« Aujourd'hui, l'économie circulaire et la chimie verte sont clairement devenues les deux axes de développement d'Orrion Chemicals Orgaform (OCO) », annonce Christian Siest, le président de cette PME française de 48 salariés, dont le site de production, créé en 1967, se situe à Semoy, dans le Loiret. Côté économie circulaire, la preuve en est, avec le lancement d'une unité de recyclage chimique des mousses de polyuréthane issues de matelas – la première mondiale de ce type –, en septembre 2021, avec Dow comme client unique. Pour ce qui est de la chimie verte, l'annonce est plus récente. OCO a en effet confirmé, en juin 2023, la construction d'une unité de synthèse chimique, qui produira, en premier lieu, les tensioactifs 100 % biosourcés de la start-up rennaise SurfactGreen.
Une première en France
Pour OCO, ce premier pas dans la chimie verte va consister à porter la production de SurfactGreen à l'échelle industrielle. Pour ce faire, la PME a lancé la construction d'un démonstrateur pilote d'une capacité annuelle de 700 tonnes de tensioactifs 100 % biosourcés. « C'est une première en France à cette échelle », commente Christian Siest. avant de poursuivre, en détaillant qu'« il s'agira d'une unité d'estérification en milieu acide, principalement destinée à la chimie verte ». À ce jour, la majorité des gros équipements a été commandée. Les travaux en tant que tels démarreront au mois de décembre, pour une mise en service prévue au deuxième trimestre 2024.
« Nous avons prévu d'accompagner SurfactGreen dans leur croissance, avec l'objectif d'augmenter les capacités à horizon cinq à sept ans. La priorité est clairement mise sur le marché des cosmétiques, où il y a plus d'attentes », poursuit le président. Dans le détail, il s'agira de tensioactifs de la gamme CosmeGreen de la start-up, à destination des shampooings, mais cette dernière vise aussi d'autres produits des soins personnels, tels que les crèmes. OCO devrait également accompagner le développement des deux autres gammes de la jeune pousse, à savoir DeterGreen et EmulGreen, qui correspondent à des tensioactifs, respectivement pour les détergents et les émulsions bitumeuses.
Pour financer ce projet, dont le coût s'élève à plus de trois millions d'euros, OCO a reçu une aide de l'état, à hauteur de 1,9 M€, dans le cadre de France 2030, à travers la candidature de SurfactGreen à l'appel à projets « Produits biosourcés et biotechnologies industrielles », opéré par l'Ademe. « 1,2 M€ de subventions et 700 000 € en avances remboursables », précise le président, avant d'indiquer que les 1,3 M€ restants seront financés par OCO et ses partenaires bancaires. « Évidemment, nous avons un partenariat à long terme avec SurfactGreen, mais nous prenons un risque », tient-il à souligner.

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En outre, cette future unité, que le président qualifie de « polyvalente », sera en capacité de fabriquer des produits sous forme liquide ou solide. D'autre part, elle ne se limitera pas uniquement à l'usage de SurfactGreen, et pourra également accueillir différents types de chimie. Et ce, grâce à un fonctionnement sur de larges plages de température et de pression (possibilité de chauffer à 200 °C et de travailler sous vide). Le but étant, d'ici à cinq ans, d'y greffer deux à trois nouveaux projets de start-up et d'ETI : « À moyen terme, il existe une petite dizaine de projets pour lesquels nous sommes en discussion. Et il en faut bien dix pour que deux aboutissent », explique-t-il.
Produire à façon, une activité porteuse
Pour l'heure, « nous visons un chiffre d'affaires d'environ 25 millions d'euros, dans les huit à dix ans, contre 14,8 M€ en cette fin d'année 2023 », dévoile le président. Et si, pour poursuivre ces objectifs de croissance à moyen/long terme, OCO compte à ce point sur son activité de chimie à façon, qui représente 60 % de son chiffre d'affaires (CA), c'est parce qu'« il existe très peu d'offres dans ce domaine en France, pour la chimie “classique”. Et ce, contrairement à l'exemple d'une offre existante en industrie pharmaceutique, connue pour ses nombreuses CDMO », poursuit-il. Dans ce contexte, OCO a pour avantage de disposer de nombreuses capacités disponibles sur ses réacteurs existants, ainsi que d'espaces inoccupés pour accueillir de nouveaux projets. Ce qui s'explique par l'histoire du site de Semoy. En effet, alors qu'en 2010, Christian Siest avait réussi à éviter sa fermeture, après son rachat par Dow en 2008, le site n'avait conservé que 30 % de ses activités antérieures, en passant dans le giron d'Orrion Chemicals. L'activité de production à façon, qui a vu le jour après cette opération, a progressivement gagné en notoriété et en visibilité. « Aujourd'hui, je reçois plusieurs demandes par mois », confirme le président.
Plusieurs axes de développement
Dans le détail, OCO présente son activité à façon comme « l'outil industriel de ses clients », l'inscrivant dans « une démarche long terme et de partenariat » avec ces derniers. Concrètement, « le client arrive avec son procédé, plus ou moins mature, puis nous allons “faire la chimie” et fournir un certain niveau de services, que l'on ajuste en fonction de ses besoins. Pour un gros client, par exemple, on aura accès à son ERP, pour procéder à la gestion des stocks, des échantillons et des expéditions », détaille Christian Siest. À titre d'exemple, OCO fabrique, pour le compte de son plus gros client, Dupont, des adhésifs pour caoutchouc et métal à destination des systèmes antivibratoires.
Pour autant, la société n'en oublie pas ses activités historiques, sur lesquelles elle compte également pour se développer. à partir de 2010, OCO est même devenu – selon son président – le leader mondial hors chine de la fabrication de colles pour agrafes, multipliant par 2,5 le CA de cette activité. Même succès pour la production d'agents de protection du verre, dont le principal concurrent n'est autre que le chimiste de spécialité Arkema. Autre axe de développement, les agents de démoulage, non plus base solvant, mais base aqueuse, que l'équipe R&D d'OCO s'applique à développer depuis sept ans. « Une activité à fort potentiel de croissance, avec des ventes en Europe et en Chine. Cette dernière est très demandeuse, car très stricte en matière de réglementation pour les produits inflammables », conclut Christian Siest.
Le site de Semoy, de 1967 à nos jours
Le site de Semoy, dans le Loiret, a vu le jour en 1967, sous le nom de Polychimie. Après une série de rachats, jusque dans les années 2000, il a été détenu par l'ancien groupe chimique américain Rohm&Haas. Lorsqu'en 2008, Dow a racheté Rohm&Haas, décision a alors été prise de fermer le site. Christian Siest, à l'époque directeur du site, a alors bâti un projet de reprise. C'est ainsi que le 1er avril 2010, Orrion Chemicals Orgaform (OCO) a vu le jour, avec Dow comme premier client, représentant alors 80 % de son chiffre d'affaires (CA). Composé de 150 salariés en 2001, le site de Semoy est cependant brutalement passé à une équipe de 18 personnes en 2010. Ce qui ne l'a pas empêché de perdurer, et surtout de prospérer, pour atteindre 48 collaborateurs et 14,8 millions d'euros de CA en 2023.
Aujourd'hui, OCO opère deux activités distinctes. D'une part, ses business historiques, répartis en quatre sous-segments. Les colles pour agrafe (20 % du CA), dont la fonctionnalité est double : maintenir les agrafes entre elles et se diffuser dans le bois lors de leur application. Les agents de protection du verre (15 % du CA), qui consistent en des coatings, pulvérisés lors de l'étape finale de conception des bouteilles en verre. Les agents de démoulage base cire (5 % du CA), appliqués par pulvérisation dans les moules où sont fabriquées des mousses en polyuréthane pour diverses applications, notamment l'intérieur automobile. Enfin, des intermédiaires de fabrication base cire (1 % à 2 % du CA), qui entrent dans la formulation des encres. D'autre part, OCO opère une activité de chimie à façon, qui représente 60 % de son CA. Celle-ci est appelée à croître dans les prochaines années, en raison de récents projets prometteurs dans les domaines de la chimie verte et de l'économie circulaire.



