille avec Solvay et Renault sur un projet similaire, et travaille sur un pilote en Moselle. D’autres acteurs européens, comme le recycleur belge Umicore ou l’énergéticien finlandais Fortum, ont aussi d’ambitieux projets.



